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Un article de Jean Magniadas,économiste, paru dans l’Humanité du 1er novembre 2005

Un petit bréviaire de la délocalisation

lundi 31 octobre 2005 par Jean Magniadas

Exercé aux pratiques du patronat, Philippe Villemus décortique les processus industriels et financiers responsables de dégâts humains selon lui inévitables.

Délocalisations. Aurons-nous encore des emplois demain ? de Philippe Villemus. Éditions du Seuil, 2005, 17 euros

L’actualité inquiétante de l’emploi attire l’attention sur ce livre. L’auteur a été directeur général international d’une firme du groupe multinational L’Oreal, et directeur du marketing de la Coupe du monde de football de 1988. Enseignant à l’École supérieure de commerce de Montpellier, il a certainement une connaissance intime des mécanismes de délocalisation d’entreprise. Processus inséparable de la mondialisation et de la guerre économique engagée entre les grands groupes monopolistes. Il observe l’accentuation du phénomène, y décèle des périls pour l’avenir sans esquiver le rôle primordial du profit dans les décisions de délocalisation.

Celles-ci s’inscrivent dans le vaste mouvement de restructuration du capital. Une typologie en est dressée à partir de ses causes apparentes. La concurrence monopolistique se globalise dans un contexte mondialisé, en lien avec les transformations technologiques. Cette concurrence porte des risques financiers et de désindustrialisation, génère des inégalités et des injustices insupportables. L’auteur ne le conteste pas, en estimant toutefois que les critiques des altermondialistes sont exagérées. Son analyse qui minore la place de l’État est contestable.

Il considère que la délocalisation, hier une opération tactique, est devenue aujourd’hui une stratégie d’affectation de moyens sur le territoire mondial : il prévoit que les grandes firmes européennes vont délocaliser, entraînant des PME dans leur sillage.

Malgré l’ampleur du chômage, les grandes entreprises du CAC 40 ont ralenti leurs investissements en France depuis cinq ans et ne créent plus d’emplois nets dans le pays, phénomène dont l’auteur rend pour partie responsables les délocalisations. La situation est effectivement très préoccupante. D’autant plus que 200 000 emplois dans les services pourraient être décentralisés d’ici à 2010.

L’auteur ne dissimule pas les dégâts humains qu’engendrent ces processus, en confirmant que les perdants sont et seront les ouvriers, les employés non qualifiés, les cadres intermédiaires ou de premier niveau et les chômeurs.

Néanmoins, il faudrait selon lui accepter la mondialisation capitaliste, y compris ses « inconvénients ». Il réclame une politique « conquérante », proche des constructions économiques les plus orthodoxes, en accusant la France - en fait, la majorité des Français contestataires - de ne pas saisir les chances de la mondialisation, de ne pas vouloir faire le saut de la flexibilité, de l’abaissement des salaires, de l’abandon du secteur public, bref de ne pas vouloir se résoudre aux solutions « libérales ». S’il reconnaît les carences des politiques d’éducation et de recherche, il demeure très conformiste dans les solutions. Il n’accorde aucune attention aux enjeux fondamentaux de coopération entre les firmes et entre les nations et s’inscrit dans l’acceptation résignée d’une logique d’affrontements concurrentiels meurtriers pour l’emploi. Le cri d’alerte qu’entend pousser l’ouvrage est étouffé par les moyens d’intervention proposés.

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