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Article de Vincent Defait Publié dans L’Humanité le 22 novembre 2006

Sur le papier, ITER brillant comme mille soleils

mercredi 22 novembre 2006 par Vincent Defait
Énergie. Les sept puissances à l’origine du projet d’expérimentation de la fusion nucléaire ont officialisé, hier, leur union. Le réacteur devrait sortir de terre à partir de 2008.

De l’idée au papier, en attendant la première pierre. ITER, colossal réacteur expérimental de la fusion nucléaire, a reçu hier l’adoubement de ses pères. Réunies à l’Élysée, les sept puissances à l’origine du projet (Chine, Corée du Sud, États-Unis, Inde, Japon, Russie et Union européenne) ont officialisé leur union. Et se sont engagées à verser 10 milliards d’euros pour tenter de mimer sur terre l’agitation solaire (lire ci-après).

un fonctionnement pour l’horizon 2030

L’engin devrait donc commencer à sortir de terre à partir de 2008, pour une exploitation d’une vingtaine d’années à compter de 2018. Franchement enthousiaste malgré les réserves de nombreux scientifiques, le haut-commissaire à l’énergie atomique imagine déjà un « démonstrateur industriel » en fonctionnement à l’horizon 2030. « Autour de 2050, les premiers électrons seront sur le réseau électrique mondial », s’est-il avancé. Hier, l’ambiance était aux congratulations. Un « jour historique » pour le ministre chinois de la Science, Xu Guanhua. « Une nouvelle étape d’une aventure tout à fait exceptionnelle », pour le président Jacques Chirac. L’aboutissement d’un long imbroglio diplomatique, surtout.

Un projet débuté en 1985

L’histoire de ce projet international sans précédent débute en 1985 lorsque l’Union soviétique propose aux autres grandes puissances de construire une nouvelle génération de réacteur Tokamak. L’année suivante, les États-Unis, l’Europe et le Japon acceptent l’offre. ITER voit le jour en 1992 autour du quatuor. Fin 1998, les États-Unis se retirent du projet, pour y revenir en 2003, suivis de la Chine et de la Corée du Sud. Deux camps se forment, qui chacun défend un site pour l’implantation du réacteur. L’Union européenne, soutenue par la Russie et la Chine, insiste pour choisir Cadarache, dans le sud de la France. Le Japon, flanqué des États-Unis et de la Corée du Sud, en tient pour Rokkasho-Mura, sur l’archipel nippon. Les deux équipes avancent leurs pions, se crispent parfois. L’enjeu est autant politique qu’économique. À qui les retombées en termes d’emplois et le rayonnement scientifique ? Le 28 mai 2005, tout le monde se met d’accord : ITER sera construit en France et le Japon bénéficiera de la direction générale de l’organisation internationale du même nom.

Côté finances, l’Union européenne doit assurer la moitié du coût de construction (4,6 milliards d’euros, dont 10 % à la charge de la France) et 34 % (dont 7 % pour l’Hexagone) de l’exploitation, de la maintenance (4,8 milliards d’euros) et du démantèlement (0,5 milliard d’euros). Les six autres partenaires financeront chacun 10 % de la construction et 11 % des frais d’exploitation du réacteur.

Cet investissement répond à un double objectif : anticiper la raréfaction prochaine des hydrocarbures et répondre à la vorace demande énergétique sans contribuer au changement climatique. Un pari sur l’avenir.


La fusion nucléaire, promesses et obstacles

Réacteur expérimental, ITER doit servir à tester la maîtrise de la fusion nucléaire. Comme au coeur du Soleil : en fusionnant le deutérium et le tritium, ces deux atomes d’hydrogène libèrent de l’hélium, des neutrons et, surtout, énormément d’énergie. En théorie, cette réaction est une aubaine car les ressources nécessaires sont abondantes. En pratique, elle s’avère extrêmement difficile à maîtriser. Pour obliger les deux atomes à fusionner, une température de 100 millions de degrés Celsius est nécessaire. La matière, alors à l’état de plasma, devrait être confinée par un champ magnétique. L’un des principaux obstacles techniques consiste à fabriquer des matériaux qui résisteront à l’assaut des neutrons libérés lors de la fusion. Il faudra aussi produire du tritium, inexistant sur Terre. L’objectif d’ITER est, à partir de 50 mégawatts de puissance de chauffage, de recueillir une puissance de 500 mégawatts... pendant 400 secondes. V. D.

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