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Un article de Jean-Pierre Tuquoi paru dans Le Monde du 1er janvier 2006

Tchad : la Banque mondiale s’insurge contre la réattribution des revenus pétroliers

dimanche 1er janvier 2006 par Jean-Pierre Tuquoi

Le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, est en colère contre le gouvernement tchadien et il l’a fait savoir dans un communiqué publié, jeudi 29 décembre 2005, à Washington, siège de l’institution. Le motif de sa colère ? Un projet de loi, adopté le même jour par le Parlement tchadien - avec 119 voix contre 13 (et 1 abstention) -, qui modifie les règles régissant l’utilisation des recettes pétrolières. En effet, le fonds destiné aux générations futures, où sont reversés 10 % des revenus tirés de l’exploitation de l’or noir, devrait disparaître. Il serait actuellement doté de 39 millions de dollars.

" (Il fallait) modifier la loi pour permettre à la génération actuelle de profiter (du pétrole)", a plaidé un député de la majorité, Kassiré Coumakoye. M. Wolfowitz rétorque que, "si ces amendements sont appliqués, cela se fera au détriment du bien-être des citoyens les plus pauvres et les plus vulnérables et cela signifiera une rupture de l’accord d’origine". Et d’ajouter : "Je consulte nos partenaires (...) sur les prochaines mesures à prendre."

Pays pétrolier depuis peu, le Tchad avait négocié en 1999 avec la Banque mondiale une sorte de mode d’emploi de ses futures recettes pétrolières, sanctionné par la fameuse "loi 001", présentée à l’époque comme un modèle du genre. L’implication très forte de la Banque s’expliquait par le fait qu’elle avait financé une partie des investissements et notamment la mise en place d’un oléoduc pour transporter le brut tchadien via le Cameroun et le golfe de Guinée. La loi de 1999 avait pour objectif de garantir la transparence de la gestion des pétrodollars afin qu’ils profitent à l’ensemble de la population, l’une des plus démunies de la planète.

Les amendements votés jeudi remettent en cause l’accord, fait valoir la Banque mondiale, désormais en droit de geler l’octroi de tout nouveau crédit et susceptible d’interrompre ses programmes d’aide voire d’exiger le remboursement par anticipation des prêts octroyés. Mais avant d’en venir à cette extrémité, des négociations vont s’ouvrir qui ne tourneront pas forcément au désavantage de N’Djamena. "Ce qu’une loi a fait, une autre loi peut le défaire", rappelle un diplomate étranger.

Au-delà de l’argument juridique, le Tchad peut justifier son changement d’attitude par la mauvaise situation des finances publiques : les salaires des fonctionnaires accusent un très grand retard, l’université ne fonctionne plus depuis trois ans et les bourses d’étudiants ne sont plus versées...

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