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Article de Bruno Vincens paru dans L’Humanité du 17 aout 2006

Six saisonniers obtiennent gain de cause

jeudi 17 août 2006 par Bruno vincent
Restauration . Des employés d’un restaurant des Côtes-d’Armor ont remporté une première bataille devant les prud’hommes.

Tous les jours, ils avaient droit à la même ritournelle : « Si t’es pas content, tu t’casses ! » Pour les six étudiants embauchés au restaurant Le Phare d’Aiguillon, l’été 2006 aurait pu s’intituler Une saison en enfer, même si les injures et les menaces qu’ils subissaient avaient peu de rapport avec Rimbaud. Dans cet établissement de Saint-Cast-le-Guildo (Côtes-d’Armor), la patronne et son concubin faisaient rimer exploitation avec intimidation, colérique avec alcoolique. « Ils sont en état d’ébriété permanent », raconte Guillaume, l’un de ces six travailleurs saisonniers, recruté après avoir lu une annonce de l’ANPE. Jusqu’au soir du mardi 18 juillet où un commis de cuisine, excédé, rend son tablier et s’en va. « Les conditions de travail étaient innommables », explique-t-il.

Le restaurant se retrouve avec une personne de moins aux fourneaux alors que, précisément, de nombreux clients viennent s’attabler et commandent leur repas. Le restaurant ne peut faire face à l’afflux de convives. Le gérant hurle, ses insultes redoublent. Vers 22 h 30 - plusieurs témoignages convergent - il jette une bouteille de rosé en direction d’une saisonnière. Heureusement, la bouteille en verre s’écrase contre un plan de travail, protégeant in extremis la jeune femme. Un client et un salarié ont vu la scène.

Immédiatement, les salariés, se sentant tous en danger, exercent leur droit de retrait, cessent le travail et quittent le restaurant. Ils avertissent également le syndicat CFDT, bien décidés à ne pas se laisser faire. « C’est rare que des saisonniers exercent collectivement leur droit de retrait », commente René Perroquin, secrétaire adjoint de la CFDT dans les Côtes-d’Armor. Ces mêmes saisonniers entendent aussi se faire payer les heures supplémentaires, accomplies en juin et jusqu’au 18 juillet. « Nous devions travailler 39 heures par semaine, nous en faisions le double », révèle Guillaume. « Le 14 juillet, nous avons effectué 17 heures de travail », ajoute le commis de cuisine, qui entend garder l’anonymat. De source syndicale, les patrons du Phare d’Aiguillon auraient coutume d’oublier de payer les heures supplémentaires. Aussi, leur réputation auprès des saisonniers les oblige à recruter de plus en plus loin, bien au-delà des Côtes-d’Armor.

Selon la CFDT, la jeune femme visée par la bouteille a déposé une plainte auprès de la gendarmerie. Une procédure a aussi été entreprise auprès du conseil des prud’hommes de Dinan. Au cours de l’audience du 14 août, la restauratrice et son avocat ont consi- dé- ré que le retrait des travailleurs saisonniers représen- tait « une absence non autorisée », d’où la procédure de licenciements à leur égard. Devant les prud’hommes, les six employés saisonniers ont remporté une première bataille : une ordonnance de référé oblige la restauratrice à verser les salaires jusqu’au 31 juillet. « Cette ordonnance devrait faire jusisprudence », se fé- licite René Perroquin. Cependant, les « six de Saint-Cast » doivent encore obtenir le paiement intégral des heures supplémentaires et celui du mois d’août. Le conseil des prud’hommes se prononcera sur ces requêtes le 17 octobre.

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