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Un article paru dans L’Humanité du 5 avril 2006

contre le CPE : Des salariés très motivés

mercredi 5 avril 2006

Les Peugeot-Citroën sont là.

Traditionnellement, ils se mobilisent peu. Hier, à Rennes, il fallait les chercher dans la foule. Chacun, dans son cortège syndical ou, discrets, sur les trottoirs. Les salariés de l’automobile sont très nombreux dans la région rennaise, avec près de 10 000 personnes chez Peugeot-Citroën et environ 2 000 pour l’équipementier CF Gomma. Ils étaient quelques dizaines, hier, parmi les 50 000 manifestants (21 000 selon la police), à défiler dans la capitale bretonne.

« La plupart sont contre le CPE, explique Sylvain, secrétaire CGT de Gomma. La moyenne d’âge est de quarante-sept ans, ils ont des enfants susceptibles de signer ces contrats. Mais, ils ont déjà du mal à se bouger pour défendre leur croûte ! » Question de tradition. « Les salariés ont peur d’être reconnus, la culture d’entreprise avec le syndicat maison reste forte », ajoute Serge, salarié chez l’équipementier depuis dix-sept ans. Gomma a déposé le bilan le 1er décembre dernier, un plan social est en cours. « Les gens ont peur d’être mal vus s’ils défilent, surtout dans ce contexte », avance Bruno.

Lundi soir encore, les étudiants de l’université Rennes-II sont allés à la sortie des usines PSA et CF Gomma pour convaincre les salariés de l’automobile de les rejoindre. « On a eu un super-accueil, les gens prenaient les tracts, ils nous soutenaient », raconte l’un d’eux. Oui, mais de là à manifester... « Les salariés ne sont pas habitués à se mobiliser dans l’automobile, rappelle Éric Berroche, salarié chez Gomma et élu communiste. Mais même les gens qui ne manifestent pas pensent. Ils ont les mêmes préoccupations par rapport à leurs gosses et à leurs emplois que ceux qui défilent. »

D’autant que le secteur est touché de plein fouet par la précarisation des contrats, par le recours abusif à l’intérim, l’emploi d’étudiants saisonniers, le chômage technique... « Déjà, en juillet, le patron disait que le CNE serait une belle aubaine s’il était étendu à toutes les entreprises ! », raconte un salarié. « Et puis, avance Catherine, salariée chez Peugeot-Citroën et délégué CGT, si nos enfants doivent rester à la maison, certains parents devront subvenir à leurs besoins et seront plus pauvres qu’avant. »

« Les salariés ont conscience des choses parce qu’ils ont des enfants et des petits-enfants. En revanche, la plupart ne se rendent pas encore compte qu’ils doivent aussi se mobiliser pour eux-mêmes, avec le risque du contrat unique », explique Brendan, secrétaire de la CFDT-PSA. Et le syndicaliste d’assurer : « Tout doucement, cela progresse. »

Douai Le privé présent en force.

« Nous, ceux du privé, sommes là aussi », interpelle Christian Duras. Avec quelques collègues de la verrerie Saint-Gobain d’Aniche, où l’on compte 100 % de grévistes selon la CGT, le militant syndical participe à la manifestation de Douai, qui compte 3 500 personnes. Soit 500 de plus que mardi dernier. « Le Parti communiste a dû doubler le nombre de cars pour permettre à tout le monde de se rendre à Lille », confie le maire PCF de Waziers, Jacques Michon.

Les métallos sont en nombre : 50 % des ouvriers de Renault ont débrayé, 60 % de ceux d’Oxford automobiles, 30 % de ceux des AFR (matériels ferroviaires). Des arrêts de travail ont également eu lieu chez les équipementiers automobiles Delphi et Vistiont. De nombreux intérimaires du secteur, aujourd’hui au chômage et « ne supportant plus la précarité », défilent également. Les ouvriers du bâtiment des groupes Bouygues, Vinci ou Eiffage ne sont pas en reste. Christian Verrière, secrétaire général adjoint de la CGT Construction du département voisin du Pas-de-Calais affirme que « de nombreux débrayages ont lieu dans des PME de moins de dix salariés ». La mobilisation selon la CGT est « au moins égale à celle de la semaine dernière ». Et ce, malgré « des patrons beaucoup plus tatillons sur la légalité des préavis de grève ».

« L’assemblée doit abroger la loi », martèle Christian Verrière qui n’est « pas que solidaire des lycéens et étudiants mais concerné ». « CNE, CPE ou contrats seniors ne visent qu’à instaurer un contrat de travail unique individualisé et négocié de gré à gré entre les salariés et le patron. Autrement dit, fini les conventions et droits collectifs », dénonce également Guy Pottiez, délégué syndical de Renault Douai. Un peu plus loin, Stéphane, vingt-deux ans, au chômage depuis ses dix-huit ans, hurle : « cette société-là, on n’en peut plus ! »

Grenoble Les Polimeri toujours là.

« Polimeri, c’est pas fini ! » Parmi les deux cents entreprises du secteur privé qui formaient le cortège grenoblois, hier, les salariés de l’usine de production de caoutchouc synthétique, si- tuée à Champagnier (Isère), sont venus rappeler l’actualité de leur lutte. Démarré le 30 sep- tembre 2005, dès l’annonce brutale de la fermeture de la so- ciété, le combat des Polimeri est au cœur du mouvement anti-CPE. À double titre, comme l’expliquent Betty Franceschini et Suzanne As- sous, toutes deux syndiquées à la CGT, « non seulement les jeunes qui seront licenciés n’auront d’autre perspective qu’un CPE mais les salariés plus anciens à la recherche d’un nouvel emploi ne seront pas mieux lotis puisque les pa- trons préféreront embaucher des jeunes contre des allége- ments de charges ». La démonstration coule de source. Du jour au lendemain, les quelque 225 salariés de cette filiale chimique du groupe ENI, sixième producteur mondial de pétrole et de gaz, ont appris l’arrêt de la production puis la fermeture sans justification de leur usine. Depuis plus de six mois, la plupart des salariés sont payés à rester chez eux. Seuls les postes de sécurité et administratifs ainsi que les mi- litants syndicaux sont restés sur le site. La direction, elle, a pré- féré délocaliser son siège à Gre- noble même. Pour l’heure, la préfecture n’a toujours pas of- ficialisé la fermeture et le plan social qui se profile ne prévoirait aucun reclassement. L’affaire passe en référé dans les prochains jours, au tribunal de Grenoble.

Nice Intermittents sur le pont.

Derrière une banderole « grand-guignolesque » du Théâtre de Nice les intermittents sont en nombre dans une foule évaluée en fin de parcours sur la Promenade des Anglais à plus de 20000 mani- festants. Parmi eux Jean-Louis, artiste qui ne croit pas à une ré- sorption prochaine de la crise du CPE : « Le gouvernement nous balade, il se comporte vis- à-vis des jeunes et des salariés anti-CPE comme le ministre de la Culture se comporte avec nous en cherchant à pourrir le débat et en esquivant toute né- gociation sur le fond. » La précarité, les intermittents du spectacle, qu’ils soient artistes ou techniciens, la connaissent. Ainsi que la surdité gouvernementale : « La bataille des intermittents et des anti-CPE c’est la même », souligne François Voisin de la direction nationale du SFA en expliquant que les députés attendent en vain depuis des lustres... une proposition de loi sur un nouveau statut des intermittents. Tout cela, selon Jean-Louis, prépare le terrain à une offensive de Nicolas Sarkozy et de l’UMP en faveur du contrat de travail unique c’est-à-dire « la précarité pour tous, prochaine et finale étape après le CNE et le CPE ». Ce n’est donc pas le moment de lâcher. D’ailleurs sur la grande pancarte qu’il peine à porter en plein soleil, Jean-Louis a écrit : « tous les ar- tistes sur le pont... d’Avignon et pas pour y danser ».

Rouen Les salariés du Port en AG.

Mardi, 10 heures. Les salariés du Port auto- nome de Rouen sont réunis en assemblée générale. Grutiers, mécaniciens, personnel administratif sont invités à prendre deux déci- sions : trois heures de grève et participation à la manifesta- tion. Hervé Brissard au nom de tous les syndicats ajuste son mégaphone et lance : « Le CPE s’attaque à nos enfants, il s’attaque plus généralement au Code du travail. Le gouvernement nous répond par le mépris. Pour sortir de la crise, la seule solution reste l’abro- gation pure et simple de la loi. Que ceux qui sont pour l’arrêt du travail afin de nous rendre sur le lieu du défilé lèvent la main. » Accord général et dé- part immédiat direction le cours Clemenceau où étudiants et lycéens prennent la tête de la manifestation. Ils sont accompagnés par des milliers de salariés et de retraités qui affichent leur « solidarité avec nos enfants et nos petits-enfants ». Le défilé compact franchit la Seine et s’avance vers le centre de la ville où la circulation est bloquée. « Le gouvernement comptait sur un essoufflement du mouvement, regardez les jeunes sont toujours là avec, à leurs côtés, un plus grand nombre de salariés », souligne Guillaume Legal, un des responsables de l’UNEF.


Grèves : plus dans le privé

Suivant les chiffres des directions d’entreprise, le taux de participation aux grèves était à la baisse dans le secteur public : 13 % à France Télécom (22 % le 28 mars), 10,41 % à GDF (12,7 %), 8,4 % à La Poste (14,7 %), 18,3 % à la SNCF (27,7 %). Dans la fonction publique d’État, on recensait 20 % de grévistes ( 30 %). Mais le nombre de salariés du public était à la hausse dans les cortèges. Quant au privé, « davantage de grèves y ont été votées », annonçait le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault. Estimation confirmée par son homologue de la CFTC, Jacques Voisin. Parmi les grands groupes dont les salariés avaient cessé le travail, en région parisienne et en province, citons la SNECMA, Dassault, Ford, Citroên, Legrand, Airbus, Liebherr, Renault, Valéo, EADS... Autre fait notable, de même source, « une présence plus importante des PME de la métallurgie » dans le mouvement.

Presse : Non-parution hier de l’Équipe et d’Aujourd’hui en France, Les autres quotidiens nationaux (dont l’Humanité) sont parus en Île-de-France mais pas en province à la suite d’un arrêt de travail dans les imprimeries. Plusieurs quotidiens de province ne sont pas parus hier.

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