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YVES MISEREY. | Le Figaro le 18 octobre 2007

Stockage des déchets nucléaires : explorations autour de Bure

lundi 22 octobre 2007 par Yves Miserey
Des forages sont effectués dans la zone de la Meuse et de la Haute-Marne, où pourrait être installé le futur centre de stockage des déchets radioactifs.

À BURE (Meuse), les premières galeries du laboratoire de recherche sur le stockage souterrain de déchets radioactifs sont terminées. En juillet, les entreprises Bouygues et Charbonnage de France Ingénierie ont donné les clés à l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). À 490 mè- tres sous terre, tout est propre et bien rangé. Des fils partout, des capteurs plantés dans les parois.

Le silence ne va cependant pas durer longtemps. De nouvelles galeries vont bientôt être creusées dans l’épaisse couche du callovo-oxfordien, une argile grise de 155 millions d’années dont les scientifiques doivent à tout prix s’assurer qu’elle est capable de confiner les radionucléides pendant des milliers d’années et qu’il ne peut pas y avoir de remontées d’eau à travers d’éventuelles failles.

Les nouveaux souterrains permettront de conduire des expériences très concrètes liées au stockage (tests de bouchons d’alvéoles, dégradation des matériaux, diffusion des radionucléides, transferts de gaz, prise en compte de la réversibilité du stockage, etc.). On n’est donc plus dans la recherche fondamentale. Les chercheurs font désormais place aux ingénieurs. L’éventualité du stockage se précise.

« On ne va pas prendre les gens par surprise. On va dire tout ce qu’on va faire », assure Marie-Claude Dupuis, directrice de l’Andra. L’agenda qui pourrait aboutir en 2025 à la mise en exploitation d’un centre de stockage des déchets radioactifs de haute activité à vie longue est connu, et a été défini par la loi de juin 2006.

Le site potentiel de stockage d’une superficie de 250 km2 est connu depuis 2001. Il se trouve à l’intérieur de ce que l’Andra appelle la « zone de transposition » qui a été définie à partir des connaissances que l’on a de la géologie du Bassin parisien, à cheval sur les départements de la Meuse et de la Haute-Marne. Depuis un mois, l’Andra explore cette zone en y effectuant toute une série de forages. « C’est une étape importante. On sort du laboratoire », souligne Marie-Claude Dupuis. Les 14 forages prévus visent notamment à vérifier la profondeur et l’épaisseur de la couche du callovo-oxfordien, deux éléments essentiels pour la sûreté. Des camions vibreurs vont parcourir la campagne pour étudier la sismicité.

« Opposition au projet »

Un forage profond à 2 000 mè-tres dans le Trias (entre - 251 et - 199,6 millions d’années) devrait aussi permettre de vérifier si la zone a un potentiel géothermique, comme l’ont demandé les opposants au projet dans le cadre du Clis (Comité local d’information et de suivi). En effet, le site de stockage ne doit pas être installé dans une zone possédant des ressources exceptionnelles exploitables dans le sous-sol.

Au terme de ces travaux, l’agence devrait être en mesure de définir une nouvelle zone dite d’intérêt restreinte, d’une superficie de 30 km2. C’est à l’intérieur de cette nouvelle zone qu’en 2013 l’Andra proposera le site où pourrait être construit le centre de stockage. Cette proposition fera alors l’objet d’un débat public avant d’être examinée par l’Assemblée nationale.

« Il y a une opposition au projet. Je la respecte », assure la directrice de l’Andra, qui considère le Clis comme son interlocuteur privilégié mais se déclare aussi ouverte à des discussions avec le public. L’Andra a d’ailleurs embauché un sociologue pour l’aider dans ses rapports avec les populations.

L’incertitude tient pour l’instant au Clis lui-même. En effet, son prochain président pourrait être Christian Bataille, député PS du Nord et auteur de la loi sur les déchets nucléaires. Sa candidature a été proposée par le président du conseil général de la Meuse. Mais fera-t-elle l’unanimité ? M. Bataille est une personnalité extérieure à la région, connue pour ses positions en faveur du nucléaire. Il a critiqué dans un récent rapport le fonctionnement du Clis, qu’il accuse de faire trop de place aux antinucléaires.

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