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Entretien réalisé par Jacqueline Sellem paru dans l’Humanité du 23 avril 2005

« Une anticipation de la directive Bolkestein »

samedi 23 avril 2005 par Jacqueline Sellem
Entretien avec Éric Sellini, syndicaliste sur le site Total de Normandie, qui fait appel à des maîtres d’oeuvre extérieurs.

Sur le site de la raffinerie Total de Normandie, les syndicats ont découvert des salariés embauchés en dehors de toutes les règles du droit du travail qui ont cours en France...

Éric Sellini. Total, qui n’a plus en interne toutes les compétences pour construire ou rénover les raffineries, fait appel à des maîtres d’oeuvre extérieurs. C’est ce qui s’est passé dans la raffinerie de Normandie. Un appel d’offres européen a été lancé et, première surprise, ce n’est pas Technip France, la société parapétrolière de référence pour ce genre de chantier, qui l’a remporté, mais une de ses filiales : Technip Italie.

Les représentants du personnel de Total se sont alors battus pour mettre en place un comité d’hygiène et de sécurité (CHSCT) spécifique afin de contrôler les conditions dans lesquelles intervenaient les sous-traitants. On a ainsi découvert des travailleurs venus d’Espagne, d’Italie ou d’ailleurs sans contrat de travail, avec des faux papiers, ainsi que toute une série de manquements aux règles sociales et aux règles du droit du travail en France.

Total se targue d’investir 300 millions d’euros dans ce chantier, le plus gros en cours aujourd’hui, et la direction n’a à la bouche que les mots sécurité, qualité. Mais la politique du moins-disant et du moindre coût conduit à faire des pressions sur les sous-traitants. Dans ce cas, même si la direction de Total a peut-être été mise devant le fait accompli, on peut difficilement croire que Technip, le sous-traitant principal, n’était pas au courant. Avec les sous-traitants régionaux, voire nationaux, auxquels Total avait jusqu’alors fait appel, nous n’avions jamais été confrontés à ce genre de situation, qui est finalement une anticipation de la directive Bolkestein.

Est-ce que vous risquez aussi des délocalisations à proprement parler ?

Éric Sellini. C’est ce qui est déjà arrivé à notre assistance informatique. Elle était installée dans nos locaux à Paris. Un jour, en appelant, on a constaté que la sonnerie était différente. Et là on a découvert que l’assistance informatique avait été transférée en Irlande. Total avait commencé par sous-traiter. Puis le sous-traitant s’est délocalisé. Les syndicats de Total n’ont eu aucun droit de regard puisqu’il s’agissait d’une autre entreprise. Avec la perspective d’un pétrole durablement cher, Total va investir dans l’outil industriel. Mais dans quelles conditions ? Ce qui est certain, c’est que la direction essaye tous les jours de faire exploser notre droit du travail et qu’elle ne va pas se gêner pour s’engouffrer dans toutes les brèches possibles.

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