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JEAN-CHRISTOPHE LE DUIGOU | L’Humanité du 19 mai 2007

Un système à bout de souffle

lundi 21 mai 2007 par Jean-Christophe Le Duigou

La question du travail est revenue au centre du débat public mais de manière biaisée en ignorant curieusement le rapport essentiel qu’entretiennent travail et mouvements du capital. Du coup, les attentes sociales, qui sont fortes, ont du mal à s’exprimer clairement. Les salariés sont sur la défensive, la droite récupérant l’aspiration à « gagner plus ». Le rêve libéral va au-delà des heures supplémentaires. Il vise une « désalarisation massive » permettant de court-circuiter les obligations collectives de l’employeur. On assiste bien à ce détricotage des protections associées au travail dans différents secteurs : ceux du bâtiment, des transports à un bout, ceux des services de haute technologie (informatique, communication...) à l’autre extrémité. L’entreprise peut ainsi utiliser les capacités du travail sans avoir à supporter la contrainte du statut salarial. Mais l’offensive essentielle est plus oblique. Elle emprunte la voie de la flexibilité tous azimuts. Le droit du travail est inappliqué, y compris dans de grandes firmes. Des formes légales sont perverties et mises au service de la politique de réduction des coûts, via l’externalisation et la sous-traitance. L’électronique, le secteur agroalimentaire, les banques ont largement mobilisé ces techniques. Le système de garanties sociales est fragilisé tant à la périphérie qu’en son coeur faisant de millions de salariés des « surnuméraires » de l’emploi et du travail. On peut vraiment parler d’un système « à bout de souffle ». La dépréciation du long terme et de l’avenir sous la pression des exigences de la rentabilité a modifié les choix stratégiques des firmes et fermé la possibilité d’avancées progressistes.

On ne peut plus dès lors se cantonner à une perspective de simple « défense du modèle social » à la mode ancienne. Trois questions nouvelles prennent une importance décisive.

Se pose d’abord un problème d’objectif. La « mise en compétition » ne peut pas être le cadre de la réforme des systèmes sociaux et politiques alors que nous entrons dans une « nouvelle civilisation informationnelle ». Ce n’est pas au moment où la circulation de capitaux est totalement libre et où les actionnaires ont la possibilité de limiter les risques pris qu’il faut réduire les droits des travailleurs. Les évolutions du travail et des technologies ont pour conséquence de mettre l’individu et le travail au coeur du dispositif de recherche d’efficacité. Il faut donc protéger les capacités humaines. Relancer positivement la dynamique sociale suppose un affrontement avec la logique financière et la rentabilité.

Il faut ensuite s’interroger sur le contenu des évolutions et prendre les problèmes dans toute leur ampleur, dans une perspective de développement économique et social durable. Il y a bien un nouveau système à construire. Il implique de nouvelles logiques de solidarité mais ne se réduit cependant pas à celui bien étroit de la « cohésion sociale ». Le problème n’est pas que redistributif car il doit s’attaquer à la manière dont se crée la richesse, donc à la place du travail. Il s’agit moins de trouver un hypothétique équilibre entre l’économique et le social, que de créer les conditions d’une dynamique des emplois, des innovations technologiques, et la sécurité collective nécessaire pour accompagner une nouvelle projection vers l’avenir. Une croissance durable suppose de faire de nouveaux paris. Cela ne justifie pas les solutions libérales mais appelle des initiatives pour reconstruire « de nouveaux cadres de sécurité pour l’action collective ».

Se pose enfin la question de la représentation du travail et des salariés. L’autonomie des « partenaires sociaux » si souvent évoquée est un leurre si n’existent pas les conditions d’une autonomie des salariés. C’est une raison supplémentaire qui justifie le besoin d’une véritable démocratie sociale et d’une évolution des règles de légitimation des acteurs sociaux. C’est tout le débat récent sur la représentativité syndicale.

Nous avons la possibilité de développer un nouveau champ de garanties sociales, afin de faire barrage à la précarité du travail, aux risques de licenciement et à l’exigence de flexibilité de la part des employeurs. Ces objectifs devraient être les thèmes centraux d’une véritable « refondation du contrat de travail » débouchant sur un « nouveau statut du travail ».

Par Jean-Christophe Le Duigou, secrétaire confédéral de la CGT

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