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Bruno Odent , Gérard Le Puill | L’Humanité du 17.04.2008

Toujours plus cher pour les plus modestes

vendredi 18 avril 2008 par Gérard Le Puill, Bruno Odent
L’inflation annuelle à 3,2 % de moyenne minimise celle subie par les foyers quand l’énergie et les produits alimentaires connaissent de fortes hausses.

Aussitôt connus les chiffres de 0,8 % pour l’augmentation des prix en mars et de 3,2 % sur un an, contre 2,8 % en février, le gouvernement a tenté de minimiser leur portée en pronostiquant un ralentissement de la hausse des prix pour le second semestre 2008. Rien n’indique aujourd’hui que ces prévisions seront confirmées à partir de juillet prochain, alors que le pétrole et les matières premières agricoles n’en finissent pas de battre des records, préparant ainsi de nouvelles augmentations des prix au détail. Ce qui aura de grandes répercussions sur les budgets des ménages, surtout des plus modestes.

Si une augmentation de 2,3 % du SMIC devient obligatoire en mai, il n’en va pas de même pour les autres salaires, et encore moins pour les retraites comme pour les minima sociaux. Or ce sont les petits budgets qui, à proportion, subissent l’inflation la plus élevée. Ainsi l’énergie a coûté 2,7 % de plus en mars qu’en février 2008. Sur un an, ce poste subit une inflation de 12,7 % en moyenne, avec un pic de 19,5 % pour le carburant de la voiture et un sommet de 38,6 % sur les combustibles liquides destinés au chauffage domestique.

Le gaz va augmenter de 5 % en mai, après avoir grimpé de 4,5 % en janvier. GDF met en avant l’indexation du prix du gaz sur celui des produits pétroliers pour justifier cette hausse autorisée par le gouvernement de François Fillon. Mais il s’agit d’un mensonge dans ce cas précis. GDF est approvisionné par des contrats à long terme avec des prix qui ne fluctuent pas au gré des soubresauts des marchés spéculatifs. D’ailleurs, la marge brute de GDF sur l’exercice 2007 a augmenté de 10 % par rapport à l’année précédente. En réalité, cette hausse est voulue par le pouvoir pour augmenter la valeur de l’action GDF dans la perspective d’une fusion sans cesse différée avec Suez.

Les prix alimentaires sont en mars les autres vecteurs d’inflation pour le budget des ménages, avec des conséquences toujours plus rudes pour les plus modestes. Ils ont progressé de 0,4 % sur un mois et de 5,3 % sur un an. Toujours sur un an, le lait et les produits laitiers affichent une hausse moyenne de 14,4 %, les produits à base de céréales 7,8 % et la volaille 13,3 %. Dans le même temps, les marges opérationnelles des grandes entreprises de l’agroalimentaire comme Danone et Nestlé restent au-dessus de la barre des 14 % durant le premier trimestre de cette année. « Nestlé a revu à la hausse ses objectifs de résultats sur l’ensemble de 2008 », relevait le quotidien économique les Échos dans son édition du 15 avril.

Ce qui veut dire que la grande distribution entend donner satisfaction à ces grands groupes pendant qu’elle matraque les paysans et les consommateurs en sous-payant les uns et surfacturant les produits vendus aux autres.


L’inflation, dommage collatéral du krach financier

Économie . Les traders des banques qui cherchent à « se refaire » spéculent sur le pétrole, les matières premières et certaines denrées alimentaires, ce qui propulse les prix vers le haut.

Le niveau record de l’inflation est l’un des dommages collatéraux majeurs du krach financier qui s’est déclenché l’été dernier. Les tensions qui préexistaient sur les marchés de l’énergie ou des produits alimentaires, principaux responsables de la flambée actuelle des prix (3,2 % en mars en France en glissement annuel), ont été exacerbées par des phénomènes spéculatifs en liaison directe avec la crise financière et le traitement qu’ont tenté de lui appliquer les grandes banques centrales.

Les sources essentielles de l’explosion des prix ne sont donc pas à rechercher dans une pénurie véritable de pétrole (même si le problème de la raréfaction des ressources va se poser effectivement à l’horizon des prochaines décennies), ni dans un manque soudain de matières premières (même si la demande des pays émergents est effectivement plus soutenue), ni par le fait que « les Chinois mangent davantage à leur faim » , comme il est parfois avancé (même s’il est vrai qu’une classe moyenne est apparue dans l’empire du Milieu et qu’elle se nourrit mieux).

Tous ces paramètres alimentent certes les tensions apparues sur certains marchés, mais ils ne peuvent expliquer, à eux seuls, l’exubérance actuelle des prix, les nouveaux records franchis hier, par exemple, par le brut entre 114 et 116 dollars le baril ou le riz, dont les cours ont augmenté de plus de 30 % depuis le début de l’année, sachant que ceux du blé, du soja ou du maïs continuent eux aussi d’exploser (voir notre dossier consacré à la crise alimentaire dans l’humanité du 14 avril). La ruée sur ces produits contient une dimension très spéculative, directement liée au krach financier. C’est elle qui est la principale responsable de l’envolée actuelle de l’inflation.

2 000 MILLIARDS DE DOLLARS INJECTéS

Après avoir essuyé des pertes considérables dans la crise, les traders des établissements bancaires et autres fonds d’investissements se précipitent sur ces produits dont ils se servent comme de valeurs refuges, capables de leur rapporter gros rapidement. Et ils utilisent pour cela les liquidités, c’est-à-dire les crédits bon marché mis massivement à leur disposition, ces derniers mois, par les grandes banques centrales pour éviter la faillite du système.

À elles seules la Banque centrale européenne (BCE), la Réserve fédérale états-unienne et la Banque nationale du Japon ont ainsi injecté plus de 2 000 milliards de dollars depuis août dernier dans le circuit financier. C’est ce fonctionnement massif de la planche à crédit qui alimente donc l’inflation record d’aujourd’hui. La ministre française des Finances, Christine Lagarde, le reconnaissait, elle-même, à mi-mot en évoquant les raisons de l’envolée des prix des denrées alimentaires en marge du dernier G7 : « Il est clair, indiquait-elle, que la crise financière contribue aussi à la flambée des prix, les matières premières devenant des instruments de placements. » Conclusion : l’inflation ressentie si douloureusement jusque par les classes moyennes des pays développés et qui a conduit aux émeutes de la faim dans le tiers-monde est d’origine principalement financière. Ce sont ainsi les peuples qui payent au prix fort, au Nord comme au Sud, le dégonflement de la formidable bulle spéculative qui s’est accumulée ces dernières années du fait de la financiarisation de l’économie.

Jean-Claude Trichet, le patron de la BCE, estime que la situation le conforte dans le soucis de maintenir le cap sur une politique monétaire restrictive, véritable instrument de combat, en fait, contre les hausses de salaires. Et d’argumenter que des augmentations nourriraient « un effet de second tour ». Traduisez : accentuerait encore l’inflation.

UNE croissance européenne amorphE

Une attitude qui, à bien y regarder, revient à présenter une seconde fois l’addition de la crise financière aux salariés européens. Au pire moment, car la poursuite de l’austérité salariale ne peut qu’étouffer toujours davantage une croissance européenne déjà amorphe. C’est, au contraire, une autre politique monétaire, capable de s’émanciper peu à peu des marchés financiers plutôt que de voler au secours des spéculateurs qu’il faudrait impulser. En pratiquant un crédit sélectif non plus en faveur des opérations financières mais de l’emploi et des investissements utiles pour la recherche ou la formation.

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