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Un article paru dans Le Monde daté du 11 juin 2005

Salaires en panne

samedi 11 juin 2005

Pour les électeurs qui ont voté non au référendum du 29 mai en exprimant une colère sociale, la préoccupation du pouvoir d’achat arrive immédiatement après celle de l’emploi. Une étude de l’Insee sur les salaires vient corroborer l’inquiétude des syndicats. Le pouvoir d’achat du salaire moyen par tête a augmenté de 0,4 % en 2004, baissé de 0,3 % en 2003 après une augmentation de 0,2 % en 2002, contre + 1,2 % par an en moyenne entre 1998 et 2001.

Dans sa déclaration de politique générale, Dominique de Villepin a été d’une extrême discrétion sur la question salariale. Si le premier ministre s’est dit désireux de défendre le pouvoir d’achat des salariés, il l’a fait essentiellement sous l’angle de la lutte contre la vie chère, qui était l’une des priorités de Jean-Pierre Raffarin. Mais M. de Villepin s’est borné à souhaiter que les négociations engagées dans les branches professionnelles sur les minima salariaux, conformément à l’injonction donnée par les pouvoirs publics après la journée d’action syndicale du 10 mars, "aboutissent avant la fin de l’année" . De même n’a-t-il annoncé, avant la revalorisation du 1er juillet, aucun coup de pouce pour le smic au-delà de la hausse mécanique de 5 % due au passage de 39 heures à 35 heures.

Pour l’heure, M. de Villepin se refuse à utiliser le levier des salaires, qui permettrait pourtant, fort opportunément, de soutenir le pouvoir d’achat et ainsi de doper une croissance qui en a bien besoin. Le surplace salarial observé par l’Insee est aussi la conséquence, particulièrement dans le secteur privé, du niveau élevé du chômage et d’une faible croissance. L’Institut relève aussi qu’entre 1997 et 2002, c’est-à-dire sous le gouvernement de Lionel Jospin, le pouvoir d’achat a progressé davantage en bas et en haut de la hiérarchie ­ en moyenne + 1 % pour les cadres et + 0,8 % pour les ouvriers ­ qu’entre les deux, où il a connu une stagnation.

Selon le calendrier prévu, Gérard Larcher devait réunir, vendredi 10 juin, les partenaires sociaux dans le cadre de la commission nationale de la négociation collective. Il s’agit de dresser l’inventaire des branches qui rechignent à négocier ou qui ont encore des minima ­ à ne pas confondre avec les salaires réels versés effectivement par les entreprises ­ en dessous du smic. Sur les 274 branches concernées, 74, employant 8 millions de salariés, ont été étudiées par la direction des relations du travail. Il en ressort que 37 branches sont "en situation de blocage de négociation" . Et près de 4 sur 10 ont des minima inférieurs au smic.

Les moyens d’action de l’Etat sont limités dans un pays où la liberté de négociation salariale est de règle. Le ministère du travail a sommé des branches de négocier ­ sans la moindre obligation de résultat ­ et a imposé à d’autres la tenue, en sa présence, de commissions mixtes paritaires. Le bilan est maigre. Mais si, face à cette panne du pouvoir d’achat, le gouvernement se contente d’un service minimum, la grogne salariale risque de resurgir à la rentrée.

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