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Pierre-Henri Lab | L’Humanité du 12.09.2007

Sarkozy va-t-il offrir Areva à Bouygues ?

mercredi 12 septembre 2007 par Pierre-Henri Lab
Énergie . Selon les Échos, le gouvernement envisage de privatiser le numéro 1 mondial du nucléaire en le fusionnant avec Alstom.

Après la privatisation de Gaz de France, voici venu le tour d’Areva. Hier, la présidence de la République a reconnu mener « une réflexion stratégique » sur l’avenir de la filière nucléaire française. Cette déclaration du porte-parole de l’Élysée, David Martinon, faite en marge de la visite du chef de l’État à Rennes, fait suite aux informations publiées le matin même par les Échos. Selon le quotidien économique, mission aurait été confiée, sous l’égide de l’Agence des participations de l’État (APE), au cabinet de conseil McKinsey et à la banque HSBC de plancher sur le sort du numéro 1 mondial de l’électronucléaire.

trois scénarios possibles

Dans une note transmise au pouvoir public début août et consacrée à l’avenir du groupe, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) a évoqué trois scénarios possibles. Le premier consisterait en une ouverture de capital. Le CEA, qui détient jusqu’à présent 79 % des parts du groupe, céderait 29 % du capital. De son côté, l’allemand Siemens, qui détient 34 % d’Areva NP (la filiale des réacteurs), verrait ses parts converties en une participation de 8 % dans le holding de tête. Un deuxième scénario consisterait à créer « un grand groupe international », avec le maintien d’un contrôle public majoritaire. Dans ce schéma, le groupe Bouygues entrerait au capital d’Areva NP tandis que Siemens verrait toujours ses parts converties en participation dans le holding où il serait rejoint par le japonais Mitsubishi.

Le troisième scénario, qui d’après les Échos aurait la préférence de l’Élysée et du ministère de l’Économie, consisterait en un rapprochement entre Areva et Alstom. Selon le quotidien économique, ce rapprochement pourrait prendre « la forme d’une fusion entre les deux groupes industriels ». Les - activités de la nouvelle entité « seraient filialisées » (construction de réacteurs nucléaires, cycle du combustible, énergies non nucléaires, transmission et distribution d’électricité et transport ferroviaire). Dans ce schéma, le CEA détiendrait un peu plus de 30 % du capital du nouvel ensemble, l’État 5 % et Bouygues 26 %. Hier, ni la présidence de la République ni Bercy n’ont confirmé cette information. Les services de Christine Lagarde affirmant que « toutes les options » sont à l’étude. La prudence est en effet de mise. La chancelière allemande Angela Merkel ne voit pas d’un bon oeil le rapprochement entre Areva et Alstom, qui est le principal concurrent du groupe Siemens. Lundi, au cours de sa rencontre avec Nicolas Sarkozy à Berlin, elle a rappelé l’attachement de son gouvernement au partenariat établi entre le numéro 1 mondial du nucléaire et la firme d’outre-Rhin.

chiffre d’affaires en progression

Si ce scénario était concrétisé, il confirmerait l’entrée du groupe Bouygues dans la filière nucléaire, déjà pressentie lors de sa prise de participation dans le capital d’Alstom il y a quelques mois. La fin du pétrole bon marché pousse à la diversification énergétique. Dans ce cadre, l’option nucléaire, qui offre en plus l’avantage d’être faiblement émettrice de gaz à effet de serre, regagne en intérêt. De nombreux pays sont tentés aujourd’hui de relancer cette filière. L’activité dans le secteur est en progression. Areva lui-même a vu son chiffre d’affaires progresser de 748 millions d’euros entre 2005 et 2006, pour s’établir à 10,863 milliards d’euros. Son résultat net a atteint 649 millions d’euros. De quoi susciter bien des appétits…

Reste que l’entrée d’un groupe privé dans le capital d’une entreprise aussi sensible devrait susciter inquiétudes et oppositions. Outre qu’il s’agit d’une privatisation et qu’à ce titre ses conséquences sociales sont à craindre, sûreté nucléaire et recherche de profit ne font pas bon ménage. Enfin, à l’heure où les investissements à réaliser dans la production d’électricité sont colossaux (1 000 milliards d’euros d’ici trente ans selon l’OCDE), les dividendes que devra verser le nouveau groupe à ses actionnaires risquent de manquer cruellement.

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