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Olivier Mayer | L’Humanité du 27.01.2009

Vers un 29 janvier exceptionnel

mercredi 28 janvier 2009 par Olivier Mayer
Mouvement social . L’appel des syndicats à faire grève et à manifester pour refuser de payer la crise est entendu au-delà des salariés. L’opinion publique y adhère largement.

« Je pense que ce mouvement de grève jeudi prochain peut être important, peut être vraiment suivi. » L’ancien ministre du Travail et nouveau patron de l’UMP, Xavier Bertrand, sait visiblement à quoi s’attendre le 29 janvier. Et Bernard Thibault le confirme, pour qui la mobilisation s’annonce « bien au-delà de celle contre le CPE en 2003 », avec un nombre d’appels à des arrêts de travail « sans égal depuis très longtemps ». Il y aura des manifestations dans tous les départements, dans toutes les grandes villes. Tous les secteurs publics sont mobilisés : l’éducation de la maternelle au supérieur, les transports, la santé, la poste, l’énergie, la fonction publique territoriale, le Pôle emploi, l’audiovisuel… Dans le secteur privé, les appels à mobilisation se multiplient : banques, commerces, automobile et plus généralement la métallurgie, le bâtiment et les travaux publics, l’hôtellerie… seront concernés par des débrayages. Dans nombre de PME, on s’organise aussi pour participer.

Les salariés et le peuple

Les salariés ne seront pas seuls. Toutes les organisations de retraités, des associations sociales, de chômeurs, du logement, de défense du service public se joignent à cette journée unitaire des syndicats. Lycéens et étudiants se préparent à en être massivement. Les principaux syndicats de médecins hospitaliers y appellent, comme les avocats et magistrats. Les partis de gauche annoncent leur soutien, leur présence dans les cortèges. À quoi il faut ajouter que, comme le montre un sondage CSA pour le Parisien, 69 % des Français se déclarent favorables à cette journée d’action et seulement 12 % lui sont opposés ou hostiles.

Jeudi, ce sont donc les salariés et une grande partie du peuple qui vont dire leur refus de payer la crise « alors qu’ils n’en sont aucunement responsables », comme le déclare l’appel commun des huit organisations syndicales. Cette exceptionnelle convergence a été rendue possible d’abord par la volonté unitaire de tous les syndicats. Ils ont su mettre de côté leurs querelles pour pointer la faiblesse fondamentale du plan de relance de Nicolas Sarkozy : il ne s’y trouve rien en faveur du monde du travail. Ils ont su dégager une plateforme revendicative, des propositions fortes face à la crise. Pour les organisations syndicales, il faut conditionner les aides publiques à des mesures négociées pour préserver l’emploi et les salaires, investir dans la formation et réduire la précarité. Dans la fonction publique, il faut que le gouvernement renonce dès 2009 aux 30 000 suppressions de postes. Il faut ouvrir des négociations salariales pour améliorer le pouvoir d’achat et réduire les inégalités. Relance par la consommation, politique du logement social, préservation de la protection sociale de santé et retraite, amélioration des garanties collectives et réglementation de la sphère financière internationale figurent au titre des objectifs communs.

Le monde du travail et une très large majorité de l’opinion partagent l’idée que la relance économique passe par la réponse aux demandes sociales. La question est de savoir si, jeudi, la mobilisation sera assez forte pour rendre cette exigence incontournable.

Un mouvement qui va se voir

Car du côté de l’exécutif, c’est le silence qui se remarque le plus. Nicolas Sarkozy et François Fillon laissent à leurs lieutenants le soin de traiter l’événement en jouant de toute la palette pour mettre l’éteignoir sur la lutte. À Claude Guéant et à Xavier Bertrand le registre de l’attention compassée. « Nous ne sommes pas inquiets mais attentifs car une mobilisation sociale de ce type exprime des préoccupations, des attentes », affirme le conseiller spécial de l’Élysée. « Les salariés veulent être entendus, ils veulent être respectés dans leurs entreprises, dans la société en général », reprend en écho le nouveau secrétaire général de l’UMP. Mais c’est pour botter immédiatement en touche, et ouvrir le débat sur… le service minimum. À l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, on confie les vieilles antiennes : « C’est une manifestation politique, une poussée de fièvre mais ça ne dure pas longtemps », assure-t-il. Plus inquiétante est la partition de la menace que tiennent le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre, affirmant qu’il serait « assez favorable à ce que des syndicalistes qui ne respectent pas la loi se retrouvent interdits de responsabilités syndicales », et le ministre du Budget Éric Woerth, affirmant : « On voit bien la violence monter dans les mouvements sociaux. La crise crée beaucoup de craintes et des réactions parfois brutales. »

Mais face au mécontentement et aux inquiétudes, silence, menaces et diversions pourraient bien ne pas faire le poids. Nicolas Sarkozy se vantait récemment qu’en France, quand il y avait une grève, on ne s’en apercevait même plus. Il pourrait bien ce coup-ci la voir, même les yeux fermés.

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