Liste des auteurs

Entretien réalisé par Clotilde Mathieu | L’humanité du 25.03.2008

Yves Dimicoli « Il faut mobiliser le crédit pour l’emploi et la formation »

samedi 29 mars 2008 par Clotilde Mathieu , Yves Dimicoli
Yves Dimicoli, économiste, dirigeant du PCF, évoque l’urgence pour les citoyens de faire valoir des contre-propositions au financement de l’économie.

Comment intervenir sur la crise financière ?

Yves Dimicoli. La crise financière résulte de formidables gâchis d’argent et de la spéculation. Elle débouche sur une limitation grave du crédit contre l’emploi et la croissance réelle, avec une fragilisation des institutions bancaires. Il faut aider l’intervention populaire sur ces enjeux. Jacques Attali reconnaît qu’il y a une grave crise économique, mais il n’y a rien dans son rapport sur une autre utilisation du crédit et pour de nouvelles relations entre banques et entreprises. Rien non plus sur la Banque centrale européenne.

Ce n’est pas parce que cette crise apparaît aujourd’hui dans toute son ampleur internationale que l’on ne peut pas intervenir, ici et maintenant, pour commencer d’y faire face. On ne saurait se contenter de simples protestations contre la « dérégulation » en réclamant des contrôles au niveau européen, sans mettre en cause la BCE. Et il faut intervenir sans attendre au niveau national et régional. Il y a dans le programme du Parti communiste des idées opérationnelles pour agir immédiatement en ce sens au service des luttes sociales. Le financier, en effet, va du local au national et du national à l’Europe puis au mondial et inversement. Intervenons sur ces différents échelons.

Quelles sont ces idées, et comment les mettre en place ?

Yves Dimicoli. Il y a désormais dans les départements, les régions et les villes de nombreux élus communistes et apparentés. C’est une chance pour les citoyens de faire jouer des contre-pouvoirs et d’en construire de nouveaux. Au lieu de faire du saupoudrage d’aides publiques, en entrant dans une concurrence acharnée entre territoires, nous proposons la création de fonds publics régionaux pour l’emploi et la formation. Ils prendraient en charge tout ou partie du taux d’intérêt des crédits pour les investissements des entreprises dans la mesure où ceux-ci programmeraient emplois et formations. Une baisse des taux d’intérêt serait engagée mais conditionnée à ces programmes, excluant tout soutien de la spéculation. En pratique, ce mécanisme contribuerait, à l’appui des luttes, à faire reculer le chômage et la précarité, augmenter le pouvoir d’achat dans les régions car le crédit serait distribué en fonction de l’emploi, des qualifications et de conditions sur les salaires.

Justement, au plan national, quelles sont les batailles à mener pour faire avancer des solutions alternatives ?

Yves Dimicoli. Il faut augmenter tous les salaires et cesser de diminuer les cotisations sociales patronales qui favorisent bas salaires et l’insuffisance de formation. Les 27 milliards d’euros d’exonérations alimenteraient un fonds national pour l’emploi et la formation fonctionnant selon les mêmes modalités que les fonds régionaux. Il coopérerait avec un pôle public bancaire incluant, outre la CDC, des banques renationalisées pour développer une mission de service public du crédit sécurisant l’emploi et la formation, au lieu d’alimenter le marché financier. Ces institutions pourraient, par exemple, appuyer les contre-propositions des comités d’entreprise et des délégués du personnel face aux licenciements. Il faut refuser le rationnement budgétaire du pacte de stabilité et soutenir la dépense publique utile en remettant, notamment, en cause les 15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux accordés en juillet dernier.

De plus en plus de spécialistes et de politiques invoquent maintenant un soutien public pour sortir de cette crise qui s’aggrave. En France on parle d’un fonds public de réserves, qu’en pensez-vous ?

Yves Dimicoli. Ce fonds public serait financé par des impôts sur les salariés et les populations, ce qui pèserait encore plus sur le pouvoir d’achat. Et, surtout, il servirait à soutenir les spéculateurs, à faciliter la relance des opérations financières. Or, c’est précisément parce que l’argent du crédit et des fonds publics a servi, des années durant, aux placements financiers contre l’emploi et le développement des capacités humaines que nous avons cette crise aujourd’hui. Il faut rompre avec cette logique.

De quelle manière ?

Yves Dimicoli. En conditionnant les soutiens éventuels aux banques à une utilisation de leur crédit favorable à l’essor des capacités humaines et défavorable à la croissance financière et à la spéculation. L’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE) doit être remise en cause en ce sens. Sa politique monétaire doit être conditionnée : le taux de refinancement des crédits bancaires aux entreprises serait d’autant plus abaissé que ceux-ci financeraient des investissements programmant plus d’emplois et de formations. Cette logique pourrait prévaloir jusqu’à l’échelle du monde avec une transformation radicale du Fonds monétaire international (FMI) et la promotion d’une monnaie commune mondiale de coopération faisant reculer l’hégémonie du dollar.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !