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Article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 10 décembre 2006

Suez maintient sa volonté de fusionner avec GDF

dimanche 10 décembre 2006 par Jean-Michel Bezat
Il y a des conseils d’administration moins ordinaires que d’autres. Celui que Suez a tenu, vendredi 8 décembre, promettait même d’être un peu extraordinaire. Huit jours après la décision du Conseil constitutionnel de reporter au 1er juillet 2007 la date effective de la privatisation de Gaz de France (GDF), préalable à sa fusion avec Suez, les administrateurs ne souhaitaient pas se pencher uniquement sur les premiers résultats 2006. Ils voulaient savoir comment sauver un projet industriel pris dans les turbulences des élections présidentielle et législatives.

La réunion a fait entériner la stratégie du groupe d’énergie et d’environnement. Ses résultats sont "excellents", s’est félicité le groupe. Il table sur un bénéfice net "proche de 3,5 milliards d’euros, c’est-à-dire son plus haut niveau historique" et constate "un doublement du cours de l’action en deux ans". Les quinze administrateurs jugent que ces résultats pourraient même justifier la poursuite d’une politique de cavalier seul.

Ce n’est pas le choix retenu. Ils ont confirmé à l’unanimité que "le rapprochement avec GDF constitue la meilleure des options stratégiques pour Suez, ses actionnaires, son personnel et ses clients". Et ils ont mandaté le PDG de Suez, Gérard Mestrallet, toujours à l’unanimité, pour étudier les solutions permettant de mener à bien la fusion.

GDF et Suez peuvent dès maintenant resserrer leurs liens, plaide M. Mestrallet, qui défend le projet de fusion depuis février. Il n’exclut pas une solution transitoire de participations croisées entre les deux groupes qui sécuriserait l’accord avec GDF durant les six mois d’incertitude politique qui s’ouvrent.

PARTICIPATIONS CROISÉES

Les deux entreprises pourraient aussi monter des projets industriels communs, à l’image de ce qu’elles projettent avec la construction d’une centrale électrique. Ce scénario de participations croisées et d’accords industriels était privilégié par le gouvernement en début d’année, avant que la menace d’une offre publique d’achat (OPA) de l’électricien italien Enel sur Suez ne le pousse à décider une fusion.

Si les grands actionnaires de Suez (Groupe Bruxelles Lambert, Crédit agricole, Caisse des dépôts et consignations,Areva, CNP, salariés...) soutiennent la fusion, le fonds américain Knight Vinke y reste hostile. Il est revenu à la charge, vendredi, en demandant au conseil d’administration de différer le processus de fusion. Cette opération ne pouvant être bouclée avant juillet, plaide-t-il, mieux vaut "attendre la publication des comptes audités 2006".

Une partie de la réponse aux difficultés actuelles pourrait aussi venir du gouvernement. "La balle est dans son camp", estime un administrateur de Suez, jugeant qu’"il est trop tôt pour penser à un plan B". Pour donner un signe politique fort, le premier ministre pourrait signer dès maintenant le décret de privatisation de GDF inscrite dans la loi sur l’énergie promulguée vendredi au Journal officiel. Et même avancer la date d’ouverture du marché de l’énergie, permettant ainsi une privatisation plus rapide de GDF.

Dans une lettre adressée, jeudi, au PDG de Suez, le patron de GDF, Jean-François Cirelli, confirme sa volonté d’aller de l’avant. Mais il s’attend à une bataille d’obstruction des syndicats, revigorés par la récente décision de la justice en leur faveur. Le 21 novembre, elle a enjoint GDF de fournir tous les documents nécessaires aux deux cabinets mandatés par le comité d’entreprise européen (CEE) pour mener une nouvelle expertise sur les retombées sociales de la fusion. Notamment dans les services à l’énergie (Cafatech, Elyo), où les syndicats craignent des licenciements.

La direction assure les avoir donnés et juge que le compte à rebours de dix jours avant la remise du rapport des experts a débuté le 4 décembre. Ce rapport devrait donc être remis mi-décembre. La loi prévoit dix jours avant la réunion du CEE, qui doit donner son avis avant que le conseil d’administration de GDF ne vote le traité de fusion.

Dans le meilleur des cas, celui-ci n’interviendrait que fin décembre. Et l’assemblée générale des actionnaires des deux groupes trente jours au plus tard, fin janvier ou début février. Un calendrier sur lequel personne n’ose parier.


La Commission européenne pourrait poursuivre la Belgique

La Commissaire européenne à la concurrence, Neelie Kroes, a décidé vendredi 8 décembre, selon un porte-parole, de

"demander des clarifications aux autorités belges", à la suite de la publication par le quotidien belge Le Soir, le même jour, d’une lettre du premier ministre, Guy Verhofstadt, adressée, le 6 octobre, au PDG de Suez, Gérard Mestrallet, faisant état d’un accord entre le gouvernement belge et l’industriel français.

Les services du premier ministre belge ont confirmé le contenu de cette lettre, ajoutant qu’ils la feraient parvenir sous peu à la Commission. Selon les extraits publiés par Le Soir, M. Verhofstadt y "confirme l’engagement de l’Etat fédéral de garantir, en contrepartie des engagements de Suez (...), la stabilité du cadre réglementaire et fiscal". La Belgique avait négocié des cessions d’actifs avec Suez avant de donner son aval au projet de fusion avec Gaz de France.

La Commission pourrait poursuivre la Belgique à deux titres : attribution d’une aide d’Etat illégale à Suez, en lui assurant un parapluie fiscal jusqu’en 2009 ; interférence dans les compétences exclusives de la Commission en matière de contrôle des fusions.

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