Liste des auteurs

Claire Ané | Le Monde le 30.05.2008

Sur les Champs-Elysées, la "situation ubuesque" d’une trentaine de sans-papiers

samedi 31 mai 2008 par Claire Ané

"C’est une situation ubuesque", déplore Christophe Cosmano, délégué central CGT des Bistro Romain. Jeudi 29 mai, cela fait neuf jours qu’une trentaine de salariés sans papiers grévistes ne quittent plus le restaurant situé au 122, avenue des Champs-Elysées à Paris.

"Tout ce qu’on demande, c’est que la direction dépose nos demandes de régularisation", explique Djimo Souaré, serveur dans ce Bistro Romain, évoquant 70 cas. La direction répond qu’elle "soutient totalement le mouvement" et qu’elle a déjà déposé une trentaine de dossiers à la préfecture, tous restaurants confondus, dont cinq qu’elle estime complets. "On veut que nos collaborateurs aillent chercher les papiers manquants pour constituer les dossiers", insistait Eric de Seguins, directeur d’exploitation du restaurant, accusant la CGT de bloquer le processus et de faire de la "surenchère".

Mais, du côté du syndicat et des grévistes, on dénonce le double discours de la direction, "qui dit devant la caméra que les grévistes sont libres d’entrer et de sortir, mais prévient en ’off’ qu’elle ne laissera personne revenir s’il franchit le seuil". La CGT a fait constater par huissier ce qu’elle qualifie d’atteinte au droit de grève, des salariés du restaurant s’en voyant refuser l’accès. "Par mesure de sécurité, nous n’avons pas souhaité laisser rentrer d’autres personnes", répond Eric de Seguins. "On n’a plus confiance", déplore Djimo Souaré, qui ne comprend pas pourquoi la direction refuse de signer un document autorisant ces entrées et sorties. "Il a été acté par un huissier que j’ai dit qu’ils peuvent sortir", réplique le directeur du restaurant.

"ILS ONT PEUR QU’ON DONNE L’EXEMPLE"

Autre grief à l’encontre des responsables :"Ils essaient de nous diviser, d’écarter la CGT pour avoir directement affaire à nous, mais on tient bon", estime Djimo Souaré, 30 ans, dont sept au sein du Bisto Romain. M. de Seguins explique que seules les personnes actuellement sous contrat sont prises en compte. "Mais plusieurs ont été licenciées ces derniers mois pour défauts de papier, d’autre ont été poussées à démissionner contre des promesses d’embauche si elles parvenaient à se faire régulariser. D’autres entreprises ont appuyé les demandes de régularisation de sans-papiers dans le même cas", précise Christophe Cosmano.

"Au Quick juste à côté, ils ont commencé le mouvement après nous et ça se règle mieux, remarque Djimo Souaré. Peut-être parce que le Bistro Romain appartient à Flo, qui le plus grand groupe français de restauration à thème, et qu’ils ont peur qu’on donne l’exemple, et puis d’avoir des salariés avec des droits, qui peuvent protester..." Mais il promet de tenir bon.

Après des premiers jours éprouvants sur le plan de l’hygiène, la vie a fini par s’organiser. Le Secours populaire, des proches et des habitants du quartier ont fourni des sacs de couchage et des produits de première nécessité. Christophe Cosmano vient passer la nuit avec eux : "La direction assure proposer deux repas quotidiens aux grévistes. Ceux-ci disent que ce n’était pas le cas les derniers jours, mais que leurs proches leur font passer de la nourriture par les vigiles". Parole contre parole, les négociations continuent.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !