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Fanny Doumayrou L’Humanité du 2 mai 2007

Six heures de garde à vue pour une pétition

mercredi 2 mai 2007 par Fanny Doumayrou
Répression . Délégué CGT chez Servair, filiale d’Air France à Roissy, Manuel Goncalves est accusé de « faux et usage de faux » par la direction, qui veut se débarrasser de lui.

La direction de Servair, filiale à 100 % d’Air France, qui prépare dans deux usines les plateaux-repas à l’aéroport de Roissy, sort l’artillerie lourde contre la CGT. La semaine dernière, mercredi 25 avril, le délégué CGT Manuel Goncalves a été convoqué à la police aux frontières (PAF) de Roissy où, avant même de savoir ce qui lui était reproché, il a été placé en garde à vue, menotté, fouillé, placé en cellule, avant de subir un interrogatoire de plus de trois heures. Arrivé vers 11 heures à la convocation, c’est vers 16 heures seulement que les policiers lui ont révélé qu’ils agissaient dans le cadre d’une commission rogatoire délivrée par un juge d’instruction de Bobigny après plainte de la direction pour « faux et usage de faux », concernant une pétition qui a circulé dans l’entreprise... il y a un an.

« nous pouvons prouver que rien n’a été trafiqué »

« Je suis tombé des nues quand j’ai compris pourquoi j’étais là », témoigne Manuel Goncalves, qui dénonce une affaire montée de toutes pièces, dans un contexte de répression syndicale croissante. La pétition au centre de l’affaire, lancée en avril 2006, avait pour but de le soutenir face aux attaques - déjà - de la direction. Celle-ci venait de l’assigner en justice pour « diffamation », parce qu’il avait accusé en comité d’entreprise les cadres dirigeants de « voler » les salariés, à propos de la prime d’intéressement. Après une grève de protestation, 330 salariés avaient signé la pétition, qui avait ensuite été reprise dans un tract avec tous les noms des signataires. Comme la CGT comptait utiliser ce document en justice, la direction avait répliqué : « À l’époque, elle a convoqué des signataires pour les faire revenir sur leur signature, raconte Manuel Goncalves. Elle a menacé l’un de ne pas prendre son fils en contrat d’été, un autre de ne pas lui accorder ses dates de congé, ou bien a proposé à d’autres de payer des jours de grève. Beaucoup ont refusé, mais une dizaine de salariés ont signé une lettre de rétractation. » Ce sont ces lettres que la direction, entre-temps déboutée en diffamation, utilise aujourd’hui pour accuser le délégué de « faux et usage de faux ».

« Nous avons conservé tous les tracts, et nous pouvons facilement prouver que rien n’a été trafiqué », précise le délégué CGT, victime d’un véritable acharnement de la part de la direction puisqu’il est actuellement sous le coup de deux procédures de licenciement. « Avec cette garde à vue, la direction veut impressionner les collègues, les inciter à ne plus bouger », dénonce-t-il. Depuis plus d’un an, les grèves sont suivies d’intimidations de la part de la direction. « Elle envoie des courriers de reproche aux grévistes, leur retient deux jours de paie au lieu d’un, soit disant par erreur, raconte le délégué. Deux grévistes ont été licenciés sur un coup monté. Et par ailleurs, la direction lamine la CGT. En un an nous avons perdu 18 délégués, soit la moitié de nos élus, poussés vers la sortie à coups de transactions. » Mais, pour lui, la plainte de la direction contre lui est surtout liée à sa lutte contre la précarité. Depuis un an il défend aux prud’hommes des collègues qui réclament à Servair des dommages et intérêts pour les multiples contrats en intérim qu’ils ont subi avant d’être embauchés en CDI. « L’an dernier, trois salariés ont gagné 5 000 euros chacun, et en février nous avons introduit treize nouveaux cas », explique-t-il. Servair emploie en permanence 400 intérimaires pour 1 500 ouvriers en CDI. « Tous les CDI ont connu l’intérim avant l’embauche et sont susceptibles de porter plainte, cela pourrait faire boule-de-neige et représenter des sommes colossales pour la direction. C’est ça qu’elle veut casser en m’attaquant. »

Le délégué envisage de porter plainte pour abus de pouvoir

Même si l’affaire s’arrête là, la garde à vue inscrite dans les fichiers de police pourrait lui être reprochée l’an prochain lors du renouvellement de son badge par la préfecture, ce qui pourrait amener à la direction, sur un plateau, un motif valable de licenciement... Dans l’immédiat, le délégué envisage de porter plainte pour abus de pouvoir de la PAF, par rapport à sa garde à vue. De son côté, l’union locale CGT de Roissy a réagi : « Alors que la délinquance financière n’est pas réprimée, que les procès-verbaux des inspecteurs du travail de Roissy sont le plus souvent classés sans suite (...), il est plus que choquant de constater que justice et police épaulent le patronat dans ses politiques de répression et d’atteinte aux libertés des salariés et de leurs organisations syndicales. »

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