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Un article de Christophe Deroubaix paru dans l’Humanité du 26 septembre 2005

SNCM : le port de l’angoisse

lundi 26 septembre 2005 par Christophe Deroubaix
Transports. L’État s’entêtera-t-il dans sa volonté de privatiser la compagnie maritime publique ? Direction et syndicats se retrouvent aujourd’hui.

Bis repetita. Après le faux départ des négociations jeudi dernier, toutes les parties concernées par la situation économique et le statut de la SNCM (Société nationale Corse-Méditerranée) entrent de nouveau en piste, cet après-midi à la préfecture. La question reste de savoir si

l’État va publier le classement avant même le signal du coup d’envoi... Le gouvernement va-t-il s’entêter dans sa stratégie : privatisation totale, via l’offre commune de deux fonds d’investissement, ou dépôt de bilan ? Ou va-t-il ouvrir le jeu en étudiant sans a priori les propositions des syndicats ? Pour Jean-Paul Israël, secrétaire général du syndicat CGT des marins, cette deuxième réunion devrait permettre de « croiser les chiffres du projet de privatisation et ceux du projet alternatif à cette privatisation, élaboré par le comité d’entreprise avec le concours d’un cabinet d’experts ».

la CGT ne veut pas de privatisation

Chiffres que les représentants du ministère des Transports s’étaient bien montrés incapables de fournir jeudi dernier. On pourrait donc en savoir un peu plus aujourd’hui sur le contenu de l’offre commune de Butler Capital Partners et Caravelle. L’État consentirait-il à brader la compagnie maritime nationale pour 15 millions d’euros ? Les deux fonds (néophytes en matière de transports) envisagent-ils de supprimer une partie de la flotte et 600 emplois, comme le laisse entendre le cabinet du ministre des Transports, Dominique Perben ? Mais quel que soit le « business plan » des repreneurs privés, la CGT a, depuis le début du conflit, il y a près d’une semaine, dessiné la ligne blanche à ne pas franchir : pas de privatisation, la SNCM devant rester « une compagnie publique d’entité nationale ». « Si on nous propose un schéma d’avenir, définissant le nombre d’emplois, le nombre de navires, le type de développement pour la desserte du Maghreb et le niveau de service public, là nous serons enclins à agréer un plan social acceptable sur la base de départs anticipés à la retraite, mais pas au-delà », précise Jean-Paul Israël.

Du côté du Syndicat des travailleurs corses (STC), on a décidé de faire monter la pression. Après une réunion, jeudi dernier à Marseille, avec la CGT, le STC, majoritaire parmi les 800 employés de la SNCM résidant en Corse sur un effectif total de 2 400 personnes, a déposé un préavis de grève qui prendra effet jeudi prochain. « Si l’État radicalisait sa position et annonçait un dépôt de bilan ou la cession à une entité privée, il est évident qu’on se passerait du préavis », a prévenu Alain Mosconi, le secrétaire du STC-marins. La possibilité de bloquer l’accès des navires des autres compagnies maritimes aux ports de la Corse a même été évoquée. « Nous ne nous interdisons plus rien face à l’agression de l’État et l’immobilisme du gouvernement », a souligné le syndicaliste corse.

vers une OPA sur la SNCM ?

Si les deux syndicats se sont mis d’accord sur une base commune (un non ferme et définitif à toute privatisation et le maintien dans un giron public), les divergences demeurent sur la forme du statut public. Le STC se prononce toujours pour la transformation de la SNCM en une « compagnie régionale corse », à l’image de la Compagnie aérienne Corse Méditerranée (CCM) dont la collectivité territoriale de Corse (CTC) possède plus de 60 % du capital. La CGT, largement majoritaire à la SNCM, a réaffirmé son opposition à cette solution.

Dominique Perben entend-il s’appuyer sur cette divergence pour imposer au plus vite l’OPA sur la SNCM ? En tout cas, certains commentaires prêtent au ministre des Transports l’intention de boucler le dossier en milieu de semaine. Son ami politique, Jean-Claude Gaudin, électoralement sensible au dossier, propose, lui, d’y aller avec précaution, tout en gardant une maîtrise de l’État. Mieux que quiconque, à l’UMP s’entend, le sénateur maire de Marseille sait que vendre la SNCM à l’encan reviendrait à transformer cette entreprise symbole en poudrière.

* Aujourd’hui. L’union départementale CGT des Bouches-du-Rhône appelle à un rassemblement face à la préfecture ce lundi en début d’après-midi. À l’heure de l’ouverture de la réunion, des délégations de l’ensemble de la filière portuaire donneront ainsi leur point de vue sur l’avenir de la SNCM. Les Nestlé, présents au tribunal de Marseille pour un nouveau jugement, devraient effectuer les quelques centaines de mètres qui les sépareront de la préfecture. Pour montrer, précise l’UD-CGT, que ce mouvement « s’inscrit dans le combat pour l’emploi, le maintien et le développement des atouts de ce département ».

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