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Christelle Chabaud | L’Humanité du 19 juillet 2007

Une ingénieure d’Areva se défenestre

jeudi 19 juillet 2007 par Christelle Chabaud
Suicide . Sans dresser de lien direct entre le travail et un geste de désespoir, les syndicats pointent une dégradation des conditions de travail au siège de l’entreprise.

Une salariée d’Areva s’est suicidée lundi après-midi sur son lieu de travail au siège du groupe nucléaire public, dans le 9e arrondissement parisien. Âgée de quarante-huit ans, cette ingénieure de formation qui travaillait à la direction de la stratégie s’est jetée du 7e étage de l’établissement. Une information confirmée hier par la direction du groupe qui a fait savoir qu’une enquête de police a été ouverte pour déterminer les « causes et les circonstances » de ce geste.

demande d’expertise sur les conditions de travail

Mardi en urgence, les trois comités d’hygiène, santé et conditions de travail des trois sociétés (Areva SA, Areva NC, Areva NP) qui se partagent le site depuis septembre 2006 se sont réunis. « Nous avons demandé la mise en place d’une commission d’enquête et la possibilité d’une expertise sur les conditions de travail, a précisé Alain Roumier, délégué syndical central CGT. Jusqu’à présent la direction refusait d’aborder la question du stress au travail, elle niait le phénomène. L’honnêteté intellectuelle nous interdit de dresser un lien direct entre le suicide de cette salariée et son travail, mais une dépression, ça s’explique, y compris par des causalités multiples », a alerté le syndicaliste, avant de regretter que, malgré la présence de 1 000 salariés dans l’établissement de la rue Lafayette, le service médical et l’assistance sociale ne sont assurés que par de « rares » vacations hebdomadaires.

Depuis un peu plus d’un an, le regroupement sur Paris de salariés travaillant auparavant au siège à Vélizy (Yvelines) et à la tour de la Défense aurait, selon les syndicats, conduit à la dégradation des conditions de travail.

« le déménagement a mis des gens en souffrance »

Allongement sensible des durées de transport, réorganisations des services, remise en cause de mission due à des doublons de postes… Pour Alain Roumier, « le déménagement a mis des gens en souffrance et a brouillé les repères hiérarchiques ». Instaurés avec le rassemblement des trois sociétés en un pôle commun, deux remaniements ont radicalement modifié les fonctionnements et les habitudes du personnel. Premièrement avec le déménagement, tout le monde a été réaffecté dans des bureaux open space : des juristes aux comptables, tout le monde travaille désormais sur des plateaux ouverts avec un espace de vie de 6 à 9 mètres carrés. « Des personnes qui étaient dans des bureaux individuels subissent avec l’open space le bruit, l’absence d’intimité, le sentiment d’être épiées, l’autocontrôle social entre salariés, énumère le syndicaliste. Il est devenu impossible de personnaliser son environnement professionnel individuel. » Enfin, en termes de communication interne, le déménagement s’est accompagné de la politique du « zéro papier, zéro déplacement ». Les mails se sont substitués aux échanges directs entre salariés et, pour des raisons de sécurité, des badges individuels restreignant les déplacements et l’accès à certains étages sont en train d’être attribués. Sous le choc, Alain Roumier se souvient : « Quand la direction nous a annoncé la concentration des activités rue Lafayette, le slogan était "travailler ensemble pour travailler mieux et mieux communiquer" ».

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