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Un entretien réalisé par Rémi Barroux paru dans le Monde du 5 février 2005

Thibault, Chérèque : leurs stratégies pour faire obstacle au gouvernement

vendredi 4 février 2005 par admin

Après la mobilisation réussie du 20 janvier 2005 dans le secteur public, la CFDT et la CGT, ces deux pôles rivaux du syndicalisme français - l’un réformiste, l’autre contestataire -, ont appelé leurs adhérents à participer, samedi 5 février, aux manifestations pour la défense des 35 heures, de l’emploi et des salaires. Leurs secrétaires généraux respectifs, François Chérèque et Bernard Thibault, dont les relations sont glaciales depuis l’échec de la mobilisation contre la réforme des retraites au printemps 2003, ont été successivement interrogés par Le Monde sur les raisons de cette mobilisation et sur les suites qu’ils envisagent de lui donner.

M. Thibault n’a pas souhaité commenter sa mise en minorité au comité confédéral national à propos du traité européen.

Pourquoi défendez-vous les 35 heures ?

François Chérèque. - La CFDT défend la référence aux 35 heures, et tout le système d’organisation du temps de travail qui en découle. Nous n’avons jamais nié qu’il y ait eu de mauvais accords sur la réduction du temps de travail et nous ne nous sommes jamais opposés, dans le cadre de la loi Fillon, à la renégociation de certains d’entre eux. Nous avons voulu les 35 heures pour créer des emplois et favoriser l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale. Aujourd’hui, en déréglementant complètement le temps de travail, la majorité et le gouvernement remettent tout cela en cause.

Bernard Thibault. - Il faut garder le cap de la réduction du temps de travail pour parvenir au plus tôt à la généralisation des 35 heures. Dans l’ensemble, la satisfaction l’emporte chez les salariés qui en ont bénéficié. Ceux qui sont dans ce cas manifesteront pour les préserver. D’autres peuvent estimer que la façon dont on les a appliquées dans leur entreprise nécessite une révision, mais pas une remise en cause. Et puis il y a un très grand nombre de gens qui n’ont pas les 35 heures - un peu plus de 4 millions et demi de salariés - et qui peuvent revendiquer pour en bénéficier à leur tour.

"Travailler plus pour gagner plus", n’est-ce pas un slogan efficace auprès des salariés ?

F. C. - Il existe un nombre important de salariés qui travaillent à temps partiel, sans l’avoir choisi, et qui aimeraient travailler plus pour gagner plus. De ceux-là, le gouvernement ne parle jamais. La CFDT comprend, bien sûr, que des salariés veuillent améliorer leur pouvoir d’achat. Mais le gouvernement leur propose une illusion : dans le projet de loi, il n’est jamais question de choix du salarié, c’est l’employeur qui a la liberté de proposer les heures supplémentaires.

B. T.- Il ne faut pas accepter ce slogan simpliste. Quand des salariés ont vécu les 35 heures comme un facteur de dégradation de leurs conditions de travail (intensité accrue, cadences accélérées, travail le week-end...), il faut accepter une renégociation. Il faut aussi, dans le contexte économique d’aujourd’hui, accepter de rediscuter des rémunérations. Le blocage des salaires lié à l’application des 35 heures explique que la question du pouvoir d’achat revienne avec plus de force.

Etes-vous partisan d’élargir le mouvement ?

F. C. - Nous ne souhaitons pas, à la CFDT, globaliser les manifestations de mécontentement. Quand nous le faisons, ce ne sont jamais nos priorités qui avancent. De plus, ce serait nous déplacer sur un terrain politique où nous ne voulons pas aller. Nous avons un désaccord sur certains points avec la politique du gouvernement, c’est sur ces points que nous voulons agir. Nous n’avons pas d’autre priorité que les 35 heures et le pouvoir d’achat.

B. T. - A leur manière, les manifestations de samedi sont destinées à dire au gouvernement que l’heure n’est pas à un retour en arrière sur le temps de travail.

Et qu’une revalorisation salariale s’impose dans les entreprises. Mais le gouvernement reste calé sur son souci de donner satisfaction à la frange électorale qui représente son fond de commerce et aux institutions patronales, qui demeurent leur principal soutien.

L’unité syndicale affichée samedi peut-elle durer ?

F. C. - L’unité syndicale doit se faire sur des sujets précis, et en étant claire sur des revendications. Nous sommes d’accord sur le rejet de la loi et pour dire que le pouvoir d’achat est une priorité. Cela ne veut pas dire que l’on sera d’accord sur tout demain. L’unité syndicale est un moyen de faire avancer nos revendications, elle ne constitue pas un but en soi.

B. T. - Si on est à un niveau de mobilisation qui confirme une nouvelle phase du climat social, s’il y a du répondant samedi, nous devrons envisager des suites au 5. Il faut parvenir à créer un rapport de forces face au gouvernement. Et ne pas se laisser enfermer dans des négociations partant uniquement des revendications patronales.

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