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Chantal RAYES | libération le 29.09.2007

São Paulo se donne de l’air grâce à Kyoto

samedi 29 septembre 2007 par Chantal RAYES

C’était une première mondiale : une collectivité publique - en l’occurrence, la mairie de São Paulo - a mis aux enchères, sur une place boursière, des crédits carbone délivrés dans le cadre du Mécanisme de développement propre (MDP, lire ci-dessous) prévu par le Proto­cole de Kyoto.

Mercredi, la mairie de la mégalopole brésilienne (11 millions d’habitants) a vendu 808 450 crédits sur la Bourse de São Paulo, la principale d’Amérique latine. Des crédits qu’elle a « gagnés » grâce à un projet d’énergie verte mis en place sur la décharge Ban­deirantes, l’une des plus ­grandes au monde.

C’est Fortis Bank NV/SA qui, en déboursant 13,1 millions d’euros, a remporté l’enchère, face à huit autres entreprises et insti­tutions financières ­internationales, dont ABN Amro et Goldman-Sachs. La banque hollandaise a payé 16,20 euros le crédit car­bone, 27,5 % de plus que le prix plancher fixé par la mairie. ­Fortis pourra à son tour les revendre à des entreprises devant réduire leurs émissions de gaz à effet de serre mais qui ont dépassé leur quota. Elles pourront en effet les intégrer dans leurs objectifs de réduction.

Méthane. C’est le concept du MDP institué par Kyoto : aider les pays riches à atteindre leurs objectifs de réduction d’émissions en investissant dans des projets de pays en voie de développement ou en achetant les crédits résultant de tels projets. Autre objectif du mécanisme : contribuer au développement durable dans les pays du Sud.

C’est ce qui s’est passé pour l’usine thermo-électrique Bandeirantes. Le conseil exécutif du MDP a ­déjà délivré les crédits liés au projet. Ils correspondent au nombre de tonnes de gaz à ­effet de serre dont la diffusion dans l’atmosphère a été évitée depuis l’entrée en activité de l’usine, en 2004. Bandeirantes récupère le méthane dégagé par la fermentation des 7 000 tonnes d’ordures envoyées chaque jour sur la décharge (la moitié des ordures de São Paulo). Ce gaz à effet de serre, dont le pouvoir de réchauffement est 23 fois supérieur à celui du CO2, est ensuite transformé par combustion en énergie électrique.

« Le gain environnemental est double, explique Stela Goldenstein, secré­taire adjointe de la mairie. Nous réduisons nos émissions en même temps que la nécessité de recourir à d’autres sources d’énergie ­polluantes. » L’usine génère ainsi de l’électricité pour 400 000 personnes et « n’aurait pas pu voir le jour sans le MDP, poursuit Goldenstein. C’est la perspective d’une rémunération des crédits d’émission qui a permis d’obtenir les fonds néces­saires à sa mise en place. » Parcs. Le consortium privé qui l’opère détenait le même nombre de crédits que la mairie. Il les a vendus l’an dernier à la banque allemande KFW. La transaction avait alors été présentée ­comme la plus importante du genre. La mairie, de son côté, a choisi de vendre ses crédits aux enchères « pour garantir la transparence de l’opération et tenter d’obtenir le meilleur prix ». Elle compte mettre ­également en vente les crédits supplémentaires dégagés par une deuxième usine thermo-électrique prévue sur la décharge São João, qui reçoit l’autre moitié des ordures de São Paulo. Celle-ci entrera en activité en décembre, ce qui devrait permettre à la ville de réduire encore de 25 % ses émissions, selon Stela Goldenstein.

Avec les 13,1 millions d’euros de la vente de ces premiers droits, la mairie va investir dans les quartiers pauvres jouxtant la décharge. « Sans ces recettes, nous n’aurions pas les moyens de mener ces investissements », affirme Goldenstein. Sont notamment prévus la construction de parcs ainsi que des ­programmes d’éducation environnementale et de collecte sélective. Mais l’opération fait grincer des dents. La Defensoria da Agua, un mouvement de la société civile qui réunit, entre autres, des ONG et la conférence épiscopale du Brésil (très engagée socialement), demande la révision des crédits d’émission délivrés au projet Bandeirantes. « La politique de la mairie de São Paulo va à l’encontre du dévelop­pement propre prêché par le protocole de Kyoto, explique Leonardo Aguiar Morelli, le secrétaire général du mouvement. La décharge Bandeirantes est contaminée par les métaux lourds qui polluent l’eau consommée par les habitants de la région et provoque des maladies comme le cancer. Or rien n’est prévu pour résoudre le problème. De plus, la mairie devrait investir davantage dans des politiques de réduction des quantités d’ordures générées par la ville, dont moins de 1 % est recyclé. Comme si sa logique était : plus on produit d’ordures et plus on aura de crédits d’émissions à vendre. »


Le protocole de Kyoto

Signé en 1997 au Japon, le protocole de Kyoto prévoyait une réduction de 5 % des émissions de six gaz à effet de serre de 38 pays industrialisés entre 1990 et 2012.

Seuls les Etats-Unis et l’Australie n’ont pas ratifié ce texte, reniant ainsi leur première signature.

Le protocole organise des systèmes de marchés de permis d’émissions et des mécanismes de transfert de technologies propres vers les pays pauvres.

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