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Une économie plombée par le libéralisme

mardi 22 août 2006 par Ali Chibani
Alors que le gouvernement se félicite des chiffres publiés par l’INSEE, des spécialistes s’inquiètent pour l’avenir économique français.

Pour le ministre de l’Économie, Thierry Breton, c’est l’exultation. Enfin, la croissance est de retour, après des années d’une économie plombée. À quelques jours du premier Conseil des ministres, prévu pour jeudi prochain, le rapport prévisionnel de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), rendu public le lundi 14 août, ne pouvait pas mieux tomber. Mais faut-il vraiment se réjouir ?

« La performance enregistrée (de 1,1 % à 1,2 % pour le deuxième trimestre) n’est pas si extraordinaire que ça », commente Xavier Timbeau, directeur du département analyses et prévisions de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). « Elle est portée en partie par l’endettement des ménages, ajoute-t-il. Mais aujourd’hui, il y a aussi la reprise du marché du travail, grâce notamment aux emplois aidés. Quant au CNE, c’est un non-événement. » Pour Liem Hoang Ngoc, maître de conférences à l’université Paris-I, « il y a, cette année, une forte demande intérieure. Les Français tirent sur leur épargne, la montée de l’endettement accompagne la baisse du pouvoir d’achat. Cela va stimuler la consommation à court terme, mais, à long terme, ça s’avérera insuffisant ». Il précise que « l’endettement des ménages aura des effets négatifs, d’autant plus que la Banque centrale européenne (BCE) prévoit une augmentation des taux d’intérêt probablement pour le mois d’octobre ; d’environ 0,25 %. Ce qui est une mauvaise décision qui tombe au mauvais moment », car elle aggraverait la crise économique européenne rendue réelle par l’essoufflement annoncé de l’économie américaine et la stagnation du marché mondial.

En 2007, l’Union européenne aura à prouver à quel point elle peut être autonome. Pour Liem Hoang Ngoc, sans regarder loin, le présent est déjà inquiétant. « Il existe, aujourd’hui, une conjoncture internationale favorable à notre économie, constate-t-il. Mais ce qui m’inquiète, c’est de voir que les entreprises n’en tirent pas profit et n’investissent pas. » L’économiste s’interroge, donc, sur la pertinence de privatiser des entreprises publiques comme GDF et se demande « si l’État ne devrait pas rester le moteur du développement de ces entreprises au lieu de les céder aux intérêts de court terme des actionnaires qui veulent être plus rois que le roi ». Le poids de l’actionnariat est ce qui pousse les entreprises françaises à « imiter le modèle anglo-saxon, qui ne marche pas forcément chez nous ». Par ailleurs, Liem Hoang Ngoc juge négative la baisse des impôts et des dépenses publiques. Il considère que le ministre des Finances, Thierry Breton, en se vantant des chiffres de la croissance, « fait de la communication ». « Nous sommes en train de marcher sur la tête, ironise-t-il. Pour stimuler la croissance, il faudrait accepter l’idée que les politiques libérales ont échoué dans ce domaine et encourager la consommation par des augmentations salariales réelles. »


52 % des ménages sont endettés

Dans un rapport publié la semaine dernière, intitulé « La consommation soutient toujours la croissance en 2005 », l’INSEE s’intéresse à une économie en développement dans une société qui s’appauvrit. Selon l’institut de statistiques, la consommation a progressé de 2,1 % en volume. Pourtant les hausses légères de salaires ne suffisent pas pour affronter les prix de plus en plus élevés de la vie. Les Français puisent donc dans leurs économies et s’endettent. En 2005, les ménages endettés ont atteint une proportion de 52,6 % contre 50,2 % une année avant. Les jeunes de moins de 30 ans sont les plus touchés par le phénomène avec 57,8 % de personnes endettées. Un record depuis quinze ans. Conscient de cette situation, le gouvernement encourage sournoisement, à emprunter. Ainsi, au mois de mars passé, Thierry Breton a par exemple réformé la loi sur l’hypothèque, instituant des « crédits rechargeables », qui permettent d’hypothéquer le même bien immobilier plusieurs fois. Les Français sont attirés par des prêts à la consommation alléchants, des taux d’intérêt attrayants et des durées de remboursement plus longues.


La CGT : « les salariés ne sont pas dupes »

« Les salariés ne retrouvent pas leur compte dans la prétendue reprise de la croissance », souligne la CGT dans une déclaration épinglant le « discours rassurant du ministre de l’Économie » à « visées électoralistes ». « Qu’il s’agisse de l’emploi ou des salaires, et donc du pouvoir d’achat, ou encore de l’investissement productif, les performances sont médiocres », note le syndicat. Pour la confédération de Bernard Thibault, « la solidité de la croissance ne viendra pas de la confiance des marchés financiers. Elle nécessite une politique économique cohérente dans toutes ses dimensions pour forger un nouveau mode de développement fondé sur la promotion des emplois qualifiés, stables et bien rémunérés. (...) Le gouvernement fait le choix inverse. » « Les salariés ne sont pas dupes », déclare la CGT annonçant des initiatives « pour les salaires et pour un plein-emploi de qualité » à la rentrée.

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