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Entretien réalisé par Laurent Mouloud publié dans L’Humanité du 17 octobre 2006

« Un fort recul de l’accès au soin »

mardi 17 octobre 2006 par Laurent Mouloud
Président de Médecins du monde, Pierre Micheletti constate, une hausse inquiétante des personnes exclues de toute couverture maladie.

Quel est le principal enseignement de votre rapport 2005 ?

Pierre Micheletti. Il confirme un fort recul de l’accès aux soins. En 2005, 22 % des personnes rencontrées dans nos centres ne pouvaient bénéficier, de par le droit, d’aucune couverture maladie, que ce soit la couverture maladie universelle (CMU) ou l’aide médicale d’état (AME) ! Ils n’étaient que 9 % dans ce cas en 2001...

Quel est le profil de ces patients ?

Pierre Micheletti. Nous avons accueilli 26 000 patients en 2005 : 90 % d’entre eux sont des personnes étrangères, 71 % sont sans titre de séjour et 29 % sont demandeurs d’asile. Enfin, la quasi-totalité vit en dessous du seuil de pauvreté. Beaucoup de ces personnes rencontrent des difficultés de domiciliation, indispensable pourtant si l’on veut avoir accès à la CMU ou l’AME. Nombreux aussi sont ceux qui méconnaissent les structures : 60 % des étrangers que nous accueillons sont sur le territoire depuis moins d’un an. Difficile pour eux, surtout quand s’ajoute la barrière de la langue, de s’y retrouver dans les organismes de soins...

En quoi les politiques menées ces dernières années contribuent au recul de l’accès au soin ?

Pierre Micheletti. Le gouvernement réactive depuis plusieurs années les populations bouc émissaires. Prostituées, toxicomanes, Rom, immigrés en situation irrégulière : tous sont l’objet d’un durcissement législatif qui les stigmatisent et les présentent comme suspectes. Résultat, ces personnes rechignent de plus en plus à venir au contact des dispositifs de soin, par crainte d’être mise en évidence, voire dénoncée.

Quelles propositions avancez-vous ?

Pierre Micheletti. Nous avons réalisé une enquête qui démontre que près de quatre médecins sur dix refusent les soins pour un bénéficiaire de l’AME, et un sur dix pour ceux relevant de la CMU. Méconnaissance des dispositifs ? Refus de certaines lourdeurs administratives ? Quelles que soient les raisons de ces refus, ce résultat nous conforte dans l’idée qu’il faut simplifier l’accès au soin en créant une seule couverture maladie, véritablement universelle, qui inclurait l’AME et dont le seuil d’obtention serait aligné sur le seuil de pauvreté. Autre point fondamental : la domiciliation des personnes - qui conditionne l’ouverture des droits. La loi permet actuellement aux centres communaux d’action sociale (CCAS) de domicilier les patients ne pouvant justifier d’une adresse. Or, actuellement, tous ne jouent pas leur rôle. En Seine-Saint-Denis, seul quatre CCAS sur vingt-cinq acceptent de domicilier ! Il faut y remédier.

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