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SONYA FAURE | Libération le 10.11.2007

Stress : les experts à la tâche

samedi 10 novembre 2007 par Sonya FAURE

Sacré travail. Car peut-on mesurer la souffrance ? Un économiste et un psychiatre – ils ne seront pas trop de deux – ont été chargés par le ministre du Travail de conduire une « mission sur les risques psychosociaux dans l’entreprise ». Xavier Bertrand l’a annoncé hier : Philippe Nasse, vice-président du Conseil de la concurrence, et Patrick Légeron, psychiatre, livreront un rapport en février qui alimentera la conférence sociale entre patronat et syndicats sur la souffrance au travail, engagée depuis le 4 octobre.

« Rien vu venir ». Patrick Légeron tient encore quelques consultations au centre hospitalier de Sainte-Anne. Il a fondé, en 1989, un cabinet de conseil sur le stress professionnel, Stimulus. Avec Philippe Nasse, il devra trouver des instruments pour mesurer ce mal-être au travail, quand on sait que dans les cas de suicides récents, chef d’équipe et collègues ont souvent assuré de bonne foi qu’ils n’avaient « rien vu venir… » « Notre société qui fonctionne sans cesse avec des indicateurs est cette fois confrontée à la mesure de la subjectivité et de l’inquantifiable », résume Patrick Légeron.

La plupart des experts estiment que la souffrance au travail augmente. C’est aussi la thèse du psychiatre : « Non seulement le niveau de stress augmente et se généralise. Mais les sources de stress se développent : pression du temps, manque de reconnaissance, violence des relations entre les individus, obligation d’en faire toujours plus avec moins de ressources et de maîtrise sur son travail… » Cette année, la souffrance a été tragiquement médiatisée par les suicides au technocentre de Renault (lire ci-contre), chez PSA, dans la grande distribution chez ED… Le phénomène n’est malheureusement pas nouveau mais l’enchaînement et la médiatisation de ces drames ont poussé les pouvoirs publics à s’emparer de la question. « En 2004, une directive européenne a été signée à l’unanimité – organisations patronales et syndicales, institutions… – pour inciter chaque Etat à réduire le stress au travail. Trois ans après, la France n’a pas eu beaucoup de résultats à avancer… », témoigne Patrick Légeron.

Coût.Pourtant, selon l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles), le stress au travail coûterait entre 0,8 et 1,6 milliard d’euros par an en France. « En France, ce coût est supporté par la collectivité : la dépression, par exemple, est rarement reconnue comme accident du travail et donc prise en charge par l’entreprise. » Un argument pour ériger la souffrance au travail en (énième) priorité gouvernementale. Espérons que ce rapport aura plus d’avenir que celui commandé par le précédent gouvernement, au psychiatre Christophe Dejours, qui vien t de paraître [1].


Chez Renault, le rugby fait le lien

Jeudi et vendredi, c’était bonne humeur imposée au technocentre de Renault. Les « Journées de l’équipe » étaient chargées de mettre du lien entre les ingénieurs après les trois suicides qui ont endeuillé Guyancourt. Les chefs d’équipe avaient été formés à faire parler leurs collègues. Autour du thème du rugby, les salariés ont échangé : quels sont les fondamentaux de leur service, Untel a-t-il joué perso ? Coût : 5 millions d’euros pour Renault.

[1] Conjurer la violence, travail, violence et santé, Payot.

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