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Christelle Chabaud | L’Humanité du 2 mars 2007

Une cadre en détresse chez Carrefour

vendredi 2 mars 2007 par Christelle Chabaud
Tentative de suicide après un entretien d’évaluation, à Roanne.

Manutentionnaire, inventoriste, caissière, responsable de rayon... En vingt-cinq ans de « maison », Corinne a réalisé une carrière « modèle » dans un hypermarché Carrefour près de Roanne (Loire). Aujourd’hui, elle est à neuf mois de la retraite. Pourtant, il y a dix jours, cette chef du secteur textile a voulu mettre fin à ses jours et a avalé une boîte de médicament sur son lieu de travail. Un geste dont les motivations restent à éclaircir. Seule certitude pour l’instant, il est survenu quelques heures après un entretien d’évaluation au cours duquel son supérieur a coché la case « insuffisant, préjudiciable à la société » sur la fiche type du groupe.

L’humiliation de trop pour Corinne, selon Ouaheb Anseur, le délégué CGT de la grande surface. « L’arrivée de la nouvelle direction a amené des méthodes de management inhumaines. Elle a mis, du jour au lendemain, une pression quotidienne sur les salariés, en particulier les cadres, à qui on ne demande plus d’être sur le terrain, mais juste de remplir des objectifs de gestion. »

L’hypermarché de Roanne appartient au groupe Hyparlo, qui détient sous franchise douze enseignes Carrefour en France. Mais, il y a un peu plus d’un an, la justice somme le numéro deux mondial de la grande distribution de racheter son franchisé, dont il détient une grande partie du capital. Les méthodes de travail changent instantanément chez Hyparlo. Fini « l’esprit familial », estime le syndicaliste. « On nous a imposé des systèmes de logiciels informatiques plus complexes sans réelles formations ».

Puis durant l’été 2006, Carrefour ferme trois sites : 150 emplois sont supprimés, une centaine de personnes se retrouvent sur le carreau. Quatre mois plus tard, c’est au tour de l’administratif d’être restructuré, avec à la clef la division par deux des effectifs. « Pour un personnel qui n’avait jamais connu de licenciements massifs, c’est lourd pour le moral, raconte Ouaheb. Parallèlement, quatre directeurs se font licencier et remplacer par des chefs procéduriers made in Carrefour. Corinne et les autres chefs de rayon reçoivent de nouvelles consignes ordonnant d’arrêter le copinage avec les salariés, de ne plus régler les différends par des explications orales mais par l’envoi de courriers de blâme. » Le malaise gagne l’encadrement Hyparlo. « Quelques jours avant l’évaluation et la tentative de suicide de Corinne, un supérieur hiérarchique expliquait au personnel qu’elle n’était qu’une "bonne à rien"... »

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