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Nathalie Quéruel | Le Monde du 17.04.07.

Une assurance "rupture de la période d’essai" pour aider les cadres à bouger

mardi 17 avril 2007 par Nathalie Quéruel

Comment faciliter la mobilité professionnelle ? Cadremploi pense avoir trouvé une idée : depuis quelques semaines, le site de recherche d’emplois sur Internet présente aux cadres qui veulent changer de travail une assurance "rupture de la période d’essai". Lorsque l’entreprise décide d’interrompre la période d’essai, le contrat, qui doit être conclu avant le premier jour de la prise de fonction, garantit 100 % de la rémunération perçue lors du précédent emploi. Il complète les allocations-chômage ou les remplace si la personne ne peut en bénéficier et offre, en option, le paiement d’un cabinet d’outplacement : "Nous constatons un décalage entre l’amélioration du marché du travail cadre et une certaine frilosité des candidats, explique Olivier Fécherolle, directeur marketing du site. La prise de risque est un frein évident à la mobilité ; avec ce contrat, conçu et commercialisé par le cabinet Pilliot Assurances, les cadres minimisent le risque financier."

La proposition suscite la curiosité : Cadremploi a enregistré 850 demandes de devis. José, 33 ans, ingénieur en informatique, a franchi le pas et déboursé 711 euros pour s’assurer : "Avec des crédits et un enfant qui vient d’arriver, je ne peux pas me permettre une baisse de rémunération si ma période d’essai ne débouche pas sur une confirmation en contrat à durée indéterminée (CDI). Cette crainte en moins, je me sens l’esprit dégagé pour faire mes preuves dans mon nouveau job." Bernard, la trentaine, qui occupait une fonction industrielle dans un grand groupe, est également un des premiers à signer un contrat (1 300 euros) : "Je prends un risque car je change complètement de poste. Ce qui m’intéressait aussi dans le contrat que j’ai souscrit, c’est le financement d’un cabinet d’outplacement. Si ma période d’essai ne se passe pas bien, j’ai la garantie d’une aide et d’un réseau pour rebondir au plus vite."

Malgré tout, même sans assurance, les deux hommes auraient tenté l’aventure, ce qui relativise le coup de pouce à la mobilité. D’autre part, la prime dépend des garanties choisies et du profil de l’assuré, son degré de risque étant calculé en fonction du secteur d’activité, du poste, de l’âge, de l’ancienneté et de la région. Elle varie, selon les cas, entre 10 % et 50 % d’un salaire net mensuel. Et pour les cadres qui n’auraient pas cotisé les trois dernières années à l’assurance-chômage, "le prix du contrat proposé est assez élevé", reconnaît M. Fécherolle. L’assurance est donc financièrement attractive pour les cadres théoriquement les plus mobiles ; pour les personnes plus âgées ou ayant un métier peu porteur sur le marché de l’emploi, le montant de la prime peut s’avérer prohibitif, alors que ce sont elles qui auraient davantage besoin d’une assurance.

Autant dire que les syndicats ne voient pas d’un très bon oeil cette initiative : "La sécurité des transitions professionnelles ne peut venir de l’assurance privée, alors que les cadres contribuent le plus au financement de l’assurance-chômage", estime Alain Lecanu, secrétaire national emploi-formation de la CFE-CGC. Pour Martine Zuber, secrétaire nationale de la CFDT-Cadres, on risque, en ouvrant cette porte, de mettre en péril le principe de solidarité qui régit l’indemnisation : "Il faut inventer d’autres modalités pour favoriser la mobilité. Dans le cadre de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GEPC), il serait intéressant de négocier des transitions externes. Quelques accords montrent la voie, comme ceux qui prévoient la suspension du contrat de travail pendant qu’un salarié effectue une période d’essai dans une autre entreprise, avec possibilité de réintégrer son poste si cela ne marche pas."

De la même façon, le dispositif supplémentaire de séparation à l’amiable entre un salarié et son entreprise, proposé par le Medef - avec néanmoins indemnisation et droit au chômage - afin de fluidifier le marché du travail, ne suscite pas l’enthousiasme des syndicats. Les licenciements pour motif personnel, donnant souvent lieu à des transactions, sont déjà aujourd’hui trois fois plus nombreux que les licenciements économiques. "On détricoterait d’un côté ce que l’on tricote de l’autre avec la GPEC, qui instaure une responsabilité de l’entreprise dans l’employabilité des salariés et donc dans leur mobilité, observe Mme Zuber. L’assurance-chômage ne peut être le seul tiers qui assure les transitions professionnelles." L’initiative de Cadremploi soulève, elle, la question du rôle de l’assurance privée.

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