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Propos recueillis par Paulo A. Paranagua publiés dans Le Monde du 6 juin 2006

Un gazoduc sud-américain "réduirait les conflits entre fournisseurs et consommateurs"

mardi 6 juin 2006 par Paulo A. Paranagua
Dans un entretien au Monde, le président de Petrobras , José Sergio Gabrielli, réclame une indemnisation "juste" face au projet bolivien de nationalisation de l’énergie .

Croyez-vous possible un accord avec le gouvernement bolivien, après la nationalisation des hydrocarbures ?

Le décret présidentiel est une décision souveraine, mais il n’est pas opérationnel, il doit être détaillé et réglementé pour être appliqué. Il faudra s’entendre sur les formes d’indemnisation des avoirs appartenant aux producteurs, aux raffineurs et aux transporteurs d’hydrocarbures en Bolivie . Pour les évaluer, il faut recourir à des audits acceptables sur le plan bilatéral et international, qui peuvent modifier les termes de la négociation. L’intérêt des firmes productrices et du gouvernement bolivien est de développer la production gazière, et donc de trouver une solution négociée.

Pourquoi parler d’indemnités alors qu’un accord reste possible ?

Il y a différents cas de figure. Pour ce qui est des investissements dans la production gazière, on ne parle pas de nationalisation, mais d’une augmentation des impôts. Pour les structures de transport du gaz, il est question de nationalisation pour certaines entreprises mais pas pour d’autres. Enfin, pour le raffinage des condensés produits en même temps que le gaz, on parle clairement de nationalisation. Ce terme est donc utilisé avec des sens différents selon les étapes de la chaîne productive. Par ailleurs, il y a deux types d’entreprises impliquées dans le raffinage et le transport des hydrocarbures : les entreprises boliviennes, appartenant à des fonds de pension boliviens, et les groupes internationaux présents en Bolivie. En cas de changement de propriété, la Constitution bolivienne prévoit une indemnisation "juste et préalable".

Petrobras anticipe l’augmentation de sa production de gaz brésilien, d’un volume équivalent à celui importé de Bolivie. Visez-vous l’autosuffisance, comme pour le pétrole ?

L’augmentation de la production gazière brésilienne est le résultat de découvertes récentes de brut léger, associé à davantage de gaz que le pétrole lourd, dans la région de Espirito Santo.

Nous ne renonçons pas pour autant à notre contrat avec YPFB (Yacimientos Petroliferos Fiscales Bolivianos), qui nous assure 30 millions de mètres cubes de gaz bolivien par jour jusqu’en 2019. L’anticipation d’un volume de production de 24 millions de mètres cubes de gaz brésilien par jour d’ici à 2008 nous évite d’augmenter la production en Bolivie, comme nous en avions l’intention avant cette crise. Nous avons suspendu le projet d’accroître la capacité du gazoduc Bolivie-Brésil à partir de 2009. A moyen terme, vers 2010-2011, nous visons une plus grande indépendance énergétique.

Que pensez-vous du projet d’un grand gazoduc sud-américain ?

Nos groupes de travail collaborent avec les gouvernements du Brésil , du Venezuela et d’Argentine pour déterminer sa faisabilité, d’ici à août 2006. Il faut régler des questions environnementales, tarifaires, mais aussi concernant les garanties d’approvisionnement, la certification des réserves et le type d’entreprise gérant le gazoduc.

Un réseau gazier sud-américain devrait relier les pays au potentiel de production important - le Venezuela, la Bolivie, le Pérou et le Brésil qui a commencé à produire - aux principaux marchés : l’Argentine, le Chili , le Brésil et la Colombie .

A long terme, un tel réseau réduirait les tensions et les conflits entre fournisseurs et consommateurs. Pour le moment, le Venezuela importe du gaz et n’est donc pas en mesure d’en exporter. Petrobras collabore avec PDVSA (Petroleos de Venezuela) à la mise en route du projet gazier Mariscal Sucre ainsi qu’à l’expansion de la production dans la ceinture de l’Orénoque.

Quelle place accordez-vous aux ressources renouvelables  ?

Nous élargissons notre présence dans le secteur de la biomasse. Nous venons d’inaugurer deux usines expérimentales de biodiesel au Rio Grande do Norte, l’une devant produire à partir de l’huile végétale, l’autre destinée à la production à partir des graines de ricin, avec une technologie unique au monde. Dès 2007, nous produirons du diesel en combinant l’huile végétale et le pétrole , ce qui diminuera la quantité de soufre et augmentera sa qualité par rapport au diesel minéral. Les bio-carburants et les ressources renouvelables sont stratégiques pour une entreprise comme Petrobras.

Quels sont vos pôles de développement international ?

L’augmentation de notre production pétrolière provient surtout du Nigeria . Nous sommes aussi en Angola et en Guinée équatoriale et nos investissements augmentent aux Etats-Unis (golfe du Mexique). Nous sommes dans presque toute l’Amérique du Sud, où nos principaux investissements se situent en Argentine. Nous prospectons en Turquie, en Libye, en Tanzanie et au Mozambique.

Depuis trois mois, Petrobras a attiré le plus grand nombre de transactions à New York. Sur les marchés, l’entreprise représente 100 milliards de dollars (771 milliards d’euros). Parmi les quinze majors pétrolières, nous sommes sans doute la seule à dépendre à 85 % des recettes de son propre marché, le Brésil. Nous sommes de plus en plus une compagnie multinationale, tout en restant une entreprise extrêmement brésilienne.

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