Liste des auteurs

LE MONDE | 25.09.07

Stagiaires : des pistes pour être reconnus

mardi 25 septembre 2007

Pourquoi payer un salarié alors qu’un étudiant stagiaire peut faire le travail pour rien ou presque ? Des entreprises peu scrupuleuses abusent des stagiaires en toute illégalité. Après les manifestations du collectif Génération précaire menées à partir d’octobre 2005, des mesures ont été introduites dans la loi sur l’égalité des chances du 31 mars 2006 pour moraliser les pratiques.

L’obtention d’un stage nécessite obligatoirement la signature d’une convention tripartite entre l’étudiant, l’établissement d’enseignement et l’entreprise. Sa durée, hors cursus pédagogique, ne peut excéder six mois. Aucune convention de stage ne peut être conclue pour remplacer un salarié en cas d’absence, ou encore pour exécuter une tâche régulière correspondant à un travail permanent. Enfin, une charte des stages est censée sécuriser les pratiques.

Il n’empêche, les abus perdurent. Etudiante en licence d’arts du spectacle, Catherine (son nom a été changé) a effectué un premier stage d’un an dans une maison de disques à Paris. Dans son service, sur une quinzaine de postes, le tiers était occupé en permanence par des stagiaires, renouvelés tous les ans. "Cela durait depuis des années et il ne fallait pas espérer être embauché", se souvient-elle. A raison de 30 % du smic (360 euros), sans congés payés, la jeune fille travaillait comme chef de produit. "Ce poste aurait mérité un vrai salaire, mais j’y ai au moins appris un métier", considère-t-elle. A la fin de son stage, on lui a demandé de recruter son successeur.

PEUR DE SE "GRILLER"

"Sur le papier, tout est parfait, reconnaît Daniel Laurent, ex-président de l’université Marne-la-Vallée. Mais, dans la pratique, les entreprises et les universités ne font pas forcément ce qu’il faut." Des jeunes diplômés, qui pourraient prétendre à de vrais emplois, s’inscrivent à l’université uniquement pour bénéficier d’une convention en vue d’un énième stage.

Face aux abus pourtant, les stagiaires protestent rarement, de peur de se "griller" auprès d’employeurs potentiels ou de voir leur diplôme non validé. Les syndicats de salariés ne semblent pas leur être d’un grand soutien. "Les stagiaires devraient pouvoir obtenir l’aide des représentants du personnel, mais ceux-ci rechignent à s’occuper d’eux, d’autant qu’ils ne relèvent pas du code du travail", explique Juliette, de Génération précaire. "Les stagiaires relèvent plutôt des organisations étudiantes", confirme-t-on à la CFDT.

Dans le cas d’un emploi dissimulé en stage, les étudiants peuvent demander le contrôle d’un inspecteur du travail en s’adressant à la direction départementale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle. Si les preuves sont suffisantes, ils obtiendront une requalification de leur convention de stage en contrat de travail, en passant par les conseils des prud’hommes ou en engageant une procédure au pénal. Des initiatives rares. Et longues.

Assez unique en son genre, le collectif Génération précaire s’est spécialisé dans leur défense. Collectivement, par son lobbying auprès des pouvoirs publics et ses manifestations éclairs dans les entreprises. Mais aussi individuellement, en recueillant les témoignages, en donnant des conseils, voire en accompagnant les stagiaires dans leurs actions.

Conscients des lacunes du système, les ministères de l’enseignement supérieur et du travail ont installé, le 10 septembre, un comité de suivi des stages et de la professionnalisation des cursus universitaires. Il devra s’assurer de la bonne application des textes et faire des propositions pour un meilleur encadrement.

En octobre, un décret d’application devrait enfin instituer une gratification des stages de plus de trois mois, comme le prévoyait la loi sur l’égalité des chances. Du côté des universités, beaucoup reste à faire pour assurer un meilleur suivi. Des initiatives vont dans le bon sens, comme la banque des stages du rectorat de Montpellier. "Nous essayons d’écarter les offres bidon, explique Thierry Laffond, son directeur. Et quand nous prospectons auprès des entreprises, nous les sensibilisons à la loi et nous leur demandons de signer la charte des stages."

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !