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Un article de Jean-François Arnaud paru dans Le Figaro du 5 mai 2006

Vittel, nouvelle épine de Nestlé

vendredi 5 mai 2006 par Jean-François Arnaud
L’usine d’embouteillage de Nestlé Waters, en grève perlée depuis près de deux mois, a cessé la production hier toute la journée.

DÉCIDÉMENT, le groupe Nestlé a bien du mal à se dépêtrer du bourbier français. A peine sorti de conflits sociaux longs et violents pour la restructuration de l’usine Perrier de Vergèze et la vente du site produisant café et chocolat à Saint-Menet, voilà qu’un nouveau front social s’ouvre.

Il s’agit cette fois du plus gros site d’embouteillage d’eau du monde, celui de Vittel dans les Vosges. Cette gigantesque usine, d’où sortent chaque année près de 2 milliards de bouteilles sous les marques Vittel, Contrex et Hépar, est en grève depuis près de deux mois. « Chaque gréviste cesse le travail une à deux heures par jour, indique un délégué syndical. Nous ne voulons pas stopper la production, mais juste obliger la direction à améliorer les conditions de travail. »

Le conflit a franchi un degré nouveau hier avec une opération « usine morte » lancée par l’intersyndicale CFDT-CFTC-CGT-FO. Déjà, en début de semaine, une centaine de salariés ont occupé les mairies de Vittel et de Contrexéville. « J’ai reçu une délégation, témoigne Jean-Claude Millot, maire de Vittel. Comme le dialogue paraît difficile entre les différents acteurs, je suggère de faire appel à une personnalité extérieure pour reprendre le dialogue. » Une médiation dont Nestlé ne veut absolument pas entendre parler.

Une ouvrière licenciée

Sur le fond, ce conflit témoigne plus d’un dialogue social dégradé que de problèmes absolument insolubles. Un événement a mis le feu aux poudres en mars : une ouvrière a stoppé la chaîne de remplissage après avoir constaté des défauts d’étiquetage sur un lot de bouteilles. Ce geste, lourd de conséquences pour la continuité de la production, a été jugé disproportionné par la direction qui a décidé de licencier la salariée. Pour autant, la direction reconnaît les dysfonctionnements dans la production. « Nous avons mis en place un plan de réorganisation du site depuis trois ans, indique le porte-parole de Nestlé Waters France, il prévoit la réduction d’un quart des effectifs sans aucun licenciement. Bien entendu, de tels changements ne sont pas sans conséquences. »

Déjà les deux sites de Vittel et de Contrex, distants de quelques kilomètres, ont été reliés par des pipe-lines pour n’en faire plus qu’un. L’embouteillage des différentes eaux peut s’effectuer désormais indifféremment sur les deux sites. Maintenant, pour tenter d’améliorer la productivité, (l’une des plus faibles du groupe à 800 000 bouteilles produites par an et par salarié contre 1,8 million à San Pellegrino), la direction a mis en place 100 000 heures de formation et veut introduire la rémunération au mérite ainsi qu’une évaluation individuelle des salariés. Par ailleurs, alors que les grévistes réclament une augmentation générale des salaires, la direction a beau jeu de signaler que le salaire ouvrier moyen est déjà de 2 800 euros sur le site et qu’il est très difficile de faire fonctionner l’usine alors que 12% de l’effectif est en congé maladie. « La concurrence est féroce et le marché est en baisse », indique le groupe. En effet, les grandes marques d’eau boivent la tasse en ce moment. Signe de cette évolution, Cristaline, l’eau à bas prix, vient de détrôner Evian (groupe Danone) au palmarès des ventes.

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