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Un article de par Rosa Moussaoui paru dans L’Humanité du 19 juin 2006

Vives tensions sur le port de Nouméa

lundi 19 juin 2006 par Rosa Moussaoui
Nouvelle Calédonie . La réponse de l’État au conflit social consécutif à l’arrivée de multinationales du transport maritime sur le port de Nouméa : une violente répression des forces de l’ordre.

Le conflit qui oppose les syndicalistes de l’USTKE (Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités) à la MSC, géant du transport maritime, s’est soldé le 8 juin dernier par une répression d’une violence inouïe contre les grévistes qui bloquaient le port de Nouméa depuis le 19 mai.

Face à l’arrivée en Nouvelle-Calédonie de Maersk et de MSC, première et seconde compagnie mondiale de transport maritime, dont ils craignent qu’elle ne bouleverse les équilibres économiques déjà fragiles des compagnies et acconiers calédoniens, ceux-ci réclamaient, au nom de la « protection des entreprises et marchés locaux face à la mondialisation, des garanties et un contrôle ».

une violence disproportionnée

D’après un communiqué de l’USTKE, la charge des gendarmes mobiles, vendredi dernier, pour débloquer le port, s’est traduite par des tirs de flash-balls et de grenades lacrymogènes, les grévistes étant repoussés jusque dans la ville où des passants ont été pris pour cible et certains légèrement blessés. Appuyées par un hélicoptère de la gendarmerie, les forces de l’ordre auraient poursuivi les grévistes jusque dans l’enceinte de l’hôpital, embarquant les blessés qui s’y étaient réfugiés. « Jamais une telle violence n’avait été remarquée depuis le début des événements, note le syndicat indépendantiste dans un communiqué. La voie de la violence qu’a choisie l’État a été totalement disproportionnée par rapport au conflit qui était entré dans sa troisième semaine et n’entravait pas l’entrée du port. »

trouver une solution durable

Au total, dix-sept syndicalistes, dont Gérard Jodar, le président de l’USTKE, ont été interpellés, puis relâchés dans la nuit de vendredi. Quinze d’entre eux font l’objet de poursuites pour « participation à un attroupement avec armes », les forces de layant essuyé des jets de cailloux.

En réponse à cette répression, l’USTKE a appelé mercredi à une grève générale et poursuit les actions autour du port. Des perturbations étaient signalées à Nouméa par l’AFP dans les transports en commun, à la compagnie aérienne domestique Air Cal, à RFO et dans une galerie commerciale, où des magasins étaient bloqués. Trois cents membres de l’USTKE se sont rassemblés le même jour au siège de la centrale pour décider des suites du mouvement. Alors qu’à la demande du gouvernement local, une « mission d’expertise » était attendue pour cette fin de semaine à Nouméa pour « trouver une solution durable aux problèmes posés », l’USTKE prévient que « ce combat qu’elle a engagé contre les méfaits attendus de la mondialisation sur le port de Nouméa ne cessera pas » et que « cette attaque brutale renforce davantage la détermination de ses adhérents ».

La centrale kanake a reçu le soutien de la CGT, qui « condamne cette attitude de répression qui nourrit une nouvelle escalade de tension dans le territoire », « soutient les travailleurs de Nouvelle-Calédonie dans la défense de leurs droits et de leurs emplois » et appelle à l’ouverture de « véritables négociations ».

R. M.


« L’arrivée de MSC et Maersk va tuer les compagnies régionales »

Gérard Jodar, président de l’USTKE, est l’un des dix-sept syndicalistes interpellés le 8 juin. Il revient sur les raisons du conflit du port de Nouméa.

Pourquoi êtes-vous opposés à l’arrivée des compagnies maritimes MSC et Maersk en Nouvelle-Calédonie ?

Gérard Jodar. MSC vient de mettre en place une fréquence hebdomadaire entre l’Australie et la Nouvelle-Calédonie, avec des capacités quatre fois supérieures au volume d’affaires. Cela signifie qu’ils n’ont qu’une solution pour rentabiliser : le dumping. Et en faisant du dumping, ils vont tuer les compagnies régionales qui étaient déjà sur la ligne. Attachés à ces compagnies régionales, les acconiers du port sont eux aussi menacés. C’est la déstabilisation assurée des équilibres économiques et sociaux du port. Des dizaines d’emplois sont en jeu. Mais au-delà de cet aspect, nous nous opposons à cette mondialisation qui permet à des sociétés d’arriver ainsi avec un comportement arrogant, de faire des affaires et de repartir lorsque ça leur chante. Nous sommes un petit pays, nous n’avons pas les moyens de tenir face à ces géants. C’est pourquoi l’USTKE a décidé de prendre le taureau par les cornes et de se mobiliser.

Comment expliquer la violence de la répression que vous avez subie ?

Gérard Jodar. Les discussions étaient suspendues depuis un moment, car on ne nous proposait plus rien. L’État a choisi cette réponse violente, car la MSC fait actuellement construire deux grands paquebots à Saint-Nazaire. C’était donc à mon avis une façon pour l’État de donner des garanties à cette compagnie au regard de contrats en cours. Les liens entre le monde des affaires et le monde politique ne sont pas, je crois, étrangers à la façon de gérer cette crise.

Il reste que cette répression fait monter d’un cran la pression dans le pays. Nous sommes toujours en grève générale. L’aéroport international est encerclé par les forces de l’ordre. Le port est complètement bouclé par les gardes mobiles, car nous voulions empêcher le bateau dont nous avions bloqué le déchargement de revenir en Nouvelle-Calédonie. Il est donc arrivé, est resté à peine une heure, a déchargé 18 conteneurs, ce qui est ridicule, puis il est vite reparti en Australie. Une autre mobilisation est prévue samedi matin, contre l’arrivée d’un bateau de la compagnie Maersk, première compagnie maritime mondiale. Nous avons, dans cette affaire, les deux premières compagnies, arrivées simultanément en Nouvelle-Calédonie, face à nous. Si nous luttons, c’est que nous demandons des garanties.

Lesquelles ?

Gérard Jodar. Nous demandons la mise en place d’une commission d’étude pendant plusieurs mois, réunissant les autorités du port et les autorités politiques, pour évaluer l’impact de la venue de ces deux compagnies. Mais dans l’attente des résultats de cette étude, nous voulons qu’ils s’engagent à contingenter leurs volumes, car si nous n’avons, à terme, aucun moyen d’agir, il est inutile de perdre du temps.

Ces compagnies nous opposent la liberté de commerce. Mais pour notre part, nous nous battrons jusqu’au bout.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

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