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Un article de Muriel GREMILLET paru dans Libération le 7 décembre 2005

Taxer l’abus de précaires

mercredi 7 décembre 2005 par Muriel Gremillet
Pour financer le déficit de l’Unedic, les syndicats proposent de pénaliser les entreprises recourant aux CDD. Le Medef s’y oppose violemment.

C’était une idée des syndicats qui devait améliorer la santé financière de l’assurance chômage. Et devait permettre au passage de rappeler aux entreprises que le travail précaire n’est pas fait pour être utilisé à durée indéterminée. L’idée de Force ouvrière (FO) avait été relayée par les négociateurs salariés : moduler les cotisations chômage des entreprises en fonction du recours au travail précaire. Au quatrième trimestre 2004, les entrées en indemnisation chômage pour fin de CDD représentent plus de 50 % des entrées totales. L’intérim représente, lui, plus de 12 % de ces demandes d’indemnisation. Or, pour les syndicats, le coût d’un chômeur indemnisé à la fin d’un contrat précaire est plus de deux fois plus élevé que pour un CDI. D’où l’idée de surtaxer le travail précaire. Le front syndical uni a avancé cette revendication dès le début des négociations. Un moyen, selon eux, de résorber le déficit de 14 milliards d’euros de l’Unedic.

Mais la quatrième séance de négociations qui doit s’ouvrir cet après-midi ne devrait pas aboutir à un accord. Le patronat, et notamment l’industrie, grand consommateur de contrats précaires, a rejeté d’emblée cette option. Pourtant mise en place ailleurs en Europe, comme en Espagne depuis 2004.

Bond. Entre 1995 et 2003, selon les chiffres avancés par FO, le nombre de CDD est passé de 1,039 million en 1995 à 1,765 million en 2003. Un bond de 69 %. L’emploi précaire représente, toujours selon les chiffres du syndicat, près de 39 % des créations d’emplois sur la même période. En 2003, ces contrats précaires représentaient 11,4 % de l’emploi salarié. A tel point que ce qui ne devait être que des moyens de remplacement de salariés absents ou pour répondre à des hausses d’activité brutales, est devenu un vrai mode de gestion de la main-d’oeuvre : « C’est la politique du zéro stock de main-d’oeuvre », explique un responsable de FO. Un tel constat d’évolution du marché du travail avait poussé le Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale (Cerc) et son président, Jacques Delors, dans un rapport sur le chômage en France, à préconiser, en novembre, la mise en place d’une vraie « sécurité sociale professionnelle ».

Jeudi dernier, le patronat avait enfin fait part de ses propositions pour l’Unedic. Reposant sur le durcissement des conditions d’indemnisation des chômeurs. En préconisant notamment le retour à la dégressivité des allocations, abandonnée lors de la création du Pare en 2001.

« Cuisine comptable ». Des propositions rejetées en bloc par les syndicats. Pour le Cerc, on ne peut pas se contenter de cette cuisine comptable.« Sinon, la renégociation de l’Unedic se terminera encore le 31 décembre par l’Etat qui allongera un chèque de plusieurs milliards pour sauver provisoirement le système », avait lâché Jacques Delors lors de la présentation du rapport. La séance de négociations d’aujourd’hui est finalement la première véritable, après trois rounds d’observation. Les partenaires sociaux ont jusqu’au 31 décembre pour négocier la nouvelle convention Unedic.

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