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Un article de Yves Housson paru dans L’Humanité du 11 mai 2006

Une image de la société française dessinée par l’INSEE

vendredi 12 mai 2006 par Yves Housson
Statistiques . L’ouvrage Données sociales donne à voir les transformations à l’oeuvre dans les domaines de l’emploi, de l’éducation, des conditions de travail ou de la santé. Et fait apparaître la prégnance des inégalités sociales.

C’est un vaste panorama de la société française que l’Institut de la statistique (INSEE) présente dans la 12e édition, publiée aujourd’hui, de ses Données sociales [1]. Réalisé tous les trois ans, ce document dresse le tableau des évolutions survenues dans les domaines de la population et de la famille, de l’éducation, de l’emploi, des conditions de travail, des revenus, de la santé ou encore de la protection sociale. Outre l’INSEE, les services statistiques ministériels et des organismes tels que l’INED (Institut des études démographiques) ou le CNRS ont collaboré à la réalisation de cet ouvrage qui ne comprend pas moins de 70 articles scannant la société sous les angles les plus variés. Impossible ici de synthétiser ce kaléidoscope très pointu. Au fil des pages, une impression s’installe néanmoins chez le lecteur : dans la France d’aujourd’hui, des inégalités sociales anciennes persistent, parfois s’aggravent, tandis que de nouvelles apparaissent. Ainsi par exemple de l’emploi, objet d’un regard particulier à travers 16 articles. En vingt ans, le taux d’emplois précaires (CDD, contrats aidés, stages, intérim) a doublé, atteignant 10 % du total. Les jeunes sont « les vecteurs privilégiés de ces nouvelles formes d’emploi plus flexibles », qui se diffusent dans la société. Alors qu’ils sont de plus en plus diplômés, et même si ces diplômes les protègent encore relativement du chômage, ils subissent de plus en plus un « déclassement » (niveau de formation supérieur à celui requis pour le poste) : trois ans après la fin des études, c’est le cas de 20 à 28 % d’entre eux. Un gros plan sur les origines socioculturelles montre combien elles pèsent lourd sur les possibilités d’insertion professionnelle, insertion plus difficile pour un fils d’ouvrier que pour un enfant de cadre, mais aussi nettement plus problématique (à diplôme équivalent et profession du père comparable) pour un fils d’immigré maghrébin que pour un jeune d’origine européenne.

Les liens entre sphère de la vie professionnelle et celle de la vie privée sont également auscultés. Après avoir observé l’importance croissante des horaires de travail flexibles (seule une journée de travail sur deux est encore « standard », 9 heures - 17 heures), « décalés », « irréguliers », « émiettés », l’INSEE pointe la question de la « synchronie conjugale » pour les 6,8 millions de ménages dont les deux conjoints travaillent : « En 1999, moins d’une journée de travail sur deux est concordante. La désynchronisation a augmenté de 20 % depuis le milieu des années quatre-vingt et touche principalement les couples en bas de l’espace social. »

Étudiée de façon transversale, à l’école comme dans l’entreprise et dans le couple, la place des femmes apparaît fortement contrastée. Les filles réussissent mieux leurs études (69 % de bachelières, contre 55 % de garçons), mais les clivages d’orientation demeurent : elles sont surreprésentées dans les filières littéraires, ou les écoles paramédicales et sociales, les garçons dominant dans les filières scientifiques et industrielles. Les femmes participent toujours plus au marché du travail (46 % de la population active), mais la ségrégation sexuelle des emplois « ne s’estompe pas ». D’autre part, même quand les deux conjoints travaillent, le partage des tâches domestiques demeure très inégal : en moyenne 4 heures par jour pour elles, 2 heures pour eux.

Au chapitre de la santé et de la protection sociale enfin, on retiendra l’inquiétante « prospective des départs en retraite » pour les prochaines générations (voir article ci-dessous), mais aussi les données de l’énorme défi de la dépendance des personnes âgées, ou encore l’étude montrant comment une santé défaillante augmente les risques de perte d’emploi. Encore une injustice s’ajoutant au tableau, bien chargé en la matière, de cette « France sociale ».

[1] Données sociales, édition 2006. 667 pages. INSEE. 37 euros.

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