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Daniel Bachet | L’Humanité du 22.09.2007

« Une alternative à la domination financière »

samedi 22 septembre 2007 par Daniel Bachet
Par Daniel Bachet, maître de conférences à l’université d’Évry, membre du conseil scientifique d’ATTAC (*).

« Pourquoi la situation de l’entreprise est-elle devenue catastrophique ?

D’abord parce que les décideurs, PDG et autres, visent pour l’essentiel un optimum financier qui ne produit pas de biens et de services pour l’ensemble des populations. Ensuite parce que cette rentabilité qu’on appelle « valeur pour l’actionnaire » est directement prédatrice des richesses à venir. Productivité, rentabilité et compétitivité constituent autant de niveaux de pouvoir qui pèsent sur le travail, appréhendé comme un coût et non comme une source de valeur et de développement.

Les actionnaires et les propriétaires assignant à la société par actions le profit pour seule finalité, les outils de gestion disponibles valorisent le seul patrimoine du propriétaire (marge, bénéfice, etc.), et le pouvoir ne dépend que de la seule propriété des capitaux. Le droit issu de la propriété permet de déstructurer, dépecer des entreprises au profit de la seule rentabilité financière.

Comment en sortir ?

En distinguant les deux entités que sont l’entreprise et la société, en leur assignant des finalités différentes. L’entreprise produit des biens et des services dont la contrepartie est de générer de la valeur ajoutée. Le profit n’est pas l’objectif de l’entreprise mais celui de la société de capitaux. Cette distinction est essentielle, parce que la valeur ajoutée, reconnue dans la comptabilité nationale, ne l’est toujours pas dans l’entreprise. Or les salaires et les profits ne proviennent que de la valeur ajoutée. Derrière l’entreprise, il y a les salariés et l’entrepreneur. Derrière la société de capitaux, il y a l’actionnaire et les propriétaires. L’entreprise est la seule entité qui engage tous les acteurs autour d’une oeuvre commune, réalisant un intérêt supérieur aux parties en présence.

Dès lors, le pilotage de la société et celui de l’entreprise pourraient s’effectuer sur la base de comptes de gestion distincts - ce qui suppose d’ouvrir le conseil d’administration au monde du travail. La présence des salariés dans cette instance permettrait de mieux définir l’intérêt général, les salariés disposant de comptes de gestion propres à valoriser le travail de l’entreprise et non d’abord le patrimoine et la propriété. À partir du moment où l’on considère que le pouvoir financier n’est qu’un facteur parmi d’autres, un rééquilibrage s’avère possible entre les différentes parties prenantes. Des outils de gestion existent qui permettraient de repositionner les entreprises sur des sentiers de croissance et de développement. Cela suppose un débat à la fois scientifique et politique. Il faut allier les deux enjeux. »

Derniers ouvrages publiés :

Les Fondements de l’entreprise, Éditions de l’Atelier, 2007 ;

Sortir de l’entreprise capitaliste (avec Gaetan Flocco, Bernard Kervella, Morgan Sweeney), Éditions du Croquant, 2007.

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