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Virginie Malingre | Le Monde le 5 janvier 2007

Suez force François Pinault à détailler son projet d’OPA

vendredi 5 janvier 2007 par Virginie Malingre

Lors de la présentation de ses voeux aux forces vives, jeudi 4 janvier, le chef de l’Etat, Jacques Chirac, n’a pas ménagé son ami François Pinault : "Il nous faut un acteur majeur dans le gaz : c’est en cela que le projet de fusion entre Gaz de France (GDF) et Suez est stratégique pour la France et l’Europe. Les calculs à courte vue et les contingences politiques n’y ont pas leur place." Il a donc, une nouvelle fois, infirmé la rumeur qui assurait à l’homme d’affaires le soutien de l’Elysée sur ce dossier.

Profitant des déboires du mariage Suez-GDF, M. Pinault envisage de lancer une offre publique d’achat (OPA) sur le groupe de Gérard Mestrallet de quelque 70 milliards d’euros, avant de le revendre par appartement. En vertu d’une nouvelle réglementation sur les OPA - dont l’objectif est de limiter la propagation de rumeurs et son impact sur les marchés boursiers -, M. Pinault va devoir préciser ses intentions.

Mercredi, après avoir réuni son collège, l’Autorité des marchés financiers (AMF), saisie sur ce dossier par Suez, a été claire : l’ancien patron de PPR, qui a pris sa retraite en 2004 pour laisser les commandes à son fils François-Henri, devra dévoiler son projet d’offre. Et ce, dans un délai que fixera le gendarme boursier, mardi 9 janvier.

Selon l’AMF, M. Pinault lui a confirmé "l’existence, fut-elle très préliminaire, d’un projet relatif au groupe Suez". "Les rumeurs sur l’offensive éventuelle de François Pinault sont récurrentes depuis un moment. Il faudra donc que le délai qui lui sera imparti par l’AMF soit quelque chose de court", dit-on dans l’entourage de Gérard Mestrallet.

Cette question du délai est capitale. Une fois qu’il sera passé, François Pinault sera pieds et poings liés par ses déclarations. Soit il aura lancé le processus de rapprochement et devra s’y tenir. Soit il y aura renoncé. Auquel cas, pendant six mois, il lui sera interdit de repartir à l’assaut de Suez.

"L’ARME FATALE" DE M. BRETON

Aujourd’hui, l’homme d’affaires n’a pas bouclé son projet qui pose de multiples problèmes, tant financiers que politiques. Même si, au passage, il pourrait permettre au gouvernement de mener à bien le mariage GDF-Suez - Pinault revendrait l’activité énergie de Suez à GDF -, sans que le groupe gazier public soit privatisé et pour le plus grand bénéfice des actionnaires de Suez.

En saisissant l’AMF et en lui demandant d’appliquer à M. Pinault la nouvelle réglementation "anti-rumeurs", Suez peut accélérer le calendrier de son assaillant potentiel. Et donc le coincer. Le délai que lui accordera l’AMF, mardi, sera donc décisif.

La décision du Conseil constitutionnel, le 30 novembre 2006, de repousser le mariage Suez-GDF à l’après 1er juillet, date de la libéralisation du marché de l’énergie, le compromet. Il y aura alors un nouveau président de la République et un nouveau gouvernement qui pourraient ne pas afficher la même volonté de privatiser GDF que MM. Chirac et de Villepin.

La candidate socialiste, Ségolène Royal, a fait savoir qu’elle enterrerait le projet actuel. Nicolas Sarkozy, son concurrent de l’UMP, s’était engagé, lorsqu’il était au ministère de l’économie et des finances, à ce que la part de l’Etat dans GDF ne descende pas sous les 70 %.

Chez Suez, on se veut serein. D’ici au 1er juillet, "rien n’empêche de prendre des décisions capitalistiques - des participations croisées par exemple - ou industrielles qui manifesteraient notre volonté de nous unir", affirme-t-on au sein du groupe d’énergie et d’environnement.

L’alternative des participations croisées ne convainc pas Jean-François Cirelli, le patron de GDF. "Il y a d’autres solutions", poursuit-on chez Suez.

Le ministre de l’économie, Thierry Breton, aurait fait savoir à un proche du dossier qu’il détenait "l’arme fatale" pour imposer le mariage Suez-GDF.

Si, en juillet, "la fusion échoue, Suez retrouvera sa capacité de regarder autre chose", a déclaré Etienne Davignon, vice-président du conseil d’administration de Suez, dans un entretien au quotidien belge L’Echo, jeudi 5 janvier.

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