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Article de Michel HENRY et Laure NOUALHAT paru sur liberation.fr le 13 septembre 2006

Une fleur plus forte qu’un incinérateur

mercredi 13 septembre 2006 par Michel HENRY, Laure NOUALHAT
Déchets. La suspension du chantier de l’usine de traitement des ordures de Marseille gêne les autorités.

P ancratium maritimum, plus connu sous le nom de lys maritime, va-t-il empêcher la communauté urbaine de Marseille de construire un incinérateur dans la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer ? Depuis qu’on a découvert sur le terrain choisi, à la suite d’un débroussaillage, une cinquantaine de pieds de l’espèce protégée, le projet, déjà contesté par les populations locales fatiguées de vivre dans une des régions les plus polluées d’Europe, est arrêté. Saisi en référé, le tribunal de grande instance d’Aix-en-Provence a ordonné, le 2 août, la suspension du chantier. Hier, la société Everé (groupement Urbaser-Valorga), responsable du projet, faisait appel de cette décision.

Désagrément. La cour d’appel d’Aix-en-Provence rendra son arrêt le 26 septembre. Everé espère qu’elle se déclarera incompétente, ce qui annulerait la suspension des travaux. Sinon, ce serait un début d’enterrement pour l’incinérateur, qui doit entrer en fonction en 2008 et traiter 410 000 des 600 000 tonnes de déchets de Marseille. Car l’expert nommé en août par le tribunal pour « recenser » les lys et « décrire les travaux ou aménagements nécessaires à la sauvegarde des espèces protégées » a demandé une prolongation de délai. On lui avait accordé deux mois, il estime qu’il lui faut jusqu’à juin 2007.

Plus gênant pour Everé, dans un premier compte rendu du 5 septembre dont Libération a pris connaissance, l’expert Bruno Gauthier met en pièces l’étude d’impact réalisée à la demande de la société. « La durée trop courte des investigations met [...] en doute la crédibilité scientifique de cette étude », écrit-il, soulignant des « imprécisions » et « contradictions » qui ne concernent pas que le lys : « Le volet avifaune [...] est particulièrement insignifiant », ce qui pourrait entraîner d’autres désagréments. « Le lys me fait penser à cet étudiant chinois qu’on voyait arrêter un char à Tiananmen », notait hier Me Gérard Bismuth pour les opposants. Pour Everé, chaque mois d’arrêt coûte 3 millions d’euros. « 130 millions d’euros de contrats ont été signés, 30 millions ont déjà été investis », précise un des avocats de la société.

Querelle. Les associations s’opposant au projet et le SAN (syndicat d’agglomération nouvelle, regroupant six communes autour de l’étang de Berre) ont obtenu une autre décision favorable : le 24 mai, le tribunal administratif a suspendu l’autorisation d’exploitation de l’incinérateur. Cette décision, frappée d’appel, reste symbolique puisque l’usine n’est pas construite. Mais, selon le tribunal, « l’installation autorisée, par les rejets qu’elle produira, aggravera une situation caractérisée dans la zone de Fos-sur-Mer [...] par des taux d’émission de certains polluants excédant d’ores et déjà les seuils » autorisés.

Les opposants n’ont toutefois pas réussi à faire annuler le permis de construire. La bataille judiciaire se poursuit. La communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM) et le préfet estiment qu’il y a urgence à agir, car la décharge d’Entressen, utilisée faute de mieux, doit fermer au plus vite. Seule solution, selon eux : l’incinération. Jean-Claude Gaudin, maire UMP de Marseille et président de la communauté urbaine, a d’abord envisagé les quartiers nord de la ville, mais il a dû reculer devant la fronde. Il a opté pour Fos, sur un terrain du port autonome de Marseille. Mais la bronca y est similaire. « Les poubelles chez Gaudin, garde ta merde », lit-on sur un mur de Fos.

Face au projet d’incinérateur, le conseil général, présidé par Jean-Noël Guérini (PS), possible adversaire de Gaudin aux municipales, développe un plan départemental de gestion des déchets sans incinération (lire ci-contre). La querelle se double d’un enjeu politique que les opposants locaux repoussent : « Nos arguments sont de l’ordre de la morale civique, pas de la politique », affirmait hier l’un de leurs représentants, Jean Gonella.


Les alternatives à l’incinération

Si les racines d’un lys stoppent le projet d’incinérateur, il faudra bien gérer les déchets des Bouches-du-Rhône. Le plan départemental d’élimination des déchets tente de privilégier la piste de la valorisation. Ménages, collectivités et entreprises du département produisent plus de 2 millions de tonnes par an, dont 63 % sont stockés par enfouissement . Le projet de plan prévoit l’amélioration de la collecte sélective (le tri), le recyclage mais aussi la réduction des déchets à la source (de 5 %), via des programmes d’écoconception. En aval, il insiste sur le traitement biologique par méthanisation-compostage... Ainsi, à échéance du plan, en 2015, à peine 30 % des déchets ménagers seraient enfouis, 35 % seraient méthanisés, autant seraient transformés en énergie ou en compost et 20 % recyclés.

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