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La Tribune - article du 28/08/03

Sécurité électrique et privatisation

lundi 21 février 2005
par Jean Matouk, professeur honoraire de l’université de Montpellier.

Une partie de la majorité souhaite la privatisation d’EDF, parallèlement à celle de GDF. Elle considère que c’est une conséquence logique de l’ouverture de notre réseau électrique à la concurrence européenne. Une autre partie y est moins encline, surtout par crainte de la réaction des personnels fortement syndiqués. On peut penser que le gouvernement, pour l’instant du moins, suivra prudemment cette voie, même si "l’ouverture du capital" a été annoncée par Francis Mer comme un "choix politique non négociable" en août 2002. Mais ce choix ne doit pas seulement relever de la tactique politique. Maintenir le statut public d’EDF apparaît aujourd’hui une exigence nationale.

De nombreuses expériences étrangères montrent que, dans un premier temps, la privatisation porte le fruit attendu : la concurrence se développe et les prix baissent en premier lieu sur le marché des "gros" consommateurs. S’ils baissaient aussi sur le marché des particuliers, les entreprises négligeraient l’entretien des lignes et des centrales ; aussi les sociétés augmentent-elles sensiblement les prix aux particuliers.

Le cas de British Energy est typique. Cette entreprise, qui fournit le 1/5 de l’énergie électrique britannique uniquement aux entreprises, était au bord de la faillite en novembre 2002. Le gouvernement a dû y injecter 899 millions de livres et lui garantir une subvention de 150 à 200 millions par an sur dix ans. L’entreprise n’a pas supporté la concurrence et ne pouvait plus faire face à ses impératifs d’investissement, alors que ses deux consoeurs, Scottish Power et Power Green, ont rééquilibré leurs comptes par une hausse des prix aux particuliers. Dans le même sens, le gouvernement espagnol est confronté en permanence à une entente larvée des trois entreprises Endesa, Iberdrola et Union Fenosa pour augmenter leurs prix au-delà de l’inflation. De même en Suède, malgré l’ouverture à la concurrence, les prix aux particuliers ont sensiblement augmenté.

Multiplication des défaillances. Quant aux exemples de défaillances, ils tendent à se multiplier. La Californie, sixième économie de la planète, avait été privée d’électricité en janvier 2001. Seule une forte hausse des prix a permis de rétablir un certain équilibre, sans oublier le jeu très déstabilisant des courtiers comme Enron, et celui des transactions à terme dont nous pourrions en France ressentir les effets puisque notre électricité est maintenant aussi cotée sur le marché à terme Powernext. La Ville de San Francisco a d’ailleurs décidé de poursuivre 13 compagnies pour manipulation de l’offre. Au Japon, Tepco menace le pays de coupures pour réviser ses 17 centrales. Mais le signal le plus clair à prendre en compte, c’est évidemment la grande panne qui vient d’affecter New York et le Nord-Est américain ; elle montre que les producteurs privés d’électricité ont complètement négligé la modernisation de leurs installations, défaillance déjà constatée sous Clinton et maintenant par Bush, mais dont on voit mal comment le gouvernement fédéral pourrait y pallier sans subventions.

Bref, si l’on veut, comme la réglementation européenne le prévoit explicitement, "assurer à tous les consommateurs le bénéfice d’un service universel", on peut être certain que cela n’est possible qu’avec une intervention directe - et pas seulement régulatrice - de l’Etat.

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