Liste des auteurs

Un article Pierre-Henri Lab paru dans L’Humanité du 14 mars 2006

« Une attaque frontale contre le droit à l’énergie »

mardi 14 mars 2006 par Pierre-Henri Lab
Gaz de France . Opposés à la privatisation, les agents dénoncent les probables conséquences de la fusion avec Suez sur l’emploi, les statuts et le service public.

Agglutinés autour de braseros pour tenter d’échapper au vent glacial qui balaye le site de stockage de Gaz de France à Gournay (Oise), une vingtaine d’agents empêchent tout véhicule de pénétrer ou de sortir. Un piquet de grève plutôt symbolique, car la quasi-totalité des 53 agents chargés de l’exploitation de ce gigantesque réservoir de 3,7 milliards de mètres cubes sont en grève, à l’appel de la CGT, contre la privatisation de GDF. « C’est un tour de chauffe avant la grande journée d’action du 23 mars contre la fusion avec Suez », explique Charles Jean, secrétaire régional du syndicat avant de préciser que « les grévistes ont pris le contrôle de l’outil de travail et s’apprêtent à diminuer le débit du gaz mis en circulation sur le réseau ».

La provocation des réquisitions

« Une manoeuvre sans conséquences pour les particuliers mais qui devrait obliger un certain nombre d’industriels à basculer sur une autre énergie pour faire fonctionner leur usine », explique le syndicaliste qui tient à souligner « la mise en échec sur ce point de la direction ». Selon Charles Jean, la direction de GDF pour empêcher cette prise de contrôle des installations gazières par les grévistes à adresser des lettres de réquisition à plusieurs agents. « Une première, jamais auparavant la direction n’avait eu recours à un tel procédé », poursuit le militant CGT qui « vit cela comme une véritable provocation ».

« Une provocation » venue s’ajouter à la colère des salariés de Gaz de France qui n’ont « toujours pas digéré d’apprendre par la radio que leur entreprise était donnée gratuitement à un groupe privé ». « Pour les autres privatisations, les acquéreurs étaient au moins obligés de sortir leur portefeuille », ironise un gazier. L’ambiance plutôt bon enfant qui règne sur le piquet de grève, ne saurait masquer la réelle inquiétude des agents. Les probables conséquences de la fusion sont dans toutes les têtes. Christophe depuis 25 ans à GDF, s’inquiète pour l’emploi. « Depuis plusieurs années, la recherche de la rentabilité et du profit a déjà conduit à de nombreux non-remplacements de départs à la retraite. La privatisation et le poids désormais prépondérant de l’actionnariat privé vont encore accroître cette pression. » Cette préoccupation fait écho à celle de la dizaine d’agents d’EDF-GDF distribution présents à Gournay. Venus de Lille « prêter main-forte » à leurs collègues du site de stockage, ils craignent pour l’existence de la société commune aux deux entreprises publiques. « Les 58 000 emplois d’EDF-GDF distribution sont clairement menacés par la fusion », soulignent-ils.

remise en cause des tarifs

Les gaziers ne sont pas plus rassurés par les déclarations gouvernementales sur la préservation, à l’avenir, de leur statut. « Les promesses du gouvernement ne valent pas grand-chose. Ils avaient déjà juré que la participation de l’État ne descendrait jamais en dessous de 70 % du capital de GDF. On voit ce qu’il en est advenu », poursuit Christophe. Frédéric Ben, représentant CGT sur le site, alerte sur les conséquences pour le service public. « Les usagers doivent s’attendre à une remise en cause de la péréquation et à l’abandon des tarifs régulés. Pour payer les dividendes des futurs actionnaires, il faudra bien augmenter les prix », explique le syndicaliste. Pour Charles Jean, « on assiste à attaque frontale contre le droit à l’énergie ». Un constat que partage également Christophe. « On nous parle de la concurrence comme d’une nécessité mais, en fait, on est en train de passer d’un monopole public à un monopole privé », explique le technicien d’exploitation qui dénonce une « privatisation de l’énergie ».


Nombreuses grèves et forte mobilisation des gaziers

Les salariés des sites stratégiques de GDF ont massivement participé à la journée d’action.

Environ 70 % des agents des sites stratégiques de Gaz de France ont fait grève hier, à l’appel de la Fédération CGT de l’énergie à laquelle s’est jointe FO, dans le cadre de la journée nationale d’action contre la privatisation de l’entreprise publique. L’activité des deux terminaux méthaniers de Fos (Bouches-du-Rhône) et de Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique) a été considérablement ralentie. Les centres de stockage de Chemery (Loir-et-Cher), Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), Beynes (Yvelines), Gournay (Oise), Saint-Clair-sur-Epte (Val-d’Oise), Saint-Illiers (Yvelines), Etrez (Ain) et Germigny-sous-Coulombs (Seine-et-Marne) ont été occupés et leurs accès fermés. Les grévistes ont pris également le contrôle des stations d’arrivée du gaz en France de Taisnières et de Pitgam dans le Nord. Présent à Fos aux côtés des grévistes, le secrétaire général de laFNME CGT , Frédéric Imbrecht, a estimé que cette journée « est un premier coup de semonce de la part des gaziers à l’adresse du gouvernement ». Il a exprimé « la crainte d’une pression extrêmement forte de l » en cas de privatisation qui se traduira par « des suppressions d’emplois » et « de la mise en cause des investissements et des tarifs ». « Aujourd’hui, on peut se plaindre du prix du gaz, dont la hausse a pu tout de même être modulée cet hiver par le gouvernement, mais demain il n’y aura plus aucun contrôle », a-t-il averti. Pour sa part, le secrétaire général de la fédération FO de l’énergie, Philippe Taurines, estime, lui, que « ce mouvement est légitime car on assiste au sacrifice de GDF pour la défense de Suez, une entreprise privée ».


EDF, les salariés demandent un CA extraordinaire

Les six administrateurs salariés d’EDF (CGT, FO, CFDT et CGC) réclament la tenue d’un conseil d’administration de l’entreprise publique sur les conséquences possibles d’une fusion entre Suez et Gaz de France sur EDF et le service public de l’électricité. Dans un communiqué, ils s’inquiètent de l’impact de cette fusion sur l’avenir de l’électricien français et en particulier sur « l’existence de la distribution publique de gaz et d’électricité » commune à GDF et EDF.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !