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Alain Raynal | L’Humanité le 24.09.2007]

Un militant syndical du textile interdit de parler à la presse

lundi 24 septembre 2007 par Alain Raynal
Répression . Accusé par le groupe Chargeurs d’avoir répondu à un journaliste, Alain Fournès, ouvrier textile et syndicaliste à Lavelanet, dans l’Ariège, est menacé de licenciement.

Le numéro 1 mondial de la laine, le groupe Chargeurs [1] , l’accuse d’a- voir simplement donné son avis de syndicaliste à un journaliste, et donc d’être potentiellement responsable en cela d’une chute du cours de l’action en juillet alors que la crise bouscule les marchés boursiers de la planète. Pas moins ! Aujourd’hui, Alain Fournès, 43 ans et vingt-six années d’ancienneté comme ouvrier textile à Lavelanet, dans le bassin du pays d’Olmes en Ariège, est sous le coup d’une procédure de licenciement.

une opération qui inquiète les salariés

L’affaire remonte au 10 juil-let dernier, lorsque, par un simple communiqué de presse de douze lignes, le groupe textile annonce que sa filiale Chargeurs Fashion, spécialisée dans la fabrication de tissus d’habillement, est désormais regroupée à 50-50 avec la société marocaine Holfipar. Le devenir de l’usine Avelana de Lavelanet, propriété de Chargeurs Fashion, et de ses 170 salariés dont Alain Fournès, délégué syndical CGT, dépend de cette nouvelle opération de monopoly international dont sont coutumiers les actionnaires du groupe textile. Parmi ces derniers : Jérôme Seydoux, Edouardo Malone, et les fonds de pension anglo-saxons. Alors qu’elle officialise par son communiqué l’accord intervenu, la direction convoque pour dix jours plus tard une réunion du comité d’entreprise et ne parle que de « projet » aux représentants du personnel. Exclus de toute information préalable, les salariés comme leurs élus sont mis devant le fait

accompli.

Expérimenté des pratiques patronales et des politiques libérales qui ont tant mis à mal l’activité textile et l’emploi dans ce bassin d’activité ariégeois, Alain Fournès intervient alors pour demander « les explications nécessaires à la compréhension de cet accord » ainsi que la tenue d’une réunion extraordinaire du comité de groupe et de l’instance européenne dite « de dialogue social ». Entre-temps appelé par un journaliste de la Lettre de l’Expansion, qui explique dans un court article que cet accord est « annonciateur de jours sombres pour les sites de Chargeurs en Ariège », le syndicaliste CGT exprime son inquiétude : à terme, le groupe pourrait se fournir en Chine au détriment des usi- nes françaises.

Convoqué en juillet pour l’entretien préalable « en vue d’un licenciement pour faute lourde », ce dernier a eu lieu le 30 août dernier. « On m’accuse d’avoir répondu au journaliste, s’insurge Alain Fournès. Ils ne supportent pas que je m’informe, que je m’intéresse et cherche à en savoir plus depuis plusieurs années sur la stratégie industrielle et financière du groupe. » Ils n’ont pas digéré non plus, poursuit-il, la semaine et demie de lutte et de blocage de l’entrée de l’usine en octobre 2005 contre un plan de licenciements. Un rassemblement de soutien est prévu aujourd’hui à partir de 17 heu- res devant l’usine Avelana à Lavelanet.

[1] Coté en Bourse, Chargeurs, qui contrôle 20 % du marché mondial de la laine (Wool), intervient dans la fabrication des tissus et de l’entoilage. Le groupe emploie près de 3 500 personnes réparties dans 37 pays.

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