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Paul Benkimoun | Le Mondedu 30.04.08.

Une étude décrit les mauvaises conditions de la mort à l’hôpital

mercredi 30 avril 2008 par Paul Benkimoun
Malgré l’évolution de la loi et des recommandations sur les soins en fin de vie, les conditions de décès à l’hôpital sont encore loin d’être optimales en France. Un tiers des infirmières, seulement, jugent acceptables les circonstances de ces décès. Un quart des personnes seulement meurent entourées de leurs proches, et 12 % ont été évaluées comme souffrant de douleurs. Telles sont les conclusions d’une vaste enquête menée auprès de plus de 1 000 services hospitaliers et concernant 3 700 décès, publiée lundi 28 avril dans la revue américaine Archives of Internal Medicine.

Peu d’études éclairent les conditions précises des décès à l’hôpital, qui concernent 70 % des Français. L’équipe de médecins réunie autour du docteur Edouard Ferrand (du service d’anesthésie-réanimation à l’hôpital Henri-Mondor, Créteil) a procédé par questionnaires. Ils ont été remplis par les infirmières, qui sont au plus près des malades. "Nous avions déjà procédé à des enquêtes en réanimation, et voulions élargir notre recherche à d’autres types de services et déterminer un ensemble de critères de qualité", explique le docteur Ferrand.

Dans cette étude, 45 % des décès se sont produits dans des services médicaux, 10 % en chirurgie, et autant dans des services de gériatrie, 1 % dans des unités de soins palliatifs. Le tiers restant est survenu dans des services de soins intensifs (28 %) et aux urgences (6 %).

SUBJECTIVITÉ DES ÉQUIPES

Le faible nombre de patients mourant entourés de leurs proches (24 %) comme celui des malades bénéficiant d’antalgiques (44 % recevaient des opiacés au moment de leur mort) frappe. Mais, selon le docteur Ferrand, il ne traduit pas toujours une mauvaise prise en charge. "Cela ne veut pas dire que les malades ne meurent pas bien et tout le monde n’a pas besoin d’antalgiques", avance-t-il. "Certains malades attendent le départ de leurs proches et parfois même des soignants pour mourir, pour ne pas leur imposer ce spectacle", confirme Françoise Ellien, psychologue clinicienne dans l’Essonne et cosignataire de l’article.

Cependant, l’étude montre l’incapacité fréquente d’"adopter une approche de soins palliatifs au moment du décès bien que pour 74 % des patients la mort ait été prévisible", indique l’article.

Le faible nombre (12 %) de services hospitaliers disposant d’un protocole écrit de prise en charge de la fin de vie traduit un manque de diffusion des bonnes pratiques professionnelles. "Ces protocoles existent essentiellement dans les services ayant reçu l’influence des équipes de soins palliatifs. Leur présence dépend encore trop de la subjectivité des équipes", commente le docteur Ferrand. La question ne se pose cependant pas seulement lorsque la mort est imminente. "Une grande partie de la fin de vie est déterminée en amont des soins palliatifs, quand on est encore dans le curatif, en fonction de l’information donnée au patient et à son entourage et des choix médicaux", affirme le docteur Ferrand.

Pour ce dernier, deux principaux critères de qualité doivent être retenus : le fait de permettre la réappropriation de l’événement par la famille et celui d’intégrer les droits des malades dans les pratiques médicales. "La famille doit être prévenue d’un décès prévisible pour pouvoir éventuellement être présente. Elle doit être revue après le décès, car la vie continue. Peut-être faut-il également identifier une personne référente dans la famille, même si les informations sont difficiles à supporter."

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