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Un article de Paule Masson paru dans L’Humanité du 7 septembre 2005

Vers une riposte unitaire des syndicats

mercredi 7 septembre 2005 par Paule Masson
Les syndicats arrêtent demain les modalités d’une grande journée de grèves et de manifestations sur les salaires et l’emploi, qui pourrait avoir lieu le mardi 4 octobre.

La forme fait encore débat. Mais le principe d’une nouvelle journée de mobilisation unitaire pour défendre l’emploi stable et le pouvoir d’achat est acquis. Tout devrait prendre tournure demain, lors de la réunion des cinq confédérations syndicales qui aura lieu à Montreuil, dans les locaux de la CGT. Les derniers contacts bilatéraux entre la CGT, la CFDT, FO, la CFTC et la CFE CGC favorisent la date du mardi 4 octobre. Ce jour de rentrée parlementaire devrait donc être aussi celui d’une journée de riposte sociale aux mesures Villepin, dans la lignée de celle du 10 mars dernier. Les confédérations devraient appeler à manifester partout en France, mais aussi à décider de mouvements de grève pour protester contre la précarisation du travail, condamner le contrat nouvelles embauches et réclamer des mesures concrètes qui favorisent les salaires et le pouvoir d’achat. L’appel intersyndical qui sera rédigé demain devrait exiger l’ouverture urgente de négociations sociales, notamment sur les salaires, dans les entreprises et les branches professionnelles pour les salariés du privé, avec l’État pour les fonctionnaires. La FSU, l’UNSA et Solidaires ont déjà annoncé se joindre au mouvement.

Hier, François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, a confirmé la participation de son syndicat tout en réitérant sa préférence pour le choix d’un samedi, afin de favoriser la participation des salariés des petites entreprises, directement visés par le contrat nouvelles embauches. La centrale cédétiste préférerait aussi un jour de mobilisation qui ne contraigne pas à faire grève pour ne « pas gêner les usagers ». Mais elle ne devrait pas opposer de trop ferme résistance à la proposition des autres centrales. « Sur les sujets centraux, l’emploi et le pouvoir d’achat, il existe un très fort mécontentement. Notre rôle est d’aider les salariés à l’exprimer », a affirmé François Chérèque dans un entretien au journal le Parisien.

L’objet de cette mobilisation est « d’obtenir des négociations dans une série de domaines où les préoccupations des salariés sont à l’ordre du jour et non les mesures dictées par le gouvernement et le patronat », a pour sa part affirmé Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT en meeting à Lille. Lors d’une réunion des fédérations et unions départementales le 25 août dernier, les organisations de la CGT s’étaient unanimement prononcées pour « la construction, à brève échéance, d’une mobilisation unitaire interprofessionnelle de grande ampleur sous forme de grèves et de manifestations », explique Maryse Dumas, secrétaire confédérale chargée de mener les discussions avec les autres syndicats. La CGT aurait souhaité ajouter la défense des services publics à la palette revendicative, mais la CFDT qui, en général, réfute les « mots d’ordre fourre-tout » s’y montre réticente.

Quoi qu’il en soit, les syndicats se montrent particulièrement remontés sur le bilan des cent jours de Dominique de Villepin, et ce d’autant plus que le premier ministre s’affranchit de leur avis sur des décisions qui les concernent au premier chef. Dans ce cadre, le contrat nouvelles embauches, qui permet aux employeurs des petites entreprises de licencier sans motivation pendant deux ans, est perçu comme une provocation susceptible d’entailler durablement la norme sociale du contrat à durée indéterminée. Les cinq confédérations ont d’ailleurs déposé un recours au Conseil d’État. Toutes craignent que l’instauration du CNE pour les entreprises de moins de vingt salariés ne soit qu’un ballon d’essai amené à s’étendre aux autres salariés. Même si Dominique de Villepin se targue que « l’idée de transposer tel quel le contrat nouvelles embauches aux grandes entreprises n’est pas à l’ordre du jour », il avoue souhaiter « évoquer avec l’ensemble des partenaires sociaux la possibilité de prévoir d’autres dispositifs pour d’autres entreprises ». A contrario de cette entreprise de déréglementation du travail, les syndicats ont travaillé des revendications de « sécurisation de l’emploi », « d’emploi durable », de « croissance durable » ou encore sur l’élaboration d’un nouveau « statut du travail salarié ».

L’affrontement qui s’engage pourrait bien, de ce fait, être lui aussi durable. Échaudées par les réponses libérales apportées par le gouvernement aux revendications sociales des mouvements d’avant l’été (5 février, 10 mars, etc.) et par les blocages incessants causés par le patronat dans les négociations en cours (notamment sur l’emploi des seniors qui reprend aujourd’hui), les organisations syndicales se préparent à l’éventualité d’un conflit au long cours.

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