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Adrien de Tricornot , Marie-Béatrice Baudet , Antoine Reverchon | Le Monde du 29.04.08.

Six crises qui bousculent l’ordre économique mondial

mardi 29 avril 2008 par Adrien de Tricornot , Marie-Béatrice Baudet, Antoine Reverchon
A quelle place l’Histoire situera-t-elle la crise globale - dont les symptômes sont à la fois financiers, monétaires, économiques, alimentaires, énergétiques et écologiques - que subit la planète depuis mi-2007 et qui s’est accélérée en ce premier semestre de l’année 2008 ? Quelle sera son amplitude sur l’échelle de Richter des tremblements de terre économiques et sociaux ? Plus forte que la grande dépression de 1929 ? Similaire à celle des années 1970 où, juste avant le premier choc pétrolier de 1973 et la récession du deuxième semestre 1974, des scientifiques, des industriels et des économistes, fondateurs du Club de Rome en 1968, appelaient dans le rapport Meadows (1972) à stopper la croissance, afin d’éviter l’épuisement des ressources de la planète d’ici à la fin du XXIe siècle ?

La prudence est de mise. Pour s’en convaincre, il suffit d’abord de relire le rapport du Conseil d’analyse économique (CAE) "Les crises financières", publié en 2004, et dont les trois auteurs, Robert Boyer, Mario Dehove et Dominique Plihon, rappellent à l’envi que "les crises financières rythment l’histoire du capitalisme", prenant souvent la forme de crises "jumelles" (bancaire et de change), voire multiples si les indices boursiers et l’activité économique s’effondrent. Ils soulignent aussi le caractère ancien de l’interdépendance des marchés. Qui plus est, expliquent-ils, les crises sont plus nombreuses depuis la disparition en 1971 des accords de Bretton-Woods, qui signèrent a la fin du système de change fixe instauré à la fin de la seconde guerre mondiale. Ensuite, insiste Pierre-Cyrille Hautcoeur, professeur associé à l’Ecole d’économie de Paris, "quand on essaie de quantifier l’ampleur d’une crise, il faut faire attention de distinguer les mécanismes à l’oeuvre et les ajustements qui se produiront in fine". Concernant l’atterrissage de la crise actuelle, en dépit des révisions à la baisse menées par le Fonds monétaire international (FMI) ou par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la croissance mondiale afficherait une progression située entre 3,5 % et 4 %, et ce grâce aux moteurs chinois et indien, à condition qu’ils ne ralentissent pas trop eux aussi. "Nous n’affrontons donc pas pour le moment, reprend M. Hautcoeur, une crise économique radicale." Une opinion partagée par Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris-Dauphine, spécialiste des matières premières : "Il est nécessaire de prendre du recul, de relativiser. L’intensité actuelle est forte, mais rappelez-vous la crise des années 1970 : nous avons tous annoncé alors l’avènement d’un nouvel ordre économique international. "

En revanche, la nature multiple de la crise actuelle interroge économistes et historiens, qui la qualifient volontiers d’exceptionnelle. Pas forcément pour les mêmes raisons d’ailleurs, mais exceptionnelle néanmoins. M. Chalmin confirme ainsi n’avoir jamais vu "une telle volatilité des marchés de change et de matières premières". "La référence habituelle à la crise de 1974 paraît tout à fait dépassée, constate-t-il. Le 2 janvier, le pétrole cote 100 dollars le baril - ce qui a été salué comme un record incroyable -, le 25 avril, il est déjà à 117,6 !" Pour Jean-Paul Betbèze, chef économiste du groupe Crédit agricole, même s’il y a eu l’éclatement de la bulle Internet en 2000, "nous affrontons la première grande crise du XXIe siècle". Selon lui, il ne s’agit pas du schéma classique d’une crise américaine (ou d’une autre région du globe), qui contamine ensuite telle ou telle partie de la planète. "Nous avons affaire à un schéma inédit, à savoir la conjonction de crises différenciées et interdépendantes. Aux Etats-Unis, c’est la crise d’un pays surendetté ; en Europe, c’est une crise d’une région dont les Etats membres n’ont toujours pas résolu leur gouvernance politique, les empêchant de mener une stratégie économique concertée ; et dans les pays émergents, nous assistons ou allons assister à une crise classique de surchauffe et de croissance."

Qui plus est, insiste M. Betbèze, "le jeu actuel entre tous les acteurs de ces crises est non coopératif. Ainsi, la chute du dollar n’arrange en rien les Européens, qui voient leurs exportations renchérir. Quant aux Chinois, ils se refusent à réévaluer leur devise, le yuan, ce qui permettrait aux pays occidentaux de regagner en compétitivité."

Pierre Bezbakh, maître de conférences à l’université Paris-Dauphine, dont une partie des travaux ont porté sur l’histoire des crises, confirme ce jeu d’interdépendance plus compliqué que jamais : "Les Etats du Sud ne sont plus en position de dominés, ils sont désormais intégrés dans la compétition mondiale. Quant aux ex-pays de l’Est, ils se sont eux aussi convertis aux règles du marché. Vous avez donc une multiplicité d’acteurs dont les intérêts sont loin d’être convergents." A l’instar de Patrick Artus, chef économiste de Natixis, et de Marie-Paule Virard, journaliste, qui ont publié à La Découverte en 2005 Le capitalisme est en train de s’autodétruire, M. Bezbakh pense que la crise actuelle signe "une rupture totale de société. Le capitalisme n’est plus en voie de développement, mais en voie d’achèvement. Les puissances occidentales ne peuvent plus faire payer à d’autres pays le coût de la crise, comme ils l’avaient fait en 1929 avec la baisse du prix des matières premières. Nous assistons à un processus d’autodestruction soit du système, soit de son fonctionnement". Et la crise actuelle en serait la signature la plus forte.


La plus forte hausse des prix alimentaires depuis 1978

Après "les émeutes de la faim" survenues en Afrique et à Haïti fin mars et début avril, les risques de pénurie alimentaire ont fait leur réapparition dans l’agenda des sommets internationaux et les discours des dirigeants de la planète. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 36 pays, dont 21 en Afrique, auront besoin d’une aide alimentaire extérieure en 2008.

Ce n’est pas tant le volume de la production qui est en cause - quoique les stocks soient au plus bas - que la hausse des prix : celui du blé a presque doublé entre mars 2007 et mars 2008, le maïs a suivi la même ascension mais sur deux ans, le riz a augmenté d’un quart depuis la fin 2006. L’index des prix alimentaires, établi par la FAO, a connu sa plus forte hausse depuis la fin des années 1970. En 2000, lorsque l’Organisation des Nations unies (ONU) fixait parmi les Objectifs du millénaire la diminution de moitié des personnes souffrant de la faim dans le monde en 2010, il suffisait d’accélérer la tendance : la part des "mal nourris" dans les pays en développement était passée de 35 % à la fin des années 1960 à 16 % à la fin des années 1990. Mais, depuis, cette proportion est restée stable, et le nombre de personnes souffrant de malnutrition est reparti à la hausse, souvent du fait des conflits armés, notamment en Afrique.

Des causes structurelles s’y sont ajoutées, qui expliquent aussi l’inflation des prix dans les pays développés, entamant le pouvoir d’achat des consommateurs : l’alimentation des populations des pays émergents en pleine croissance économique se diversifie, et tire la demande mondiale ; le réchauffement climatique augmente la fréquence et l’intensité des inondations et des sécheresses, comme celles qui ont frappé l’Australie et l’Ukraine, gros producteurs de céréales ; l’explosion du commerce mondial et la hausse du prix du pétrole ont fait grimper le prix du transport des denrées (150 % en 2007 sur le fret maritime). Enfin, la perspective d’une hausse durable des prix alimentaires attire les fonds spéculatifs fuyant les placements immobiliers et financiers devenus incertains, ce qui renforce la volatilité des cours.

LES AGROCARBURANTS MONTRÉS DU DOIGT

La ruée sur les agrocarburants est-elle responsable de l’envolée des prix alimentaires ? En janvier 2007, des dizaines de milliers de Mexicains avaient défilé dans les rues pour protester contre la hausse du prix du maïs : c’était la première des "émeutes de la faim". Une partie du maïs consommé au Mexique est importé des Etats-Unis, où son cours flambait en raison d’une poussée de la demande des compagnies pétrolières. Pour soulager la balance commerciale américaine plombée par la hausse du prix du pétrole, l’administration Bush venait d’annoncer une réduction de 20 % de la consommation d’essence du pays d’ici à 2012, en incorporant des biocarburants à l’essence classique. Additionnant les objectifs de production de "carburant vert" annoncés, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a estimé que la part des terres arables consacrée à ces cultures passeraient de 1 % aujourd’hui à 2,5 % ou 3,8 % d’ici à 2030 selon les scénarios. Or, "l’agriculture mondiale ne pourra assurer à la fois l’alimentation de 9 milliards de personnes en 2050, la production en carburant et la préservation de la biodiversité", remarque Michel Griffon, agronome et directeur adjoint de l’Agence nationale de la recherche.


La planète finance en danger

En touchant le coeur du système financier - les banques américaines et européennes - la crise financière se présente comme l’une des plus graves jamais connues. Son déclencheur a été, à l’été 2007, la déconfiture des subprimes, prêts immobiliers à risques américains, mais le coût final de ses enchaînements n’est pas encore connu, la défiance s’étant étendue à d’autres compartiments du marché de la dette, comme les emprunts destinés à financer le rachat d’entreprises par des fonds d’investissement (leveraged buy-out, LBO), provoquant la nervosité et le repli des marchés boursiers.

La crise paralyse le marché de la "titrisation" des crédits, le processus par lequel des prêts accordés par des banques sont vendus, regroupés et transformés en titres cédés à des investisseurs. Les banques ont sorti en partie ces risques de leurs bilans en les plaçant dans des structures ad hoc, qui ont elles-mêmes émis des titres placés auprès des investisseurs. Comme l’ampleur des pertes sur ces produits n’est pas entièrement connue ni l’identité de leurs détenteurs, le marché interbancaire, par lequel les banques se prêtent des liquidités, ne fonctionne plus normalement : les taux d’intérêt se sont fortement tendus obligeant les banques centrales à intervenir régulièrement pour prêter aux établissements. La crise débouche donc sur un durcissement des conditions de crédit.

Les estimations sur l’ampleur des pertes directement liées à la crise financière ont été constamment revues à la hausse. La plus alarmiste est celle publiée mardi 8 avril par le Fonds monétaire international (FMI) dans son "Rapport sur la stabilité financière dans le monde". Le document chiffre le montant des pertes potentielles à 945 milliards de dollars (590 milliards d’euros), dont 225 milliards sur les prêts et 720 milliards sur les produits titrisés. L’organisme constate que la crise s’étend à d’autres crédits immobiliers, aux prêts à la consommation, aux LBO et aux entreprises. Les grandes banques subiraient de 440 à 510 milliards de pertes, le reste étant réparti entre les compagnies d’assurances, les fonds de pension, les fonds monétaires, les fonds spéculatifs (hedge funds) et d’autres investisseurs institutionnels.

De son côté, le comité des marchés financiers de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a estimé, mardi 15 avril, que "la première vague de pertes (hors dépréciations d’actifs) pourrait atteindre quelque 422 milliards de dollars, dont 90 milliards de dollars seraient supportés par les banques américaines". "Si les pertes atteignent ce niveau, il sera essentiel de procéder à une recapitalisation des banques pour éviter les répercussions économiques plus rudes du désendettement, notamment d’un repli sensible de la distribution de crédits", poursuit l’OCDE. Dans une étude publiée vendredi 18 avril, les économistes du Crédit agricole jugent que "le chiffre de 422 milliards de dollars paraît plus en ligne avec les dépréciations annoncées à ce jour (près de 300 milliards en cumulé) et surtout, il vient relativiser l’estimation du FMI (....)". "Si les derniers résultats publiés par les banques au premier trimestre restent affectés par ces dépréciations, ils ne sont pas plus mauvais que prévu. Par ailleurs, les dernières augmentations de capital ont été bien accueillies", poursuivent-ils. Une façon de se rassurer.


La chute brutale du billet vert

Le monde de la finance est secoué par une nouvelle crise du dollar. L’euro a franchi, mardi 22 avril, la barre symbolique de 1,60 dollar, un record depuis sa création, renforçant sa surévaluation alors que son taux de change d’"équilibre" est situé autour de 1,20 dollar, selon les calculs des économistes. Une telle baisse du billet vert n’avait pas été enregistrée depuis les années 1970. En mai 1975, le dollar était ainsi tombé à 3,97 francs, soit l’équivalent d’1 euro à 1,65 dollar.

Les ministres des finances et les banquiers centraux du G7 réunis à Washington, vendredi 11 avril, ont pourtant quelque peu haussé le ton en évoquant les "fluctuations brusques" entre les grandes monnaies : "Nous sommes préoccupés de leur impact possible sur la stabilité économique et financière." Dans une étude publiée mardi 15 avril, les économistes de la banque japonaise Nomura soulignent que le mot "préoccupation" avait été employé pour la dernière fois en septembre 2000 lors du sommet du G7 à Prague : l’euro était proche de son plancher historique, mais les grandes puissances avaient annoncé simultanément une intervention coordonnée sur le marché des changes, ce qui n’a pas été le cas cette fois-ci.

Le billet vert connaît aussi un accès de faiblesse face au yen et à d’autres monnaies flottantes, comme le dollar canadien ou d’autres devises des pays émergents, le tout dans un climat de nervosité et une volatilité record des marchés depuis la fin des années 1990. Les raisons sont multiples : crise du secteur bancaire ; larges déficits budgétaires, commercial et de la balance des paiements américains ; signes de récession et baisse du loyer de l’argent aux Etats-Unis.

Les seules monnaies qui échappent à une réévaluation brutale sont le yuan, dont l’appréciation est contrôlée étroitement par les autorités chinoises, et les devises du Golfe, pour la plupart indexées sur le dollar. Ces dernières années, le yuan faible a permis à la Chine de développer spectaculairement ses exportations et ses réserves en devises. L’empire du Milieu rechigne à accélérer la réévaluation de sa monnaie comme le demandent les pays occidentaux. A l’inverse, certains pays du Golfe s’inquiètent de leur lien fixe avec le dollar, qui diminue la valeur de leurs recettes commerciales et de leurs réserves financières, et accroît l’inflation domestique. Le Koweït a ainsi décidé en mai 2007 de supprimer le lien fixe entre le dinar et le dollar, en basant désormais la valeur de sa monnaie sur un panier de devises incluant, parmi d’autres, le billet vert.

Longtemps, les pays émergents d’Asie et du Moyen-Orient ont financé, grâce à leurs réserves, les déficits des Etats-Unis, les rendant indolores. Mais l’accès de faiblesse du dollar et de l’économie américaine montre les limites de cette relation économique et financière. Selon les statistiques du Fonds monétaire international (FMI), la part du billet vert dans les réserves mondiales de change était encore de 63,9 % à la fin 2007, mais celle de l’euro est passée de 18 %, lors de sa création, à 26,5 %.


Pétrole et métaux battent des records

Le ralentissement de la croissance mondiale n’empêche pas le choc pétrolier de se poursuivre. Autour des 120 dollars en avril, le prix du baril a plus que doublé depuis son niveau de janvier 2007 (58 dollars) et son augmentation est encore plus impressionnante depuis le krach de l’or noir d’il y a dix ans, qui l’avait vu coter 10,76 dollars, le 12 décembre 1998. Sur les marchés, les prix de l’énergie comme des métaux ont triplé depuis le début de l’année 2003, période où la croissance mondiale s’est maintenue autour des 5 % et celle des pays émergents s’est envolée, comme en Chine et en Inde, deux pays grands consommateurs de pétrole et de matières premières.

Cette tendance haussière n’empêche pas les marchés d’être très chaotiques. Jeudi 17 avril, le cuivre a, par exemple, battu un record historique à 8 800 dollars la tonne tout comme l’étain, à 21 750 dollars la tonne alors que le zinc, à l’inverse, reste loin de ses records de 2006. Soutenu par la spéculation, l’or, valeur-refuge, a dépassé le plafond symbolique des 1 000 dollars l’once au mois de mars, avant de se replier. Les tensions géopolitiques mondiales, qui persistent et se conjuguent au report de capitaux sur les marchés de matières premières - un phénomène accentué depuis la crise financière puisqu’ils servent d’alternative aux autres placements -, expliquent en partie ces hausses. De plus, la demande des pays émergents, moins touchés par le ralentissement de l’activité, reste dynamique : la Chine a connu en mars sa plus forte augmentation de la demande en produits pétroliers depuis dix-neuf mois (+8 %).

Phénomène nouveau, la chute du dollar accentue aussi ce mouvement, car la relation entre le prix de l’or noir et du billet vert s’est inversée. De 1980 à 2004, une hausse de 10 % des prix du pétrole s’accompagnait d’une appréciation de l’ordre de 9,5 % du billet vert, a calculé Valérie Mignon, professeur d’économie à l’université Paris-X. Les producteurs d’or noir épargnaient en effet leurs recettes en actifs libellés en dollars, ce qui conduisait à une appréciation de la monnaie américaine. Aujourd’hui, à l’inverse, la faiblesse du billet vert s’accompagne de la hausse du prix du pétrole. Une réalité qui, selon Mme Mignon, s’explique en partie par "la place croissante de la Chine dans le paysage économique", devenue le deuxième consommateur d’or noir mondial. Or l’empire du Milieu a un régime de change fixe par rapport au dollar : la chute du billet vert favorise par conséquent ses exportations, sa croissance et donc sa demande d’énergie. D’autres facteurs sont avancés : la diversification des réserves de change et de l’épargne des pays producteurs de pétrole vers d’autres devises que le dollar, ou encore le fonctionnement des marchés : la baisse du dollar pousserait ceux-ci à anticiper une réduction de l’offre de pétrole des pays producteurs qui chercheraient ainsi à compenser l’amoindrissement de leur pouvoir d’achat en dollars.


Des écosystèmes menacés comme jamais

Depuis la première tentative de chiffrage du coût du réchauffement climatique par l’économiste britannique Nicholas Stern, en octobre 2006, les menaces qui pèsent sur l’environnement sont officiellement perçues comme des entraves à la croissance et au développement. Le rapport Stern estimait à 5 500 milliards d’euros l’impact d’un réchauffement de 4oC d’ici à 2050, soit le coût total de la crise de 1929. Dans un rapport publié en novembre 2007, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a calculé que le nombre de victimes de catastrophes climatiques - 1 milliard de personnes, quasi exclusivement dans les pays en développement - a été deux fois plus élevé entre 2000 et 2004 que dans la première moitié des années 1980. Le PNUD évalue à 59 milliards d’euros par an le montant des investissements nécessaires pour mettre les pays en développement à l’abri des conséquences du réchauffement.

Celui-ci n’est pas le seul responsable des difficultés environnementales de la planète. La croissance phénoménale des pays émergents - Chine, Inde, Brésil - a bouleversé les milieux naturels de ces régions. Quatre cents des six cents villes chinoises, par exemple, manquent structurellement d’eau. 60 % des cours d’eau souffrent en Chine d’une pollution de niveau 4 sur une échelle de 1 à 5. L’industrialisation rapide est responsable de la dégradation de la qualité de l’air : en Chine toujours, la pollution serait responsable de 750 000 décès prématurés. La croissance est aussi synonyme d’urbanisation : quatorze des dix-sept villes de plus de 8 millions d’habitants se trouvent dans des pays en développement. Ce "mitage" des territoires par une urbanisation éclatée, qui accroît les temps de transport et l’épuisement des ressources naturelles, concerne aussi les pays développés. Ceux-ci sont également responsables, via les importations massives de produits fabriqués à bas coûts dans les pays émergents, de la pollution qui y menace l’environnement. La déforestation massive de l’Amazonie correspond à l’extension des plantations de soja et de canne à sucre, destinées à fournir l’alimentation du bétail et le carburant consommé dans le monde entier. "Les écosystèmes sont plus menacés que jamais", conclut l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) dans son rapport publié en février.


Le spectre de la récession hante les experts

La panne de la première économie mondiale, les Etats-Unis, et la crise financière commencent à se diffuser sur la planète, également confrontée à des poussées inflationnistes provoquées par le choc sur les prix du pétrole, des métaux et des produits alimentaires. "L’expansion mondiale ralentit face à une crise financière majeure. Le ralentissement est le plus marqué dans les pays avancés, en particulier aux Etats-Unis, où la correction du marché immobilier continue à exacerber les tensions financières", note le Fonds monétaire international (FMI) dans ses prévisions publiées en avril, extrêmement pessimistes, où il n’attend plus qu’une croissance de 3,7 % à l’échelle mondiale cette année, soit 1,25 point de moins qu’en 2007.

L’épicentre de la crise se situe aux Etats-Unis, menacés d’entrer en récession au premier semestre - le terme de récession désignant deux trimestres consécutifs de décroissance du produit intérieur brut (PIB). Les indicateurs publiés depuis le début de l’année le laissent redouter. Au premier trimestre, l’économie américaine a perdu 232 000 emplois, le taux de chômage remontant de 4,8 % à 5,1 %. L’explosion de la bulle immobilière continue : "Depuis le deuxième trimestre 2006, la construction résidentielle a coûté environ un point de la croissance annuelle du PIB. Le niveau des stocks, le resserrement des conditions de crédit et les incertitudes économiques, qui pèsent sur la situation financière des ménages, montrent que la correction n’est pas terminée", explique Philippe d’Arvisenet, directeur des études économiques de BNP Paribas, dans une note publiée en avril.

La conjoncture américaine se diffuse traditionnellement avec deux trimestres de retard en Europe. Le Vieux Continent est aussi confronté à une poussée subite de la hausse des prix, qui a atteint 3,6 % en rythme annuel au mois de mars dans la zone euro, au plus haut depuis 1992, menaçant la consommation, moteur de ces dernières années, au moment où l’immobilier souffre, notamment en Espagne. Dans la zone euro, après un début d’année moins mauvais que prévu, "la croissance devrait tomber à environ 1 % en rythme annuel au deuxième et au troisième trimestres, bien en dessous de la croissance potentielle", estime Peter Vanden Houte, économiste de la banque ING dans une note d’avril.

Le retour de l’inflation frappe particulièrement les économies émergentes, la hausse des prix s’établissant à 8 % au premier trimestre en Chine et la Russie prévoyant une augmentation de 9,5 % cette année. La croissance des grands pays émergents, orientée vers les exportations, devrait fléchir tout en restant vigoureuse.

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