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Article de Sébastien Crépel paru dans L’Humanité du 13 septembre 2006

Suez - GDF : Le gouvernement en flagrant délit de dissimulation

mercredi 13 septembre 2006 par Sébastien Crépel
Les ministres « oublient » de livrer des éléments décisifs au Parlement. Alain Bocquet (PCF) s’élève contre le mépris envers les parlementaires, considérés comme « de la piétaille ».

Plus le débat avance à l’Assemblée nationale, et plus les députés découvrent des aspects cachés du dossier de la privatisation de GDF. Première révélation : il n’y a pas eu une, mais deux lettres de griefs « confidentielles » de la Commission européenne sur la fusion en projet de GDF avec Suez. Une première missive a été adressée à GDF, dont les députés n’ont pu consulter qu’une version tronquée, et une seconde à Suez dont le contenu est à ce jour complètement inconnu. Le gouvernement était au courant de son existence, mais nie en avoir pris connaissance : « Bien évidemment, nous n’avons communication que de celle qui a été adressée à GDF (l’État étant l’actionnaire majoritaire - NDLR) mais elle doit ressembler à s’y méprendre à celle qu’a reçue Suez », a répondu, lundi, le ministre délégué à l’Industrie, François Loos, à François Brottes (PS) qui l’interpellait sur ce point. Mais le gouvernement s’entête à refuser de communiquer l’intégralité de la version adressée à GDF. « Je dois vous rappeler que l’on touche ici à un objet qui n’est pas celui dont traite le projet », a botté en touche François Loos en réponse aux demandes renouvelées du PCF et du PS.

Le ministre fait mine d’ignorer que la privatisation n’a pas pour objectif de rendre GDF « opéable » par Suez. Une ligne de défense battue en brèche, hier, par Alain Bocquet, auteur d’une autre trouvaille dissimulée par le gouvernement : « Le siège du futur groupe issu de la fusion entre GDF etSuez fait partie des chantiers en cours », a révélé le président du groupe communiste en faisant lecture d’une dépêche de l’AFP. La preuve que « la fusion se décide dans notre dos, on nous considère comme de la piétaille », a protesté Alain Bocquet.

De plus, cette fusion se prépare avec des restructurations à la clé, selon Daniel Paul (PCF), qui a découvert dans la Tribune l’existence d’un audit sur les coûts des fonctions centrales de GDF, qui concernerait 2 000 personnes. Pour lui, cela prouve que « les inquiétudes du personnel » quant au « danger de la fusion GDF-Suez en termes de restructurations » sont « on ne peut plus fondées ». « M. le ministre, pouvez-vous confirmer ou infirmer ces informations ? », l’a sommé le député communiste, qui juge « inadmissible » qu’un « audit destiné à préparer les restructurations » ait été « réalisé avant même que l’Assemblée ait délibéré sur la privatisation ». François Loos, lui, estime que tout est « tout à fait normal » car « c’est une pratique constante dans les entreprises » de déclencher des audits.

Autre lièvre, levé cette fois par Christian Bataille (PS) : « La France deviendrait responsable des centrales nucléaires belges par l’intermédiaire de GDF », selon « des interlocuteurs avertis » (la CGC - NDLR) du député. Les Français se trouveraient mêlés à la gestion du parc d’Electrabel du fait de la nature transfrontalière de la fusion GDF-Suez. Une telle évolution « irait à l’encontre de ce qui a toujours été la conception française de la gestion des centrales : à chacun ses déchets et le démantèlement de ses centrales », a averti Christian Bataille. Il s’agit ni plus ni moins de substituer à la logique nationale une logique d’entreprise, estime-t-il, au risque de voir les États perdre la maîtrise des décisions sur leur parc. La réponse du ministre est un trésor de langue de bois : « Rien de ce qui porte sur les centrales belges ne saurait être débattu à l’Assemblée nationale française... » Avant d’avouer son ignorance : « Je ne sais pas quel est le dispositif en place en Belgique - je peux me renseigner - pour le démantèlement. » Pas de quoi rassurer le PS et le PCF qui ont trouvé là de quoi largement justifier la défense de leurs cents premiers amendements discutés lundi et mardi, qui réaffirment les principes d’un service public intégré et nationalisé.


Un prix Nobel d’économie contre la privatisation

Invité hier matin à France Inter, le prix Nobel d’économie 2001, ancien vice-président de la Banque mondiale, ancien conseiller économique de Bill Clinton, Joseph Stiglitz, estimait que la France ne devrait pas privatiser GDF. « Le conseil le plus important est de garder le juste équilibre entre les marchés et le rôle du gouvernement, parce que le capitalisme et les marchés débridés, ça ne fonctionne pas », a-t-il déclaré avant d’ajouter : « Beaucoup considèrent les Etats-Unis comme un exemple de succès, mais ce faisant ils oublient de voir que l’Américain moyen aujourd’hui s’en sort moins bien qu’il y a cinq ans, et que le nombre d’Américains vivant dans la pauvreté a cru considérablement. »


Le projet suscite une défiance grandissante

Selon un sondage BVA-BFM-les Échos, comme pour le CPE à l’époque, nulle catégorie de Français n’est demandeuse de la fusion GDF-Suez (66 % ne la perçoivent pas comme un thème prioritaire de la campagne), tandis que la privatisation de GDF qu’elle implique n’est acceptée que par 55 % à condition qu’elle demeure partielle, 38 % étant opposés à toute forme de privatisation. L’hypothèse d’un passage en force est jugée injustifiée par 60 % dont une majorité de sympathisants de droite. L’opinion publique a évolué au cours des derniers mois, étant plutôt acquise à la privatisation dans un premier temps, la prise de conscience de ces conséquences amenant inexorablement des jugements négatifs. Pour Gaël Sliman, directeur adjoint de BVA, « le gouvernement risque de voir se fédérer une opposition majoritaire forte », comme ce fut le cas pour le CPE.

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