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Un article Rosa Moussaoui et Gérard Le Puill paru dans L’Humanité du 18 mars 2006

Tous ensemble contre le CPE

samedi 18 mars 2006 par Rosa Moussaoui, Gérard Le Puill
Manifestations . Mobilisation exceptionnelle aujourd’hui à l’appel de l’ensemble des syndicats, des organisations de jeunesse et des partis de gauche pour refuser une précarisation tous azimuts.

Le basculement de l’opinion publique s’accélère : 68 % des Français (+ 13 points en une semaine) se déclarent désormais favorables au retrait du CPE, d’après un sondage CSA publié hier par le Parisien-Aujourd’hui en France. Cette enquête révèle également un fort mouvement de sympathie : 63 % des personnes interrogées disent « soutenir » ou avoir de la sympathie pour les manifestations d’aujourd’hui.

Autre signe de l’élargissement du mouvement : la présence, tout au long de la semaine, de nombreux salariés, enseignants ou parents d’élèves dans les manifestations. Des salariés qui devaient participer massivement aux manifestations d’aujourd’hui et contribuer ainsi à un tournant dans le développement d’un mouvement de contestation unitaire et intergénérationnel contre les politiques de précarisation tous azimuts. Unanimes, toutes les centrales syndicales prévoyaient pour aujourd’hui une mobilisation exceptionnelle.

« Nous sommes dans une dynamique de mobilisation croissante, analysait hier Jean Christophe Le Duigou, secrétaire confédéral de la CGT. Les salariés du secteur privé perçoivent le CPE comme un élément d’une nouvelle vague de précarisation qui les concerne très directement. » Une dynamique alimentée par un sentiment d’exaspération face aux politiques antisociales imposées au forceps depuis 2002 et inspirées des projets de « refondation sociale » du MEDEF. Autre élément déterminant : à l’heure où les entreprises du CAC 40 affichent des profits insolents, la conviction grandissante que la vulnérabilité de tous les salariés face au chômage et à la précarité est sciemment organisée et entretenue pour accroître les taux de rentabilité des grandes entreprises. Les ingrédients d’un cocktail social et politique explosif semblent réunis, et aucun des arguments avancés par Dominique de Villepin et ses troupes, ne semblent pouvoir, pour l’instant, désamorcer une colère qui plonge ses racines plus loin que la seule adoption du CPE à la hussarde. Face à cette situation, le premier ministre est demeuré, toute cette semaine, inflexible, réitérant d’inaudibles appels au « dialogue » sur la base des maigres aménagements qu’il avait exposés dimanche.

Droite et MEDEF serrent les rangs

Dans l’attente du verdict de la rue, droite et MEDEF, en rangs serrés, ont affiché tout au long de la semaine leur soutien à la ligne dure du gouvernement. « C’est le CPE ou l’ANPE ! » a menacé hier Raymond Barre dans les colonnes du Parisien. « Renoncer au CPE, ce serait donner le feu vert à l’immobilisme pendant des années », soutient de son côté Pierre Méhaignerie. Mais derrière les serments de solidarité avec le gouvernement, la fébrilité commence à gagner les rangs d’une majorité qui ne sait comment sortir d’un piège qui semble se refermer inexorablement sur elle. Son dilemme est illustré par la position inconfortable de Jacques Chirac : soutien « sans réserve » à son premier ministre, mais appel au « dialogue », que celui-ci a dédaigné dans cette affaire. Les députés UMP, eux aussi, sont pris en étau entre la pression de la rue et la conviction que l’électorat de droite ne leur pardonnerait pas un recul sur le CPE. D’où la stratégie de répression et de pourrissement contre laquelle la gauche a multiplié les mises en garde, craignant qu’elle ne se solde, comme en 1986, par un « accident grave ».

Quant à Nicolas Sarkozy, qui se plaît à fustiger « les voyous des extrêmes et ceux des quartiers », il a confié hier à l’un de ses bras droits, Patrick Devedjian, le soin de donner le numéro d’illusionniste qu’il a mis au point. Critiquant, à propos du CPE, un « choix un peu aventureux », le député des Hauts-de-Seine propose de passer directement, « rupture » ultralibérale oblige, à l’étape supérieure. Avec un « contrat de travail unique et progressif » pour tous les salariés.


Les trois mensonges de Villepin

Prétendre que le CPE serait favorable aux jeunes des banlieues, à la formation et à l’accès au logement ne tient pas au regard de la réalité vécue dans le pays.

Selon Dominique de Villepin, le CPE faciliterait l’accès à l’emploi de ceux qui en ont le plus besoin. Il leur permettrait de bénéficier d’une formation susceptible de pérenniser leur parcours professionnel, d’accéder au crédit et à un logement locatif. Ces trois arguments sont mensongers :

1. Dès lors que le CPE s’adresse à tous les moins de vingt-six ans et que la rupture du contrat de travail peut intervenir à tout moment moyennant un bref préavis, l’employeur a intérêt à sélectionner les jeunes diplômés au détriment de ceux dont la formation est insuffisante afin d’avoir du personnel plus rapidement opérationnel dans l’entreprise. Au fil des mois, les chefs d’entreprise pourront comparer les performances des uns et des autres, devenir encore plus sélectifs sur les nouvelles embauches tout en faisant le tri parmi les jeunes déjà recrutés en CPE. Prétendre que les étudiants ne sont guère concernés par le CPE est donc mensonger.

2. La sélection des plus instruits rendra la formation interne des diplômés à la fois moins coûteuse et économiquement plus payante que celle des jeunes demandeurs d’emploi handicapés par l’échec scolaire. La même faculté est donnée aux employeurs des entreprises de moins de 20 salariés avec le CNE. Des employeurs motivés par une gestion peu coûteuse de leurs effectifs sauront se séparer des jeunes travailleurs qu’ils auront exploités pendant deux ans pour en tester d’autres en gardant un oeil rivé sur la conjoncture. Le CPE fonctionnera comme une variable d’ajustement des effectifs.

3. Le CPE ne va pas faciliter la location d’un logement et l’accès au crédit pour les jeunes titulaires de ces contrats de travail précaires. Mercredi soir, le journal de 20 heures de France 2 l’a bien montré dans un reportage en caméra cachée auprès de plusieurs agences bancaires. Le même jour, le président de l’Union nationale de la propriété immobilière a plaidé en faveur d’un bail précaire résiliable au bout de neuf mois pour tous les nouveaux locataires qui ne présenteraient pas de solides garanties de ressources et de caution. Les bailleurs privés exigent toujours des garanties de revenus que les bulletins de paie de la plupart des jeunes en CPE ne sauraient fournir. Même avec une caution de type Locapass.

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