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Paule Masson | L’Humanité du 23 mai 2007

congrès de la confédération Européenne des syndicats : La « flexsécurité » fait débat

mercredi 23 mai 2007 par Paule Masson
Congrès . La Confédération européenne des syndicats veut lutter contre le travail précaire tout en acceptant d’introduire de nouvelles flexibilités.

Les consultations sur la « modernisation du droit du travail » contenue dans le livre vert de la Commission européenne étant maintenant achevées, l’heure des décisions approche. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, est venu expliquer aux délégués du 11e Congrès de la Confédération européenne des syndicats, qui s’achève demain à Séville, qu’il souhaite « offrir de la sécurité » aux salariés, si les entreprises gagnent plus de « souplesses », notamment dans le licenciement. Le concept tente de se trouver un nom : « flexsécurité » pour les uns « flexicurité » pour les autres, ou encore « flexisécurité ».

Hier, une part importante des travaux du congrès de la CES a retourné la question dans tous les sens. Utilisant la métaphore, Catelene Passchier, secrétaire confédérale, a comparé la flexicurité à une « vague sur laquelle nous pouvons surfer où qui peut nous submerger ». Mais « je crois qu’il s’agit d’un tsunami qui va nous engloutir », confie un délégué de la CGT portugaise, à peine la séance achevée. Ernest-Antoine Seillière, président de BusinessEurope (ancienne UNICE), organisation patronale européenne, avait, la veille, livré sa vision : les entreprises doivent « accroître la compétitivité des travail- leurs ». Le « statut quo » social « serait très dangereux ». La flexibilité du marché du travail « est indispensable ». Quant à une sécurisation du parcours des travailleurs... « Si nous pouvons en créer, c’est tant mieux », concédait-il.

En fait, les expériences sont très diverses en la matière. Le modèle social des pays nordiques fonctionne plutôt sur une « flexibilité par le haut », défendue par la CES. Le licenciement est facile, mais les salariés bénéficient aussi d’une solide protection sociale quand ils perdent leur emploi. Ce modèle-là aussi est pourtant sujet aux pressions patronales. Ainsi, a lancé aux congressistes Wanja Lundby-Wedin, présidente de LO Suède : « La flexicurité, cela ne doit pas être seulement de la souplesse pour les employeurs. »

C’est pourtant ce que réclament le patronat et ses amis politiques, a assuré Bernard Thibault, pour la CGT française, qui s’est abstenue sur cette partie du texte d’orientation, expliquant que le « nouveau président élu, Nicolas Sarkozy, choisit la préférence patronale et la promotion de la flexsécurité ». Dans la même veine, Anne Demelenne, de la FGT belge, a dénoncé le « jeu de dupes » qui consiste à vouloir faire la flexsécurité sans la sécurité. « La flexibilité, on l’a déjà. Elle n’a pas sauvé un emploi mais elle a gravement détérioré les conditions de travail et les salaires », a-t-elle ajouté.

Cette position n’est pourtant pas majoritaire au sein de la CES. La majeure partie des syndicats présents considèrent, à l’instar de ce qui est inscrit dans le texte d’orientation « Stratégie et action » du congrès, qu’il faut « équilibrer la flexibilité et la sécurité ». Les amendements, notamment de FO France et des syndicats belges, qui préconisaient d’enlever cette idée, ont été battus. En fait, dans sa recherche d’un « équilibre socialement acceptable », la CES milite pour que « la qualité des emplois prime sur tout le reste », développe Maria-Helena André, secrétaire générale adjointe de la CES. Pour elle, « la lutte contre le travail précaire émerge comme une priorité fondamentale ».


Point de vue : Walter Cerfeda, secrétaire confédéral de la CES

« Avec ce congrès, la CES lance l’initiative pour augmenter les salaires. Dans la zone euro, les salariés perdent du pouvoir d’achat. 15 % des travailleurs vivent avec un salaire de pauvreté. La différence entre les hommes et les femmes est encore de 15 %. Cette situation tire tous les salaires vers le bas. En Europe, les gains de productivité du travail ont augmenté de 1,2 % mais seulement 0,2 % sont allés aux salaires. Le reste a alimenté les profits. Demander la mise en place d’un SMIC européen n’est pas évident, compte tenu des expériences différentes. Nous soutenons les Allemands qui veulent l’obtenir. La CES milite pour que dans chaque pays l’augmentation des salaires prenne en compte l’inflation et les gains de productivité. »

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