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Un article de M.A. GHIS-MALFILATRE (stagiaire à Libération) paru dans Libération le 1 novembre 2005

Stagiaires : « Non à l’exploitation ! »

mardi 1er novembre 2005 par Marie-Aurore GHIS-MALFILATRE
Des stagiaires ont manifesté mardi à Paris pour dénoncer les abus des entreprises qui les emploient • Aujourd’hui, 800.000 personnes travailleraient quasi-gratuitement en France • Le mouvement Génération Précaire demande une réforme du statut de stagiaire •

« Les stagiaires ne sont pas des vaches à traire ! » Julie, 27 ans, arbore ce slogan dans son dos et porte un masque blanc qui lui recouvre tout le visage. Tenue imposée à la cinquantaine de stagiaires rassemblés cet après-midi pour dénoncer une situation qu’ils ne tolèrent plus : « l’existence d’un véritable sous-salariat toujours disponible, sans cesse renouvelé et sans aucun droit. ».

Titulaire d’un bac + 5, Julie est en stage pour six mois dans un cabinet d’avocat parisien. Stage imposé par sa formation pour préparer le concours qui délivre le titre d’avocat. « Je gagne 30 % du SMIC pour effectuer le même travail qu’un professionnel, et j’ai dû prendre un prêt étudiant de 5.000 euros pour subvenir à mes besoins, rapporte la jeune fille avant d’ajouter : en tout, ça fait quand même plus d’un an que je suis en stage ! »

Pour la plupart des stagiaires réunis, l’emballement du premier stage et de l’expérience qu’il délivre a vite fait place au sentiment d’être exploité. « Mais même exploité, il faudrait qu’on dise merci. Parce que c’est une chance aujourd’hui d’avoir un bon stage ! », ironise Arline, elle aussi en stage dans un cabinet d’avocat.

Parce que les stages deviennent presque obligatoires et qu’ils permettent une insertion (relative), les étudiants se les arrachent. Le plus souvent il n’y a pas de salaire mais qu’importe puisque l’expérience finira bien par être valorisée...

« Il y a environ 800.000 personnes en France qui acceptent de travailler gratuitement parce qu’elles ne trouvent pas d’emploi, annonce Julien, 25 ans, membre du mouvement Génération Précaire, né début septembre. On demande une réforme simple du statut des stagiaires avec une rémunération d’au moins 30 % du SMIC sur laquelle seront prélevées toutes les côtisations sociales en vigueur et une augmentation en fonction de la durée du stage. »

« On n’est pas contre les stages. Il faut juste qu’on détermine des règles pour éviter que les stages remplacent de véritables emplois », précise Nicolas titulaire d’une maîtrise en informatique. Diplômé en juin dernier, Nicolas a décidé cette année de suivre une formation professionnalisante proposant un contrat d’apprentissage. « Le problème, c’est que je ne trouve pas d’entreprise qui veuille me prendre comme apprenti parce qu’elles préfèrent prendre un stagiaire. Pourquoi payer quant on peut avoir une main d’œuvre gratuite ?, c’est ce qu’insinuent les patrons quand je les démarche ».

Une autre stagiaire masquée et restée à part se plaint des frais que nécessitent les stages. « J’ai dû souscrire à une assurance privée pour pouvoir remplir les conventions, explique t-elle avant de se crisper. C’est peut-être pas terrible si vous dénoncez vos confrères », avise t-elle finalement, en lâchant qu’elle est stagiaire dans le service public... chez France Inter.

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