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Un article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 4 mai 2006

Total profite de la flambée des cours de l’or noir mais doit faire face aux nationalismes pétroliers

jeudi 4 mai 2006 par Jean-Michel Bezat

Total profite, comme ses concurrents, des tensions géopolitiques qui font flamber les cours de l’or noir. Le baril de brent a atteint un nouveau record, mardi 2 mai, à 74,97 dollars. Mais la major française sait aussi que le secteur est risqué. Total pâtit aussi d’une instabilité économique et juridique qui freine ses investissements.

La nationalisation des hydrocarbures en Bolivie, annoncée lundi 1er mai par le président Evo Morales (Le Monde du 3 mai), est le dernier exemple de ces avatars, même si le groupe français y réalise moins de 1 % de sa production mondiale.

Du Moyen-Orient à la Russie et à l’Amérique du Sud, le nationalisme pétrolier connaît un regain de ferveur qui freine les projets de Total et de ses concurrents. Ils doivent composer avec des dirigeants qui les accusent de "piller" leurs matières premières et brandissent l’arme énergétique. Le conflit est d’autant plus âpre que les producteurs veulent tirer le meilleur profit de la hausse des cours alors que les pétroliers doivent remplacer leurs réserves dans un monde où l’on ne découvre plus qu’un baril de brut pour trois barils consommés.

Cette montée des périls n’a pas échappé au "comité risques" de Total, chargé d’évaluer chaque projet dans ses dimensions politiques, techniques, financières, monétaires ou environnementales avant de le soumettre au comité exécutif.

Quatrième groupe pétrolier mondial, il connaît des difficultés dans trois pays : la Bolivie, mais surtout le Venezuela et la Russie, deux des plus gros producteurs d’hydrocarbures. Conscient que des contrats signés quand le baril valait 10 ou 20 dollars ne tiennent plus quand il dépasse 70 dollars, le groupe présidé par Thierry Desmarest est prêt à des concessions.

En Bolivie, Total est moins exposé que le brésilien Petrobras ou l’espagnol Repsol, qui produisent 40 % du gaz extrait dans ce pays andin. En dépit de réserves qu’il juge "prometteuses" (mais en attente d’investissements), le groupe a investi 200 millions de dollars dans deux gisements (21 000 barils par jour et 0,8 % de sa production mondiale). Une petite part de risque sur un total de 3,5 milliards dépensés par les compagnies étrangères depuis dix ans.

CONTRAT REVU

Les investissements - et les risques - du groupe au Venezuela sont d’une autre ampleur. Dans ce pays où le secteur pétrolier a été repris en main par le président populiste de gauche Hugo Chavez, la plus lourde incertitude pèse sur le projet Sincor (huiles extra-lourdes de la ceinture Orénoque), dont Total détient 47 % aux côtés de la compagnie nationale PDVSA et du norvégien Statoil. Sur cette zone très riche, trois autres projets stratégiques impliquent des multinationales arrivées dans les années 1990. Pour les inciter à pomper ce brut de médiocre qualité à une époque où les prix étaient bas, Caracas avait dû consentir des conditions avantageuses.

Trop avantageuses au goût de M. Chavez, qui a revu les termes des contrats. La nouvelle législation prévoit que toute exploitation se fera désormais dans le cadre de sociétés mixtes détenues à 60 % par PDVSA et que les étrangers payeront 30 % de royalties (contre 16,6 %) et 50 % d’impôts (contre 34 %).

Un retrait du Venezuela, cinquième exportateur mondial de brut, est impensable pour Total. D’autant que ce pays réévalue ses gisements et qu’il va prochainement déclarer 230 milliards de barils de réserves. Ils s’ajouteront aux 80 milliards de barils déjà certifiés et le placeront au premier rang mondial, devant l’Arabie saoudite. En dépit de lourds contentieux, "Total n’envisage pas de saisir les tribunaux", assure un de ses porte-parole.

Les majors doivent composer avec les compagnies nationales comme la Saudi Aramco (Arabie saoudite), la NIOC (Iran) ou Pemex (Mexique), dont la principale arme est de détenir plus de 80 % des réserves mondiales d’hydrocarbures.

En Russie, où rien ne se fait sans l’aval du Kremlin et de Gazprom, Total a du mal à se développer dans l’exploration-production. "Celui qui pourra m’expliquer comment fonctionne le système russe !", soupire un de ses dirigeants. Riche de 25 % des réserves mondiales de gaz, la Russie est pourtant "un pays qu’on ne peut ignorer", assure M. Desmarest. En 2005, il avait retiré son offre d’achat de 25 % du gazier Novatek devant les atermoiements des autorités et pour avoir plus de chances de participer à la mise en valeur de Shtokman (mer de Barents), un des plus grands projets gaziers du monde.

Présélectionné par Gazprom avec quatre autres compagnies, Total risque de ne pas être retenu. Un vieux contentieux sur l’exploitation d’un champ dans le Grand Nord, la volonté du groupe de rentabiliser un projet aux multiples défis techniques (grande profondeur d’eau, froid, éloignement de 500 km des côtes...) et la destination du gaz naturel liquéfié produit (les Etats-Unis) donnent un avantage compétitif aux concurrents américains ou norvégiens du géant français.

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