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Luc Cédelle | Le Monde du 07.09.2010

Vrais" et "faux" grévistes : divergences entre syndicats et ministère de l’éducation

mardi 7 septembre 2010 par Luc Cedelle

La bataille des chiffres entre les syndicats d’enseignants et le ministère de l’éducation a beau être une habitude, la grève du lundi 6 septembre a donné lieu à des estimations vertigineusement divergentes. A 11 heures, le ministère de l’éducation communique son estimation des taux de participation à la grève à laquelle appelaient les syndicats SNES-FSU (majoritaire) et SUD-Education dans les lycées et collèges : le taux de grévistes s’élève à 6,92 % dans les collèges, à 5,24 % dans les lycées d’enseignement général et technologique et à 2,04 % dans les lycées professionnels.

La moyenne pondérée (tenant compte des effectifs des différentes catégories) dans le second degré s’élève à 5,62 %, selon ce chiffrage officiel. Une heure plus tard, le SNES communique à son tour son estimation : "30 % des personnels des collèges et lycées ont fait le choix de se mettre en grève."

"PERSONNELS ATTENDUS"

Comment un tel l’écart, approximativement de 1 à 5, est-il possible ? Une partie de l’explication tient à "l’assiette" qui sert de base au calcul : les chiffres du syndicat portent sur son "champ de syndicalisation", c’est-à-dire seulement les collèges et les lycées généraux et technologiques, et n’intègrent pas les lycées professionnels.

Mais, surtout, l’estimation syndicale ne porte pas, comme celle du ministère, sur l’effectif total des personnels, mais uniquement sur les "personnels attendus", c’est-à-dire qui ont des cours au moment du pointage. Selon le syndicat "personne, pas même le ministère, n’est en mesure de présumer si les personnels qui n’ont pas cours lors du pointage ou qui sont en congé maladie ou maternité, sont ou non grévistes". En faisant son décompte par rapport à la totalité des personnels, le ministère parvient "à diviser le taux réel de grévistes par deux ou trois", proteste le syndicat.

RETENUES SUR SALAIRES

Le ministère se fonde pour sa part sur une estimation des retenues sur salaires qui seront pratiquées et considère que celles-ci représentent l’indicateur le plus fiable du nombre effectif de grévistes : un "vrai" gréviste est celui qui perd une journée de salaire.

L’argument est imparable, mais il n’invalide pourtant pas celui des syndicalistes. Les retenues sur salaire étant appliquées avec rigueur, il est compréhensible que des grévistes déclarés portent le message d’une proportion plus grande de personnels "sympathisants" ou qu’un roulement s’établisse d’une journée d’action à l’autre. Et il est concevable que les professeurs qui ne sont pas de service le jour de la grève évitent, sauf zèle masochiste, de perdre une journée de salaire. Cet argument, toutefois, n’explique pas totalement l’ampleur de l’écart, et ne tient pas pour le primaire, où les professeurs travaillent tous les jours.

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