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L’Humanité | Vincent Defait , Christophe Deroubaix - le 3 février 2007

Un climat plus chaud, pour longtemps

samedi 3 février 2007 par Vincent Defait, Christophe Deroubaix
Environnement . Le quatrième rapport du GIEC a précisé l’ampleur des changements climatiques à venir et confirmé la responsabilité de l’homme dans cette situation.

L’homme se prépare un avenir bouillant. Impossible de détourner le regard de « la maison qui brûle », selon l’expression utilisée par Jacques Chirac au sommet de Johannesburg, en 2002. Le quatrième rapport du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), rendu public hier, en atteste. « Tout converge pour montrer la part essentielle de l’homme dans le réchauffement du climat », a tranché Susan Solomon, coresponsable du groupe I du GIEC, qui a rassemblé près de 600 scientifiques du monde entier. Dans la novlangue du Résumé à l’intention des décideurs, synthèse du millier de pages que compte le rapport officiel, cette responsabilité de l’homme est jugée « très vraisemblable ». Ce qui correspond à une probabilité supérieure à 90 %, contre 66 % dans le précédent état des lieux, en 2001. Autre enseignement : côté dérèglement, la planète en prend pour « plus d’un millénaire ».

Des températures en hausse

Des certitudes acquises aux termes de près de six ans de débats entre spécialistes et de perfectionnements des modèles de simulation du climat du futur. Plus nombreux, plus puissants et plus complexes qu’auparavant, ces modèles ont permis de livrer « les meilleures estimations », dixit Susan Solomon. Tour d’horizon de notre avenir climatique.

Des océans qui gonflent

Premier constat, la température moyenne du globe a augmenté de 0,74º C entre 1906 et 2005, contre 0,6º C retenu dans le précédent rapport pour la période de 1901-2000. Ainsi lancée, la machine climatique devrait enregistrer une hausse, à la fin du siècle, de 1,8º C à 4º C suivant les scénarios étudiés. Dans le pire des cas envisagés, cette augmentation flirterait avec les 6,4 ºC, en considérant le maximum de la fourchette de résultats.

Cette surchauffe à venir est conditionnée, en large partie, au niveau de concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Alors qu’on évaluait la concentration de dioxyde de carbone (CO2) à 280 parties par million (ppm) à l’ère pré-industrielle, les mesures atteignent 379 ppm en 2005. Des valeurs qui

« dépassent de loin les variations des 600 000 dernières années », note le rapport. Or le réchauffement réduit d’autant l’absorption par les terres et les océans du CO2... qui participe à l’augmentation de la température globale. La machine est lancée.

Au XXe siècle, le niveau des océans a cru de 17 cm, estime le GIEC. Avec une accélération de la hausse dans les dernières décennies. Cette dilatation des océans est due au fait qu’ils absorbent la chaleur ajoutée au système climatique. Selon les scénarios, le niveau des mers pourrait ainsi s’élever de 18 cm à 59 cm d’ici à la fin du siècle. Un processus qui se poursuivrait un bon moment. Cela immergerait des terres habitées par plusieurs millions de personnes. Mais, prévient le GIEC, « la dernière fois que les régions polaires ont été significativement plus chaudes qu’actuellement pendant une longue durée (il y a environ 125 000 ans), la réduction du volume des glaces polaires a conduit à une élévation du niveau des mers de 4 à 6 mètres ». À très longue échelle, la fonte totale de la calotte glacière du Groenland se traduirait par une hausse du niveau des océans de 7 mètres.

Des phénomènes extrêmes

À l’avenir, il faudra s’habituer aux canicules ou aux pluies diluviennes, selon l’endroit l’on se trouve sur le globe. « Pour un scénario médian, on s’attend à une évolution du dessèchement dans les régions tropicales et à plus de précipitations dans les régions du Nord », a résumé Susan Solomon. De même, il est jugé « vraisemblable » (probabilité de 66 %) que les cyclones tropicaux futurs deviennent plus intenses, avec des précipitations et des vents maximaux plus forts.

L’homme est prévenu. À lui d’agir.


Le Sud sur le front du réchauffement

En France, les changements climatiques annoncés se cristalliseront autour d’une ligne Bordeaux-Nice. Analyse des nouvelles variations.

Sachant qu’une variation de température de 1 degré équivaut à un déplacement de 200 km, à quelle latitude se retrouvera Marseille à la fin du siècle dans le cas d’un scénario d’une augmentation de la température de 5 degrés ? Ce petit « problème », que n’importe quel instituteur pourrait proposer à ses élèves, deviendra peut-être, dans une réalité pas si lointaine, un vrai problème pour la deuxième ville de France.

Au-delà de la seule cité phocéenne, ce sont les régions du grand sud de la France qui seront les premières à subir le réchauffement climatique en cours et à venir. Ce dernier s’appliquera de manière inégale selon les saisons : l’élévation des températures s’annonce plus forte en été (de + 3,5 ºC à 5 ºC) qu’en hiver, saison qui sera plus douce mais également plus propice aux phénomènes extrêmes du type inondations dévastatrices. Certains scientifiques annoncent même une variation de + 6 ºC dans la partie septentrionale du Sud-Ouest en été, pendant la période 2070-2099.

Dans un scénario « sans politique » (l’expression est de Patrick Criqui, du Laboratoire d’économie de la production et de l’intégration internationale), c’est-à-dire sans action publique déterminée, la ligne Bordeaux-Nice ressemblerait même à une diagonale du désespoir. Entre autres effets envisageables : étés caniculaires et meurtriers à répétition, vague d’épidémies sur la forêt des Landes, apparition de maladies parasitaires dans le triangle Andorre-Nice-Lyon. Pire : engloutissement de la Camargue, extinction du fameux Gulf Stream qui rend Bordeaux plus douce que sa « soeur » en latitude, New York, et donc, disparition des grands crus de bordeaux, ces « marqueurs de civilisation ». Pour autant, une mobilisation à grande échelle pour réduire fortement les gaz à effet de serre n’empêcherait pas le réchauffement climatique, ce « coup parti », de provoquer des modifications de la vie méridionale. Économie, santé publique, systèmes naturels, forêts, eau, montagne, viticulture : tous les secteurs de la « société » seront touchés et donc condamnés... au mieux, à s’adapter.

Comme le souligne Jean-Charles Hourcade, directeur de recherche au CNRS, « les travaux archéologiques qui ont établi des coïncidences entre transition brutale de climat et mutation en profondeur des sociétés (changement de mode de subsistance, abandon des terres, désorganisation sociopolitique) devraient nous alerter ».

Au fait, la réponse au « problème » est : Cordoue.

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