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Un article de Laurent MAURIACparu dans Libération du 8 novembre 2005

Wal-Mart, icône américaine du moins-disant social

mardi 8 novembre 2005 par Laurent Mauriac
Le leader américain de la grande distribution tente de répliquer à des critiques de plus en plus médiatisées.

Wal-Mart riposte. Attaqué pour ses pratiques sociales par des associations et des syndicats de mieux en mieux organisés, le leader mondial de la grande distribution a remplacé l’indifférence par la communication. Depuis peu, le groupe recourt même à des conseillers en image ayant travaillé avec Ronald Reagan, Bill Clinton ou John Kerry. Enfermés dans une war room au siège de Bentonville dans l’Arkansas, ils ont pour mission de redresser l’image du groupe et de répliquer aux attaques, qu’elles portent sur le niveau des salaires, la couverture sociale, les conditions de travail, les cas de discrimination, le non-respect de l’environnement, l’interdiction des syndicats ou la sous-traitance en Chine. Parmi les armes de Wal-Mart, un site Internet truffé de questions-réponses, de chiffres et de vidéos visant à répondre aux « questions complexes » auxquelles la firme se dit confrontée [1].

« Les faits véritables ». « Il y a beaucoup de désinformation partout. Il est normal que les gens connaissent les faits véritables », assure Christi Gallagher, une porte-parole du distributeur. Les organisations qui s’opposent au plus gros employeur américain (1,7 million de salariés) ne s’étonnent pas de ce revirement. « Ils se doivent de réagir, leur problème d’image finit par peser sur leurs résultats », affirme Nu Wexler, porte-parole de Wal-Mart Watch, une association créée au printemps et soutenue financièrement par plusieurs syndicats. « Mais tout cet argent qu’ils dépensent pour leur offensive de relations publiques, ils feraient mieux de le consacrer à la réforme de leurs pratiques. » Un rapport de la société d’audit McKinsey, en 2004, montre que 2 % à 8 % des clients ont déserté les rayons à cause des « échos négatifs qu’ils ont entendus ».

En avril, un syndicat (United Food and Commercial Workers International Union) a lancé Wakeup Wal-Mart, une campagne pour « changer Wal-Mart », qui a rassemblé 115 000 signatures. « Quand vous êtes la première compagnie américaine, vous avez des responsabilités particulières », affirme Paul Blank, le directeur de campagne, qui a travaillé avec Howard Dean, l’un des candidats démocrates à la dernière élection présidentielle. « Votre responsabilité ne se limite pas aux actionnaires. »

La cause anti-Wal-Mart est résumée par le titre d’un documentaire sorti vendredi dans quelques salles à New York et à Los Angeles, et diffusé en DVD à partir du 15 novembre : Wal-Mart : le coût élevé des prix bas, référence au slogan de la chaîne, « Des prix bas tous les jours ». S’appuyant sur de nombreux témoignages, le film montre par exemple une ancienne salariée noire se disant victime de discrimination, un épicier dans le Missouri contraint de fermer boutique après l’implantation d’un magasin de la chaîne ou une employée chinoise d’une usine de jouets décrivant ses conditions de travail.

« Ce film donne un visage à l’impact négatif de Wal-Mart », se félicite Paul Blank. Son metteur en scène, Robert Greenwald, a déjà plusieurs documentaires militants à son actif, dont le dernier, Outfoxed : Rupert Murdoch’s War on Journalism, condamnait le rôle de la chaîne de télévision Fox News dans la couverture de la guerre en Irak. Sa dernière réalisation jouit dans les médias américains d’un impact sans commune mesure avec son budget (1,8 million de dollars).

Chute des salaires. En réponse, Wal-Mart assure la promotion d’un autre film, intitulé Pourquoi Wal-Mart marche et pourquoi ça rend fous certains. Vendredi, jour de sortie du film de Greenwald, le groupe organisait à Washington une conférence pour convaincre de son impact positif sur l’économie américaine. Selon une étude confiée à un cabinet réputé, financée par le distributeur, l’entreprise aurait suscité la création de 210 000 emplois, contribué à contenir l’inflation et permis aux Américains de gagner du pouvoir d’achat. Mais une autre étude , également diffusée pendant la conférence, montrait que la firme provoquait une chute des salaires dans les villes où elle s’établissait et poussait vers les programmes d’aide publics ses employés ne gagnant pas assez pour être autorisés à souscrire à son plan de couverture médicale.

Pour Wal-Mart, également confronté à un procès en nom collectif pour discrimination sexuelle, redresser son image est devenu un impératif. Il lui faut désormais séduire des clients pour qui le prix n’est pas le seul facteur décisif. Traditionnellement implanté dans les banlieues et les zones rurales, Wal-Mart cherche à gagner les grandes villes dont l’accès lui est souvent refusé par les municipalités, notamment New York et San Francisco, de peur que sa venue provoque la fermeture de petits commerces et bouleverse le tissu urbain. La chaîne s’est vu autoriser récemment la construction d’un magasin à Chicago.

Couverture sociale. Manque de chance pour le géant américain, Wal-Mart Watch s’est procuré une note interne sur la couverture sociale de ses salariés et l’a rendue publique. Susan Chambers, la vice-présidente chargée de la protection sociale, suggère notamment de « dissuader les gens en mauvaise santé de venir travailler à Wal-Mart » et de faire en sorte que « tous les postes incluent une activité physique » (par exemple tous les caissiers s’occuperaient aussi de rassembler les chariots) pour les maintenir en forme.

Dans l’espoir de changer de sujet, le patron de l’entreprise, Lee Scott, s’est prononcé le 31 octobre en faveur d’une hausse du salaire minimum américain, depuis huit ans à 5,15 dollars, tout en refusant de réviser la rémunération de ses employés, inférieure à 10 dollars en moyenne, par crainte de mettre en péril les marges du groupe. Un argument auquel ses détracteurs ne manquent pas d’opposer les profits de 10,2 milliards de dollars enregistrés en 2004.

[1] Site créé par Wal-Mart : www.walmartfacts.com. Sites opposés à Wal-Mart : www.wakeupwalmart.com, http://walmartwatch.com, www.walmartmovie.com.

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