Liste des auteurs

Cécile Calla | Le Monde du 19 janvier 2007

Volkswagen : le procès des dérives de la cogestion

vendredi 19 janvier 2007 par Cécile Calla

Au moment où les milieux économiques allemands suivent de près le scandale qui ébranle Siemens, c’est une autre affaire de corruption qui refait surface. Peter Hartz, ancien directeur du personnel de Volkswagen (VW), a commencé à comparaître, mercredi 17 janvier, devant le tribunal de Brunswick (Basse-Saxe) pour abus de confiance et favoritisme. A travers lui, c’est tout le système VW qui est visé. L’intérêt médiatique était à la hauteur de l’événement : la salle du tribunal avait été prise d’assaut par les journalistes et aux abords du palais de justice de nombreux manifestants scandaient leur colère contre l’accusé.

Le scandale avait éclaté en juin 2005 après une plainte déposée par VW contre l’un de ses ex-collaborateurs, Helmuth Schuster, accusé d’avoir reçu des pots-de-vin d’un sous-traitant automobile. Quelques jours plus tard, les enquêteurs mettent au jour un réseau de sociétés écrans avant de découvrir un système de corruption interne à l’entreprise. Ces révélations obligeront le président du comité d’entreprise de VW, le syndicaliste Klaus Volkert, ainsi que M. Hartz à démissionner.

Conseiller de l’ex-chancelier Gerhard Schröder (SPD) et père d’une réforme sociale très controversée, M. Hartz a reconnu dès le premier jour de son procès avoir initié et cautionné un système de corruption entre 1995 et 2005 en faveur de M. Volkert. Il aurait agi seul, sans informer son supérieur, Ferdinand Piëch, président de 1993 à 2002 et, depuis, président du conseil de surveillance.

BÉNÉFICIER D’UN JUGEMENT CLÉMENT

Le syndicaliste a ainsi pu toucher pendant une décennie près de 1,95 million d’euros de primes spéciales, normalement dédiées aux membres du directoire de l’entreprise. L’ancien directeur du personnel a également versé près de 400 000 euros à l’amante brésilienne de M. Volkert entre 2000 et 2004 sans que l’entreprise n’en retire un quelconque avantage.

A cela s’ajoutent les notes de frais laissées par le couple qui se retrouvait dans des hôtels de luxe à divers endroits de la planète. A titre d’exemple, quatre nuits dans un club de vacances de Sao Paulo fin novembre 2001 auront coûté près de 23 500 euros à VW. Au total, le dommage causé par M. Volkert au groupe est estimé à près de 2,6 millions d’euros.

Ces pratiques ont pu s’implanter grâce à la culture d’entreprise de Volkswagen. Le système de cogestion allemand censé garantir la paix sociale en permettant une égale représentation du patronat et des salariés au sein du conseil de surveillance a viré à la caricature. Presque chaque décision émanant de la direction était soumise à l’approbation du patron du comité d’entreprise, mais M. Volkert fermait les yeux sur les plus controversées, tel le rachat des marques de luxe Bugatti et Lamborghini. Pour son étroite coopération avec la direction, M. Hartz le récompensait d’un salaire équivalent à celui des membres du directoire assorti de primes. La relation particulière entre les deux hommes - M. Hartz a été embauché par VW sur recommandation de M. Volkert - n’a fait qu’aggraver cette situation. A la fin, "Volkert pensait que tout lui était permis et Hartz pensait qu’il devait tout passer à Volkert et lui financer ce qu’il souhaitait", résume le Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Un temps mis en détention, M. Volkert a été libéré. Le parquet n’a pas encore annoncé s’il comptait ou non le poursuivre. En endossant seul la responsabilité de ces pratiques, M. Hartz conforte l’alibi donné par M. Piëch devant les enquêteurs lors de son audition en mars 2006. Il aurait déclaré qu’il ne connaissait pas ces versements spéciaux, expliquant qu’il déléguait ces "affaires désagréables".

L’aveu de M. Hartz devrait lui permettre de bénéficier d’un jugement plus clément - sans doute deux ans de prison avec sursis assortis d’une amende, selon un accord passé avec le juge -, et surtout raccourcir la durée du procès. Une longue procédure aurait donné lieu à un déballage en public des moeurs de M. Hartz. A l’image d’autres membres du comité d’entreprise, l’ancien directeur du personnel semblait apprécier la compagnie de prostituées lors de soirées financées par l’entreprise. Cette humiliation devrait lui être épargnée. Le verdict doit être rendu le 25 janvier.


PERSONNALITÉS : Douze personnes sont visées par l’enquête judiciaire, dont quatre figures-clés.

KLAUS VOLKER. : Ancien président du comité d’entreprise de VW. Le montant des faveurs accordées par Peter Hartz, l’ex-directeur du personnel, à M. Volker est estimé à 1,95 million d’euros de primes spéciales, 400 000 euros versés à son amante brésilienne et 200 000 euros de notes de frais.

HANS-JÜRGEN UHL. : Ancien membre du comité d’entreprise de VW et député SPD au Bundestag, il a été inculpé le 4 janvier.

KLAUS JOACHIM GEBAUER. : Ancien cadre de la direction du personnel chargé par Peter Hartz de la gestion des notes de frais de Klaus Volker.

HELMUTH SCHUSTER. : Ancien directeur du personnel de Skoda, filiale de VW.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !