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Article de Rémi Barroux et Claire Guélaud paru dans Le Monde du 13 décembre 2006

Salaires : les femmes et les jeunes pénalisés

mercredi 13 décembre 2006 par Rémi Barroux, Claire Guélaud

A l’occasion de la conférence sur la politique des revenus et de l’emploi organisée par le gouvernement, jeudi 14 décembre, les organisations syndicales devraient insister une nouvelle fois sur les inégalités salariales et les disparités d’évolution des revenus, ces dernières années.

Avec la revalorisation du smic et les allégements de charges, l’éventail des salaires s’est, certes, beaucoup resserré. Mais les inégalités restent fortes parmi les 22,68 millions de salariés français (91,1 % de l’emploi total). Après la période inflationniste des années 1970, le dernier quart de siècle a été marqué par un net ralentissement salarial. Certaines inégalités, notamment celles dont souffrent les femmes, se sont réduites en trente ans. Mais la tendance générale est nette : en matière de rémunération, mieux vaut toujours être un homme, avoir plus de 45 ans, être cadre, salarié d’un grand groupe, travailler dans la pharmacie ou dans le conseil.

D’autres éléments de calcul, nouvellement intégrés par l’Insee dans l’édition 2006 de son ouvrage sur Les Salaires en France, expliquent aussi les disparités. Au-delà du strict salaire horaire (ou mensuel), l’évolution de l’emploi, sa précarité (temps partiel, contrats à durée déterminée...) ont un impact direct sur les revenus salariaux, comme l’a montré le rapport du Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale (CERC), que son président, Jacques Delors, a remis au premier ministre le 17 novembre et qui servira de base de travail à la conférence. Ainsi, le calcul du revenu salarial met en relation trois critères : le nombre de semaines travaillées dans l’année, le temps de travail hebdomadaire et le salaire horaire net.

Au regard de ces critères, les inégalités constatées sont amplifiées. Les femmes qui souffrent du salaire horaire le plus bas (10,13 euros pour 12,43 pour les hommes) sont aussi celles qui travaillent le moins d’heures par semaine (30 heures pour 33,5 pour les hommes). Il en va de même pour les jeunes de moins de 25 ans, qui sont aussi plus touchés par la précarité de l’emploi, avec 34,2 semaines travaillées par an et un salaire horaire de 8,54 euros, contre 47 semaines pour les 45 ans et plus, et 13, 55 euros, une rémunération horaire qui s’explique notamment par l’ancienneté.

La liste est longue des facteurs qui, se cumulant, permettent de creuser l’écart. A en croire les chiffres de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) ou ceux de l’Insee, être cadre de banque, directeur juridique d’une entreprise et avoir dépassé 40 ans sont autant d’atouts pour figurer parmi les gagnants, au moins sur le plan du salaire.

A l’inverse, être une femme, avoir moins de 30 ans, être employée, que ce soit dans le commerce de détail ou dans le textile-habillement, travailler dans une entreprise de moins de 50 salariés, qui n’a pas de comité d’entreprise et ne distribue pas d’épargne salariale, constituent autant de facteurs aggravants, qui vous assurent, presque mécaniquement, un salaire moindre.

C’est une évidence : le salaire reste étroitement lié à la catégorie socioprofessionnelle. En 2004, hors fonction publique d’Etat, les cadres disposaient d’un revenu salarial net moyen - la somme de leurs salaires nets de toutes cotisations ou contributions sociales - de 36 308 euros, les professions intermédiaires de 18 386 euros, les ouvriers de 12 050 euros et les employés de seulement 10 878 euros.

A 30 ans, un cadre de sexe masculin touche un salaire supérieur de 50 % à celui d’un ouvrier ou d’un employé. Et ces écarts s’accroissent avec l’âge : en 2002, précise l’Insee, le salaire d’un quinquagénaire cadre représentait près de 1,8 fois celui d’un cadre de 20 ans, tandis que la rémunération d’un ouvrier de 50 ans est 1,2 fois plus élevée que celle d’un jeune.

Entre 1998 et 2004, seuls les ouvriers et les cadres ont bénéficié de gains salariaux - de 0,6 % en moyenne par an pour les premiers et de 0,5 % pour les seconds - tandis que le salaire moyen des employés et des professions intermédiaires reculait de 0,2 % l’an. Un tassement que Michel Amar, chef de la division salaires et revenus de l’Insee, explique par "le redéploiement de l’économie vers le tertiaire et le déclin de l’emploi industriel, où, à qualifications égales, les salaires étaient plus élevés".

Sur une longue période, les disparités salariales entre hommes et femmes se sont réduites : en 1951, le salaire des femmes du secteur privé était inférieur de 33 % à celui des hommes. Cet écart était tombé à 20 % en 1998. Mais depuis cette date, de 1998 à 2004, le différentiel ne s’est réduit que de 20 % à 19,6 %. Il est moindre dans la fonction publique d’Etat (14 %) et dans la fonction publique territoriale (15 %). Encore faut-il relativiser la portée de ces statistiques qui ne portent que sur le travail à temps complet. Or les femmes représentent les deux tiers du volume du travail à temps partiel, et, en 2004, le salaire horaire net d’un temps partiel était de 9,99 euros contre 12,11 euros pour un temps complet...

D’un secteur à un autre, le niveau des rémunérations et celui des augmentations peuvent varier beaucoup. Les activités financières sont les plus rémunératrices : elles assuraient en 2004 un revenu salarial net moyen de 26 346 euros, contre 19 368 euros dans l’industrie et 14 723 euros dans le commerce.

De même, lorsque l’on est fonctionnaire, mieux vaut appartenir à la fonction publique d’Etat, où, compte tenu du poids démographique des enseignants, plus de la moitié de la population est cadre et où le salaire moyen s’élevait à 25 290 euros en 2004. Il n’était que de 18 936 euros dans la fonction publique territoriale, où plus des deux tiers des agents sont ouvriers ou employés, et de 22 908 euros dans la fonction publique hospitalière, où les professions intermédiaires - du personnel soignant pour l’essentiel - sont très nombreuses.

D’une région à l’autre, aussi, les disparités sont fortes. L’Ile-de-France, avec une importante population de cadres (30 % contre 17 % dans l’ensemble de la France), est en tête des régions qui paient le mieux, avec Rhône-Alpes, l’Alsace et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. En revanche, la Basse-Normandie, Poitou-Charentes et le Limousin offrent des salaires moyens inférieurs de 15 % à la moyenne nationale.

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